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Les marchés en hausse malgré les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis

Les marchés boursiers ont finalement clôturé en hausse, mercredi, après avoir fortement chuté en début de journée, en raison des inquiétudes des investisseurs face à des droits de douane que la Chine et les États-Unis entendent imposer sur des produits importés d'une valeur cumulée de 100 milliards de dollars américains.

Cinq minutes après l'ouverture des marchés, à 9 h 35 (HAE), le Dow Jones avait reculé de près de 2 %, tandis que le NASDAQ et le S&P 500 cédaient environ 1,4 %, suivant une nette tendance à la baisse déjà constatée sur les marchés européens.

Les trois indices américains ont cependant effacé ces pertes à la clôture. Le Dow Jones a terminé la journée en hausse de 0,96 %, le S&P 500 a pris 1,16 % et le NASDAQ, 1,45 %. À Toronto, le S&P/TSX a finalement reculé de 0,11 %, après un début de journée difficile.

Ces soubresauts boursiers sont survenus après que les deux plus grandes puissances économiques de la planète eurent publié mardi une liste de centaines de biens qui pourraient être frappés de tarifs pouvant atteindre 25 %, ce qui nourrit de nouveau les craintes d'une guerre commerciale.

Washington a ouvert le bal en publiant une liste d'importations chinoises, d'une valeur globale de quelque 50 milliards de dollars, qu'il pourrait soumettre à de telles taxes en guise de mesure de rétorsion pour répondre « au transfert forcé de technologie américaine et de propriété intellectuelle » que Washington accuse Pékin d'avoir effectué à son détriment. Environ 1300 produits chinois de haute technologie sont visés.

Pékin a répliqué moins de 12 heures plus tard en annonçant l'imposition prochaine d'une taxe équivalente sur 106 familles de produits, dont le soya, le bœuf, le whisky, le tabac, les voitures, des produits chimiques et de petits avions de moins de 45 tonnes. Ces produits représentent aussi une valeur d'environ 50 milliards de dollars par année.

Des taxes encore hypothétiques

Aucune de ces taxes n'est encore en vigueur, et il pourrait s'écouler plusieurs semaines avant qu'elles le soient.

Le bureau du représentant américain au commerce prévoit tenir des audiences sur ses tarifs le 15 mai, tandis que le gouvernement chinois a clairement fait savoir que ses propres tarifs seront imposés en fonction de la décision américaine.

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a déclaré mercredi matin à CNBC que le différend commercial sino-américain pourrait très bien se résoudre par des négociations, mais sans se prononcer sur un échéancier.

Le nouveau conseiller économique du président Trump, Larry Kudlow, avance le même argument. Dans un impromptu de presse mercredi matin, il a refusé de s'avancer sur la possibilité que les États-Unis perdent une guerre commerciale contre la Chine. « Je ne le vois pas de cette manière. C'est une négociation où l'on utilise tous les outils », a-t-il répondu.

« Nous ne sommes pas dans une guerre commerciale avec la Chine, cette guerre a été perdue il y a de nombreuses années par des personnes stupides ou incompétentes, des personnes représentant les États-Unis », a déclaré le président américain Donald Trump dans un tweet.

Il a une nouvelle fois mis en avant l'ampleur du déficit commercial américain avec la Chine, qu'il a évalué à 500 milliards de dollars, bien qu'il ait été de 375,2 milliards en 2017, selon les données du gouvernement américain. « Avec le vol de la propriété intellectuelle, ce sont 300 milliards de dollars supplémentaires. Cela ne peut plus durer! » a-t-il ajouté.

Pékin réplique, mais ne renchérit pas

Des membres du gouvernement chinois ont fait valoir qu'ils n'avaient pas le choix de répliquer aux sanctions annoncées par l'administration Trump. Pékin n'a toutefois pas renchéri, se contentant de prendre des mesures pour un montant équivalant à celui annoncé par Washington.

Un vice-ministre des Finances, Zhu Guangyao, a pour sa part appelé l'administration Trump à « travailler de manière constructive » pour éviter de nuire à l'économie des deux pays. « Les pressions extérieures ne vont qu'inciter et encourager le peuple chinois à travailler plus fort », a-t-il déclaré.

À l'évidence, Pékin a minutieusement préparé sa riposte. Plusieurs des produits qui pourraient être frappés de sanctions sont des produits particuliers le plus souvent fabriqués dans des États qui ont voté pour Donald Trump et les républicains lors de la dernière présidentielle.

Des sanctions sur le soya, par exemple, feraient particulièrement mal aux agriculteurs de l'Iowa, tandis qu'une hausse du prix des importations de tabac ou de whisky se ferait ressentir dans le Kentucky, État que représente le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell.

D'autres produits américains, comme les avions de Boeing, les produits d'Apple ou les ordinateurs Dell, ne sont pas touchés pour l'instant, ce qui laisse à Pékin la possibilité de donner un tour de vis supplémentaire en cas de besoin.

Selon le directeur des études sur l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à l'Université de commerce international et d'économie de Pékin, Tu Xinquan, le gouvernement chinois s'est pour l'instant contenté de cibler des importations américaines qui peuvent facilement provenir d'ailleurs. Le soya, par exemple, peut être importé de l'Australie plutôt que des États-Unis.

« La Chine a scrupuleusement dressé sa liste de produits pour être certaine que l'impact sur l'économie puisse être contrôlé », a-t-il commenté. « Si les États-Unis décident d'accroître l'intensité [des sanctions], la Chine va certainement en faire autant. »

Un responsable du bureau du représentant américain au commerce affirme que les États-Unis ont aussi soigneusement choisi les produits chinois visés. Selon lui, un algorithme a permis d'identifier les produits qui feraient le plus de mal aux Chinois tout en nuisant le moins possible aux Américains.

Les investisseurs surpris, le secrétaire américain au Commerce aussi

La portée de ces annonces et la rapidité des représailles chinoises aux mesures prises par l'administration Trump semblent avoir pris par surprise nombre d'investisseurs, plus préoccupés ces derniers jours par les enjeux de la régulation du secteur technologique ou par l'animosité du président Trump envers Amazon.

« Je suis franchement un peu surpris que Wall Street soit si surpris. Tout cela a été télégraphié depuis des jours et des semaines », avait commenté Wilbur Ross sur CNBC, avant l'ouverture des marchés. Selon le secrétaire américain au Commerce, les sanctions annoncées par la Chine équivalent aux trois dixièmes du produit intérieur brut des États-Unis.

« Si nous rappelions récemment que les premières mesures annoncées par la Chine le 23 mars dernier n'étaient qu'une goutte d'eau dans les relations commerciales entre les deux pays, [...] nous indiquions ensuite qu'il ne fallait surtout pas que Pékin décide de taxer des produits "lourds" comme le soya ou l'industrie aéronautique », a commenté le groupe bancaire et financier suisse Mirabaud Securities.

« La goutte serait en train de se transformer en rivière, puisque le montant cumulé des produits visés par les deux pays atteint maintenant les 100 milliards de dollars, soit environ 17 % des 580 milliards de dollars d'échanges commerciaux bilatéraux enregistrés en 2017. »

« On pensait que la Chine ne répondrait pas de façon trop virulente et éviterait une escalade des tensions. La réponse de la Chine est une surprise pour certains », a pour sa part commenté Julian Evans-Pritchard, spécialiste de l'économie chinoise pour la firme Capital Economics.

« C'est plutôt une stratégie de la corde raide (brinkmanship) visant à montrer clairement quel serait le coût [de sanctions], dans l'espoir que les deux parties pourront parvenir à une entente et qu'aucun de ces tarifs n'entrera en vigueur », relativise-t-il.

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