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Les raids du régime syrien se poursuivent malgré le cessez-le-feu adopté par l’ONU

Les raids du régime syrien se poursuivent ce dimanche contre la Ghouta orientale en banlieue de Damas, au lendemain de l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant une trêve pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire.

Un texte de Marie-Ève Bédard, correspondante au Moyen-Orient

La résolution avait dû être amendée plus tôt cette semaine pour satisfaire la Russie, le principal allié du président syrien, Bachar Al-Assad. Plutôt que de demander un cessez-le-feu « immédiat » sur l'ensemble de la Syrie, la résolution appelle notamment à un arrêt « sans délai » des hostilités.

Mais selon l'Iran, la résolution ne couvre pas le secteur de la Ghouta orientale, ciblée depuis une semaine par une opération militaire du régime syrien qui a fait plus de 500 morts.

De plus, la trêve prévue ne s'applique pas aux djihadistes du groupe armé État islamique, d'Al-Qaïda et du Front al-Nosra.

Cette campagne est ni plus ni moins un « nettoyage ethnique », décrient des activistes encerclés dans la Ghouta orientale, assiégée depuis maintenant cinq ans, avec qui nous avons pu nous entretenir au cours des dernières 24 heures.

Dans nos conversations, entrecoupées par des explosions et le bruit constant des avions et des hélicoptères du régime syrien et de leurs alliés qui survolent le secteur, les activistes accusent le gouvernement de la Syrie d'un massacre qui cherche à vider la banlieue de Damas de sa population civile.

« Tout est transformé. Je vois des gens qui vont d’un abri à l’autre pour chercher leurs proches. Ils ne retrouvent pas leur chemin. Parce que des immeubles ont disparu. Ou des voitures ont explosé en plusieurs morceaux », raconte Nivine Hotary, une activiste des premières heures de la révolution en Syrie qui n'a jamais songé à partir.

La femme de 38 ans et mère de deux jeunes enfants fait partie d'une organisation qui vient en aide aux veuves de la guerre, Women Now for Development (traduction libre : Femmes pour le développement maintenant).

Pourtant, Mme Hotary n'arrive plus à trouver le sommeil dans un abri souterrain qu'elle partage avec des dizaines de familles. Et la faim la terrasse constamment.

Les images qui nous parviennent de la Ghouta montrent une horreur qu'on ne saurait nommer. Tous les jours, des dizaines de corps meurtris, démembrés sont extirpés de ce qui ne ressemble plus qu'à un amas de décombres à perte de vue. Beaucoup de ceux qui en sont extirpés en vie meurent, faute de traitements et de médicaments appropriés.

Moayed Al Dirane documente les attaques répétées avec sa caméra. La conversation téléphonique, qui doit se faire par l'intermédiaire d'Internet et dans la hâte, est ponctuée d'une toux dont il n'arrive pas à se débarrasser. Il est anxieux de rester branché trop longtemps à Internet pendant les bombardements.

« Ce que j'ai photographié de pire, c'est le corps sans vie de mon cousin. Il est mort, faute d'assistance médicale. Il avait besoin d'être évacué d'urgence et est mort dans l'attente d'une évacuation qui ne serait jamais venue. Sa maison a été bombardée par la Russie, et il est resté longtemps sous les décombres. Il n'avait aucun espoir sans [être transféré] à Damas; alors il est mort », explique-t-il.

Pénurie de médicaments et attaques contre les hôpitaux

Les médecins et le personnel médical travaillent jour et nuit dans la Ghouta orientale. Mais ça ne suffit pas à contrer la pénurie de médicaments et les attaques régulières qui visent les hôpitaux de fortune.

« Depuis le 19 février, la situation est terrible. Nous avons vu plus de 350 morts et 1300 blessés, raconte le docteur Oussama Al-Mousa rejoint samedi en fin de journée, alors qu'il venait d'amputer une mère de famille dont la maison a été ciblée. Vingt-trois centres médicaux ont été frappés. Certains sont complètement détruits, d'autres arrivent à fonctionner partiellement. Dans notre centre, nous avons perdu trois médecins et treize infirmières dans les bombardements. Nous travaillons avec ce qui nous reste pour traiter les blessés et fournir des soins aux femmes et aux enfants dans les abris. »

Médecins sans frontières, qui soutient le travail de cliniques sur place, affirmait qu'elles ont reçu plus de 3300 blessés et 630 morts du 18 au 25 février. Treize de ces cliniques ont été ciblées par des bombardements et des tirs d'artillerie, condamnant pour de bon quatre d'entre elles.

Personne dans la Ghouta orientale ne s'étonnera de la violation de la trêve humanitaire sitôt adoptée. Ceux avec qui nous avons parlé n'attendent plus rien depuis longtemps des Nations unies et de la communauté internationale. Même s'ils continuent d'espérer que leur voix soit entendue au-delà de l'étau qui se resserre chaque jour un peu plus sur eux.

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