Ils sont partout, ils sont assez nombreux pour donner un nouveau visage à leur pays et, sans aucun doute, ils n'ont jamais arrêté de rêver.

Ils sont les milléniaux de Cuba, ils sont tous nés dans les années d’après la révolution. En fait, une grande partie de ces jeunes Cubains ont été conçus pendant le pire moment de l’histoire du pays : la période spéciale, ce moment qui a succédé à la chute du bloc soviétique et qui a entraîné une crise économique de grandes proportions dans l’île.

On les retrouve dans les endroits où ils peuvent se connecter à Internet, à l’université ou à l’école, dans les bars et les discothèques, collés à leurs téléphones ou en parlant de ce qui est à la mode ici et ailleurs.

Même s’ils s’intéressent à tous les sujets et qu’ils parlent du monde comme s’il était leur terrain de jeux, une grande majorité des jeunes Cubains ne semblent pas être attirés par la politique ni par les sujets complexes de la géopolitique qui dominent la réalité de leur pays et du monde.

Je n’aime pas la politique. Je ne crois pas que les politiciens du monde se préoccupent vraiment des peuples. Alors, pourquoi m’y intéresser? L’important, c’est de profiter de la vie.

Camila, 23 ans, étudiante universitaire

Des enfants de la guerre froide

En quelque sorte, les milléniaux sont les enfants d’une réalité qui leur a été imposée par les responsables de l’embargo américain et par ceux qui ont pris de mauvaises décisions économiques à Cuba.

Ils ont été les bébés d’une réalité complexe, dans laquelle les opposants de l’étranger et le gouvernement américain ont cru que le meilleur moyen de faire chuter le gouvernement communiste était de « l’étrangler économiquement ». Ils étaient convaincus qu’à la fin, les gens se révolteraient, prendraient les rues d’assaut et « chasseraient le dictateur en place ». Leur stratégie n’a jamais fonctionné.

Mais, de l’autre côté, la peur de l’ennemi et la préoccupation de sauver le système et de ne pas perdre « les acquis de la révolution » ont amené le gouvernement cubain et Fidel Castro lui-même à prendre de mauvaises décisions économiques et politiques et à resserrer les contrôles pour « empêcher l’ennemi » de gagner cette guerre froide permanente, qui plane toujours sur Cuba.

L’arrestation d’opposants, le contrôle des communications et des médias locaux, les interdictions de sortir du pays sans autorisation préalable et la méfiance à l’égard des critiques sont devenues la règle.

Ces jeunes n’ont pas vécu la fierté de la révolution ni la dignité de tenir tête au géant du Nord - l’empire, comme plusieurs l’appellent ici et en Amérique latine - ni le rôle que Cuba a joué dans la lutte contre l’apartheid en Afrique.

Certes, ils n’ont pas vécu non plus l’exil ni les nationalisations, les arrestations d’opposants ni les « violations des droits de la personne » décriées par plusieurs gouvernements et organisations internationales.

Pas de souvenirs, pas de rancune

Les milléniaux profitent des avantages que leur donne leur pays et ne veulent pas savoir d’où cela vient.

Ils reconnaissent ce que la révolution a fait pour leurs grands-parents, mais ils veulent avoir plus.

Le discours de Yamile, une jeune Cubaine qui veut partir à l’étranger, est loin du communisme ou de l’anticommunisme, de Fidel Castro, ou encore des Américains et de la politique. Elle ne veut qu’avoir la chance d’approfondir ses connaissances et de découvrir le monde.

Je veux apprendre plus de choses. Je veux étudier les nouvelles techniques de la recherche scientifique et avoir les moyens technologiques et économiques pour grandir dans ce domaine. Ici - peu importe qui sont les responsables - cela n’est pas possible.

Yamile, finissante universitaire

Nicolas, un jeune de 22 ans qui rêve de devenir médecin, est beaucoup plus politisé. Il croit qu’il faut aller plus loin dans les changements, mais il sait bien que cela ne dépend pas que de Cuba. « Si les Américains nous isolent encore et encore, nous n’aurons jamais la chance de changer les choses par et pour nous-mêmes. Il ne s’agit pas de communisme ou de capitalisme. Il s’agit de nos vies », dit-il.

Nous l’avons rencontré à la place de l’église San Francisco. Il était avec ses amis, qui n’ont pas voulu parler ni commenter ses propos.

Voilà la génération « Y » de Cuba, ceux qui sont nés pendant qu’Internet commençait à « dominer » le monde.

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