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Les migrants bloqués en Grèce renvoyés en Turquie

Les renvois de réfugiés de Grèce vers la Turquie ont commencé lundi dans le cadre du plan controversé mis en place par l'Union européenne (UE) pour fermer la principale voie d'accès des migrants vers l'Europe.

L'accord, conclu le mois dernier et dénoncé par plusieurs groupes venant en aide aux réfugiés, prévoit que la Turquie reprenne tous les migrants et réfugiés arrivés clandestinement en Grèce, y compris les Syriens.

Ankara a obtenu en contrepartie que l'UE prenne directement en charge des milliers de Syriens réfugiés en Turquie, une aide financière renforcée, une accélération de l'exemption de visas pour ses ressortissants et une reprise des négociations d'adhésion à l'UE.

Lundi matin à l'aube, deux bateaux battant pavillon turc, transportant 131 migrants, sont arrivés à Dikili en Turquie, en provenance de l'île grecque de Lesbos, ont constaté deux journalistes de Reuters de part et d'autre du bras de mer.

Les bateaux étaient accompagnés de deux navires de la garde-côtière turque tandis qu'un hélicoptère survolait la zone.

Le but de l'accord UE-Turquie est de décourager les migrants d'effectuer la traversée en Méditerranée, très dangereuse, d'autant qu'elle est souvent effectuée sur de petites embarcations, ou même sur des canots pneumatiques.

Il s'agit aussi de mettre fin au système des passeurs qui nourrit le flux migratoire le plus important vers l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

L'an dernier, un million de personnes sont arrivées en Grèce par la mer Égée.

« Nous sommes morts de toute façon »

Mais quelques heures après le départ de Lesbos du premier bateau de migrants refoulés, les navires de patrouille grecs ont sauvé pas moins de deux canots transportant une cinquantaine de personnes, dont des enfants et une femme en fauteuil roulant, qui tentaient d'atteindre l'île.

« Nous ne faisons que tenter notre chance. C'est notre destin. Nous sommes morts de toute façon », a déclaré Firaz, 31 ans, un Kurde de la province de Hassaké en Syrie qui voyageait avec son cousin.

Alors qu'on lui demandait s'il était au courant du renvoi des personnes par la Grèce, il a répondu : « J'ai entendu : peut-être pour les Iraniens et les Afghans. Je n'ai pas entendu dire qu'ils renvoyaient les Syriens en Turquie. Au moins, j'aurai fait ce que j'ai pu. Je suis vivant. Cela suffit. »

Un groupe de 47 hommes, principalement des Pakistanais, a également été intercepté lundi par la Garde côtière turque. Ils ont été conduits dans un centre de rétention près du port de Dikili, a constaté un journaliste de Reuters.

Systématiquement renvoyés

Sur le quai de Dikili, quelques dizaines de policiers et de responsables de l'immigration attendaient devant une petite tente blanche, tandis que les migrants refoulés débarquaient un par un. Ils ont été photographiés, et leurs empreintes digitales ont été enregistrées.

La plupart de ceux qui ont été refoulés de Lesbos sont originaires du Pakistan et du Bangladesh et n'ont pas déposé de demande d'asile, a précisé Ewa Moncure, porte-parole de Frontex, l'agence européenne des frontières.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et certains groupes de défense des droits de l'homme ont fait savoir que les clauses de protection juridique de l'accord entre l'Union européenne et la Turquie étaient à leurs yeux insuffisants.

« Honte à vous! »

Amnistie internationale a qualifié l'accord de « coup historique aux droits de l'homme » et a annoncé l'envoi lundi d'observateurs à Lesbos et à Chios.

Lundi, au port de Lesbos, quelques personnes ont manifesté aux cris de « Honte à vous! » au départ du bateau de migrants, au moment où le soleil se levait sur la mer Égée. Non loin de là en mer, des sauveteurs volontaires ont levé au-dessus de leur bateau une pancarte en signe de protestation sur laquelle on pouvait lire : « les traversiers pour un passage sûr, pas pour les expulsions ».

À Lesbos, chaque migrant était escorté par un officier en civil de Frontex. Ils ont été transportés de nuit du centre de rétention de l'île vers le port. Des représentants de la police grecque antiémeute étaient également à bord des bateaux.

Plus de 3300 migrants et réfugiés se trouvent à Lesbos.

Environ 2600 personnes sont au centre de Moria, soit 600 de plus que la capacité d'accueil de ce complexe de préfabriqués. Sur ce total, 2000 ont déposé une demande d'asile, a indiqué le HCR.

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