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Les liens financiers de Donald Trump dans Dakota Access

Le président désigné des États-Unis, Donald Trump, a d'importants intérêts financiers dans le projet Dakota Access de l'entreprise Energy Transfer Partners, auquel s'opposent les Sioux de Standing Rock, au Dakota du Nord. C'est l'un des nombreux exemples de conflits d'intérêts apparents dans lesquels se retrouve le multimilliardaire.

Pendant la campagne présidentielle, celui qui était alors candidat républicain a appuyé le projet Keystone XL de TransCanada, qui doit transporter le pétrole des sables bitumineux albertains vers le centre des États-Unis. Il est cependant resté muet sur le pipeline Dakota Access, un projet auquel il n'est pas étranger.

Quelques jours avant le scrutin, le quotidien britannique The Guardian révélait ses liens financiers avec la pétrolière texane Energy Transfer Partners. Selon les informations transmises par son équipe de campagne à la Federal Election Commission, l'organe de régulation électoral américain, ses investissements dans l'entreprise totalisent entre 500 000 $ et un million de dollars.

L'homme d'affaires a de plus des investissements d'un montant équivalent dans la société énergétique Philipps 66, qui aura une participation de 25 % dans le projet Dakota Access une fois qu'il sera terminé.

Donald Trump contrôle plus de 500 entreprises, ce qui place le président américain désigné dans une situation inédite. Les experts font valoir que ses multiples intérêts financiers, aux États-Unis comme à l'étranger, pourraient ouvrir la porte à de nombreux conflits d'intérêts, apparents ou bien réels.

Le président-directeur général d'Energy Transfer Partners, Kelcy Warren, a en outre versé plus de 100 000 $ pour faire élire Donald Trump et près de 67 000 $ au Parti républicain depuis que le multimilliardaire s'est assuré de l'investiture.

Energy Transfer Partner confiante

Dans les jours qui ont suivi l'élection, M. Warren n'a pas caché son optimisme quant à la construction du projet, qui en est à sa dernière phase.

Je suis sûr à 100 % que le pipeline sera approuvé par une administration Trump.

Kelcy Warren, PDG d'Energy Transfer Partners, en entrevue à NBC News, le 11 novembre

Le projet de 3,8 milliards de dollars américains doit permettre l'acheminement de brut léger des champs pétroliers de Bakken, au Dakota du Nord, près de la frontière canadienne, jusqu'à l'Illinois, plus au sud. Le pipeline doit transporter quelque 470 000 barils de pétrole par jour, mais sa capacité totale atteindrait au moins 100 000 barils supplémentaires.

Le tracé du pipeline, qui doit traverser quatre États américains sur une longueur totale de 1886 kilomètres, passe à proximité de la réserve de la nation sioux de Standing Rock, qui conteste le projet.

Energy Transfer Partner veut faire passer le pipeline sous le lac Oahe, un réservoir de la rivière Missouri, afin de joindre les sections complétées du pipeline.

Les Sioux craignent que le pipeline empoisonne la rivière Missouri, qui fournit l'eau potable de leur réserve, en plus de mettre en péril les lieux sacrés. Deux arguments balayés par Energy Transfer Partner.

Mais la nation sioux n'est pas seule dans son combat. Depuis des mois, des milliers de manifestants autochtones et environnementalistes, dont des centaines installés dans des campements près de la réserve, se mobilisent pour la cause.

Le mouvement de protestation s'est heurté à des violences policières. Des témoins ont indiqué que les forces de l'ordre et les agents de sécurité déployés par la compagnie avaient notamment utilisé des véhicules blindés, du gaz poivré et lacrymogène, des balles en caoutchouc et des chiens pour empêcher les manifestants d'empêcher l'avancée des travaux du pipeline.

La police a de son côté accusé les manifestants de mettre en danger la sécurité des travailleurs et de se livrer à des actes de vandalisme. Depuis le mois d'août, près de 500 personnes ont été arrêtées près de Standing Rock, mais aussi dans la région de Bismarck-Mandan.

Le dossier, dans lequel est intervenue l'administration Obama, fait l'objet d'une poursuite et d'une contre-poursuite.

Une industrie qui a l'appui de Trump

Au cours des derniers mois, Donald Trump a à maintes reprises exprimé son enthousiasme pour les hydrocarbures.

Au nom de l'indépendance énergétique et de la croissance économique, il s'est notamment engagé à lever les obstacles à la production de schiste, de pétrole et de gaz naturel enfouis dans le sol. Sur Twitter, il a déjà déclaré que les changements climatiques étaient un canular fomenté par la Chine.

Au-delà de son soutien pour l'industrie pétrolière, certains craignent aussi qu'il fasse peu de cas des revendications autochtones. Dans les années 1990, alors qu'il tentait d'empêcher l'expansion des casinos amérindiens, qui menaçaient ses propres casinos, l'homme d'affaires y est allé de critiques virulentes à l'endroit des Premières Nations. Selon le site d'information The Daily Beast, cela ne l'a pas empêché d'affirmer: « Personne n'est plus pour les Indiens que Donald Trump. »

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