Après avoir accepté plus de 17 000 migrants en trois jours, la Croatie a fermé vendredi tous ses postes-frontières avec la Serbie, sauf un, et a annoncé que les migrants qui arrivent sur son sol seront désormais redirigés vers la Hongrie ou la Slovénie, sans être enregistrés ou hébergés.

Cette décision, décriée par les pays voisins, ajoute à la confusion entourant le sort de milliers de personnes en quête d'une vie meilleure en Europe.

« Il n'y a pas d'unité entre les pays [d'Europe]. Il y a des pays qui disent ne venez pas, d'autres pays qui disent venez. Il n'y a que deux pays de l'Europe, l'Allemagne et la Suède, qui en réalité acceptent ces immigrants », explique Charles-Philippe David, titulaire de la chaire Raoul-Dandurand à l'UQAM.

L'analyste déplore que l'on ne pense pas à installer des sanctuaires humanitaires en Syrie d'où viennent un grand nombre de ces réfugiés. « Au fond, ces gens-là ne veulent pas vraiment quitter leur pays. Ils le quittent en désespoir de cause. Ce qu'ils voudraient, c'est simplement au moins de pouvoir vivre quelque part en sécurité », dit-il.

Les migrants se ruent maintenant vers la Croatie depuis que la Hongrie a décidé, plus tôt cette semaine, de sceller sa propre frontière avec la Serbie. Le premier ministre croate Zoran Milanovic a cependant déclaré vendredi que son pays ne peut plus contrôler l'arrivée de migrants et qu'il refuse d'en assumer la responsabilité.

La nouvelle a été mal accueillie en Hongrie. Un porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, a déclaré que la décision de rediriger les migrants vers son pays est « totalement inacceptable ». Bien que la Croatie savait ce qui l'attendait, elle était mal préparée et « son système d'approvisionnement s'est effondré en une seule journée », a-t-il dit, en prédisant que l'affaire allait nuire aux chances de la Croatie de se joindre à l'espace Schengen.

« Au lieu d'aider les gens, la Croatie encourage des tas de gens à commettre une infraction pénale. Franchir la frontière est une infraction pénale », a par la suite déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto.

Des autobus et des militaires

Les Hongrois ont tout de même pris en charge des migrants reconduits au poste-frontière de Beremend dans une dizaine d'autocars croates.

Embarqués à bord d'autocars hongrois, ils ont été conduits dans deux centres d'enregistrement situés près de la frontière autrichienne, selon un porte-parole de la police hongroise. Selon elle, les demandeurs d'asile sont tout de même enregistrés en Hongrie.

La Hongrie avait commencé à installer dans la nuit de jeudi à vendredi une clôture à sa frontière de 41 kilomètres avec la Croatie pour bloquer le passage de migrants.

Des centaines de soldats et de policiers seront aussi déployés à la frontière, a annoncé le premier ministre Viktor Orban dans une entrevue accordée sur les ondes de la radio publique. La Hongrie et la Croatie sont essentiellement séparées par la Drave, un affluent du Danube.

« Nous devons appliquer les mêmes mesures qu'à la frontière serbo-hongroise », a dit Viktor Orban, précisant que 600 soldats travaillaient à l'installation de la clôture, que 500 autres seraient déployés vendredi, et 700 de plus ce week-end.

La Serbie s'insurge aussi contre la nouvelle approche croate, qui pourrait contraindre les migrants à rester sur son sol. Le ministère des Affaires sociales Aleksandar Vulin menace de traîner la Croatie devant les tribunaux internationaux si les postes frontaliers demeurent fermés. La Serbie fait aussi valoir que Zagreb aurait dû prévoir un tel afflux de réfugiés.

La Slovénie, qui disait s'attendre à l'arrivée d'environ 1000 migrants vendredi, n'apprécie pas davantage. Bostjan Sefic, secrétaire d'État auprès du ministère de l'Intérieur, reproche à Zagreb d'enfreindre les règles communautaires. « Les actes de la Croatie ne sont pas conformes aux systèmes de l'Union européenne et de Schengen, puisque Zagreb a décidé de ne plus enregistrer les migrants » a-t-il déclaré à la presse.

En fin de journée, quelque 500 migrants étaient massés du côté croate du pont de la rivière Sutla, qui sert de frontière avec la Slovénie. Une cinquantaine de policiers anti-émeutes slovènes sont massés de l'autre côté pour les empêcher d'entrer. « Nous allons en Slovénie », lancent des migrants, qui scandent aussi « Liberté », mais en vain jusqu'à nouvel ordre. 

La Slovénie a aussi décidé de prolonger jusqu'à samedi 6 h, heure locale, la suspension du trafic ferroviaire avec la Croatie, décidé jeudi, après qu'environ 150 migrants sont entrés dans le pays à bord d'un train à destination de la Suisse. Ces migrants ont été dûment enregistrés par les autorités, qui ont cependant prévenu qu'ils seraient renvoyés en Croatie. 

La Slovénie a convoqué l'ambassadeur croate pour lui signifier que son pays ne respecte pas les règles de l'Union européenne en vigueur en offrant un corridor pour permettre aux migrants de se rendre dans un autre pays.

Pendant ce temps, en Turquie, les migrants continuent de se préparer pour une traversée qui doit les mener à l'île grecque de Lesbos, en mer Égée. Notre correspondant Jean-François Bélanger raconte ce qu'ils vivent. 

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