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« Les limites de l'acceptable ont bougé », déplore Amnistie internationale

Les droits de la personne reculent dans le monde, et les politiques de rejet de l'autre qui dominent en Europe et aux États-Unis en sont grandement responsables, selon le rapport annuel d'Aministie internationale, qui condamne en outre la passivité de la communauté internationale devant les atrocités commises en Syrie et aux Philippines, notamment.

Des dirigeants comme Donald Trump aux États-Unis propagent des discours de haine « diabolisant » certains groupes, une rhétorique « toxique » qui rend le monde plus dangereux, affirme l'ONG dans son rapport rendu public mardi soir au Canada.

« Les discours clivants de Donald Trump, de Viktor Orban (Hongrie), de Recep Tayyip Erdogan (Turquie), de Rodrigo Duterte (Philippines) s'acharnent sur des groupes entiers de population, les désignent comme boucs émissaires et propagent l'idée selon laquelle certaines personnes sont moins humaines que d'autres, les premiers visés étant les réfugiés », dénonce Aministie internationale.

« Les limites de l'acceptable ont été déplacées », a reconnu la directrice générale d'Amnistie internationale au Canada francophone, Béatrice Vaugrante, en entrevue à 24/60 sur ICI RDI.« Des lignes rouges ont été franchies. »

On constate des discours vraiment basés sur le rejet de l'autre, la peur de l'autre et de la déshumanisation de pans entiers de la population, que ce soit des immigrants, des réfugiés, des musulmans...

La directrice générale d'Amnistie internationale au Canada francophone, Béatrice Vaugrante

« Et malheureusement aussi, dans certains pays, ces discours-là se sont transformés en politiques réelles, qui rejettent l'autre », poursuit Mme Vaugrante.

Dans son rapport, Aministie internationale écrit en effet que les discours de rejet et de haine peuvent avoir des effets directs sur les droits et libertés. « Des gouvernements ont fait voter des lois qui restreignent le droit d'asile, la liberté d'expression, qui légitiment la surveillance de masse ou donnent aux forces de l'ordre des pouvoirs illimités. »

L'ONG, qui s'est penchée sur la situation de 159 pays, cite notamment le décret anti-immigration fermant temporairement les frontières des États-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, suspendu récemment, de même que l'accord conclu entre Bruxelles et Ankara qui permet aux pays membres de l'Union européenne de renvoyer des demandeurs d'asile en Turquie.

Elle dénonce aussi l'état d'urgence qui perdure en France, où les droits fondamentaux ont été restreints dans la foulée des attentats djihadistes du 13 novembre 2015. De fin 2015 à fin 2016, « seules 0,3 % des mesures liées à l'état d'urgence ont débouché sur une enquête judiciaire pour fait de terrorisme », constate Amnistie internationale.

« Dans le cadre des élections présidentielle et législatives qui vont avoir lieu en 2017, la France est à la croisée des chemins en ce concerne les droits humains, qui font écho à une tendance mondiale, et les citoyens ne doivent pas tomber dans le piège de ces discours qui entraînent la haine, la peur ou le repli de soi », dit le président de la section française d'Amnistie internationale, Camille Blanc.

Des crimes impunis partout sur la planète

« L'autre message important de notre rapport, indique Béatrice Vaugrante, c'est la passivité, l'impunité totale qui règne pour des violations massives des droits humains : la crise des réfugiés, qui n'est toujours pas réglée, qui est une crise mondiale sans réponse mondiale, mais aussi les surveillances de masse, les conflits, comme en Syrie, au Soudan et dans d'autres régions du monde, qui ne font appel à aucune réaction de la communauté internationale, aucun leadership pour dire : "Nous allons faire face à ces enjeux-là ensemble." »

Pour que cesse cette passivité qu'elle dénonce, Amnistie internationale propose, entre autres, de retirer le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni).

Elle appelle en outre les citoyens du monde entier à se mobiliser. « 2017 sera une année de résistance », a dit à l'AFP le président d'Amnistie internationale, Salil Shetty. « Nos espoirs reposent sur le peuple. »

Et le Canada dans tout ça?

Amnistie internationale dresse un bilan en demi-teintes de la première année de mandat du premier ministre canadien, Justin Trudeau.

L'ONG se félicite notamment de voir que le Canada a accueilli plus de 38 000 réfugiés, qu'il a enfin ouvert une enquête publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues et qu'il a déposé un projet de loi visant à protéger les personnes transgenres contre la discrimination. Elle salue aussi l'ouverture au Québec d'une enquête publique sur la surveillance de journalistes par la police.

Toutefois, Amnistie internationale se désole du « non-respect des droits des peuples autochtones dans le cadre des projets de développement économique » comme la construction du barrage du site C, en Colombie-Britannique, ou celui de Muskrat Falls, à Terre-Neuve-et-Labrador.

De plus, l'ONG rappelle que « le gouvernement a approuvé en avril la vente, pour 15 milliards de dollars canadiens, de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite, en dépit des préoccupations relatives aux droits humains ».

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