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Les talibans lancent de nouvelles offensives en Afghanistan

Des combats font toujours rage mardi dans la ville de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, au lendemain d'une nouvelle offensive des talibans. Les islamistes sont aussi passés à l'attaque dans la province de Helmand, dans le sud du pays.

Kunduz, ville de 250 000 habitants, a été attaquée sur quatre fronts lundi matin. L'offensive a été fulgurante : les talibans n'ont mis que quelques heures pour atteindre le centre de la ville, où ils ont hissé leur drapeau à l'une des principales intersections. Ils ont été repoussés du secteur par la suite, mais demeurent présents dans la ville.

À Kaboul, les ministères de la Défense et de l'Intérieur assurent, à l'instar de la police de Kunduz, que les forces de sécurité afghanes sont en voie de « nettoyer » la ville, mais la facilité avec laquelle les talibans ont réussi à y pénétrer pose de sérieuses questions sur les capacités du gouvernement central d'assurer la sécurité dans le pays.

Kunduz avait également été visée par une offensive éclair des talibans il y a pratiquement un an. L'affaire s'était soldée par la mort de 300 personnes, dont 42 patients d'un hôpital de Médecins sans frontières bombardé par erreur par l'armée américaine.

La nouvelle attaque lancée lundi survient au moment où s'ouvre à Bruxelles une conférence internationale sur laquelle mise le gouvernement afghan pour convaincre des donateurs occidentaux de lui offrir des milliards de dollars pour l'aider à reconstruire le pays.

Selon le gouvernement afghan, 30 talibans et 5 soldats afghans ont été tués dans les combats qui se déroulent depuis lundi. L'hôpital de Kunduz signale pour sa part 1 mort et 43 blessés parmi les civils touchés par des tirs ou des éclats de mortier.

L'Afghanistan, 15 ans plus tard

Des témoignages sans équivoque

Selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur, Sediq Sediqqi, les forces gouvernementales ont repris le contrôle du centre de la ville lundi soir, avec l'aide d'une « centaine de forces spéciales ». Le tout s'est déroulé « sans grande résistance » de la part des talibans, selon lui.

Le gouverneur de la ville de Kunduz accuse cependant les talibans « d'utiliser les maisons des particuliers pour se cacher en ville », ce qui ralentit les dernières opérations de nettoyage. « Nous avons demandé à la population de rester chez elle et d'éviter tout déplacement inutile ». a dit Assadullah Omarkhili.

Le chef du conseil provincial de Kunduz, Mohammad Yusouf Ayubi, affirme pour sa part que la ville est devenue un champ de bataille, et que des combats se déroulent dans plusieurs secteurs. Selon lui, les talibans ont planté des mines à différents endroits, et les habitants « sont piégés dans leur maison ».

« Nous ne pouvons aller dans nos bureaux [du conseil provincial] » parce que le secteur est sous contrôle des talibans », a-t-il raconté. Le conseil se réunira mardi dans un endroit situé 1,5 km plus loin.

Le chef de la police de Kunduz, Qasim Jangalbagh, affirme aussi que les forces de sécurité s'emploient à « nettoyer la ville », avec l'aide des forces spéciales américaines et le soutien de l'aviation américaine et afghane. Il admet cependant que les talibans restent présents dans plusieurs secteurs.

« Nous sommes très prudents dans nos frappes aériennes et notre artillerie dans cette bataille, car nous voulons éviter des victimes civiles », a commenté le porte-parole du ministère de la Défense, Dalat Waziri, confirmant du coup que des combats sont toujours en cours.

Le général américain Charles Cleveland, porte-parole de l'opération Resolute Support, confirme que les forces aériennes afghanes et de l'OTAN « ont apporté leur soutien aux troupes au sol ». Un hélicoptère américain est aussi intervenu aux abords de Kunduz « pour protéger les forces alliées ».

« Les troupes afghanes contrôlent le centre » de Kunduz, assure-t-il lui aussi. 

M. Waziri dément que l'offensive talibane a été rendue possible par le fait que les troupes gouvernementales ont fui devant l'ennemi. « Nos forces n'ont pas abandonné un seul barrage. Mais l'ennemi est entré en se cachant dans les maisons et nous avons évité de riposter pour ne pas causer de victimes civiles », assure-t-il.

Selon un correspondant de l'AFP, les rues de Kunduz sont désertes mardi, et les magasins sont fermés. « Les bus de la gare routière, située dans les faubourgs, se sont garés en ville et les familles essaient d'y monter pour gagner Kaboul », relate-t-il.

Autre offensive dans le sud

Dans le sud de la province, la ville de Lashkah Gar, capitale de la province de Helmand, subit aussi les assauts des talibans, planqués dans ses banlieues depuis des mois.

Selon un chef de la police locale, Haji Gran, 12 policiers ont été tués, et 11 autres, blessés dans des attaques menées lundi soir contre des barrages routiers destinés à protéger la ville.

Un porte-parole de l'administration provinciale d'Helmand, Omar Zwak, affirme que le district de Khanashin, dans le sud, est tombé aux mains des talibans lundi. Selon lui, 45 membres des forces de sécurité afghanes ont été tués au cours des derniers jours, et 15 autres ont été capturés.

Selon des responsables afghans consultés par Associated Press, les talibans contrôleraient actuellement 85 % de la province de Helmand, soit 12 de ses 14 districts.

Le contrôle de la province est un enjeu stratégique pour les talibans, parce que celle-ci constitue une plaque tournante de la production et du trafic d'opium, qu'ils utilisent pour se financer.

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