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Les missiles intercontinentaux nord-coréens seraient propulsés par une technologie ukrainienne

Les nouvelles capacités balistiques de la Corée du Nord pourraient trouver leur source dans une usine située en Ukraine, avancent les services de renseignements américains et un expert du réputé International Institute for Strategic Studies (IISS).

En juillet, le régime de Kim Jong-un a réussi deux tirs de missiles balistiques intercontinentaux, surprenant les spécialistes qui estimaient encore récemment qu’il était encore loin d’avoir atteint ce stade de développement.

La capacité présumée de ces missiles à longue portée à atteindre le territoire américain a grandement contribué à faire monter la pression entre Pyongyang et Washington et à exacerber la guerre de mots que se livrent leurs dirigeants.

Selon des analyses du renseignement américain qui ont étudié des photos publiées par Pyongyang, ces missiles Hwasong-14 semblent utiliser la technologie des missiles SS-18, parmi les plus puissants développés par l’Union soviétique pendant la guerre froide.

Ces missiles, capables de transporter 10 têtes nucléaires, utilisaient des moteurs RD-250 fabriqués à l’usine Yuzhmash de Dnipro, en Ukraine, non loin de l’endroit où l’armée et des rebelles prorusses s’affrontent encore aujourd’hui.

L’usine a continué à fabriquer quantité de missiles pour la Russie après que l’Ukraine eut retrouvé son indépendance, mais ses activités ont subi un dur coup après que le président prorusse Viktor Ianoukovitch eut été dégommé en 2014.

Moscou a alors annulé ses commandes pour de nouveaux missiles SS-18, plongeant l’usine en grande difficulté financière. Elle fabrique aujourd’hui des autobus et des tracteurs, mais sa gloire est maintenant chose du passé.

Dans une analyse détaillée publiée lundi sur le site de l’IISS, un expert des questions de sécurité, Michael Elleman, avance également l’hypothèse que la technologie utilisée par les Nord-Coréens a probablement vu le jour à cet endroit.

« Il est probable que les moteurs [de fusée] viennent de l’Ukraine, probablement de façon illicite », a-t-il raconté dans une entrevue au New York Times, qui évoque également les plus récentes analyses du renseignement américain.

Les Nations unies ont déjà rapporté que Pyongyang a tenté, en vain, de voler des secrets militaires de l’usine de Dnipro il y a six ans; ils s’intéressaient particulièrement aux « systèmes de missiles, aux missiles à propergol liquide et aux systèmes d’alimentation en carburant ».

Les analyses du renseignement américain croient maintenant que le régime nord-coréen a poursuivi ses efforts pour mettre la main sur cette technologie.

Le mois dernier, Yuzhmash a démenti des informations selon lesquelles ces technologies de pointe étaient vendues à l’étranger, notamment en Chine. La compagnie assurait qu’elle n’avait pas participé et ne participerait pas au transfert de telles technologies à l’extérieur de ses frontières.

Les analyses du renseignement américain ne croient cependant pas à ce démenti, selon le Times. Ils soulignent toutefois n’avoir aucune preuve que le gouvernement du président Petro Porochenko est au courant de ce qui se passerait à l’usine de Dnipro.

Selon M. Elleman, les dirigeants de l’usine de Dnipro et des ingénieurs qui sont sous-employés pourraient être en cause dans cette affaire. Il ajoute toutefois qu’il ne peut écarter l’hypothèse qu’une compagnie russe liée à l’usine, Energomash, soit également impliquée.

Un analyste allemand, Norbert Brügge, a été le premier à avancer en septembre dernier qu’une nouvelle fusée testée par le régime nord-coréen présentait de fortes similitudes avec celles utilisant le moteur RD-250 fabriqué par Yuzhmash.

Le Bulletin of the Atomic Scientists est également parvenu à la même conclusion dans une analyse publiée la semaine dernière.

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