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Les talibans refusent de prolonger le cessez-le-feu en Afghanistan

Les talibans ont rejeté dimanche un appel du président afghan, Ashraf Ghani, à prolonger un cessez-le-feu inédit à l'occasion de la fin du mois du ramadan, une décision qui déçoit les espoirs de paix d'une population épuisée par des décennies de conflit.

L'annonce des talibans a été suivie peu après par un attentat-suicide dans une province de l'est du pays qui a fait au moins 18 morts et une cinquantaine de blessés, selon un responsable local.

« Le cessez-le-feu se termine ce soir et nos opérations reprendront si Dieu le veut. Nous n'avons aucune intention de prolonger le cessez-le-feu », a déclaré le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid dans un message transmis à l'AFP, ce qui suggère une reprise des combats dès lundi.

Le porte-parole n'a fait aucune allusion directe à l'appel du président Ashraf Ghani, qui avait annoncé samedi une prolongation du cessez-le-feu côté gouvernemental et appelé les talibans à en faire autant. Cette annonce avait reçu l'appui de la communauté internationale.

La mission de l'OTAN en Afghanistan et les forces armées américaines ont affirmé qu'elles respecteraient l'annonce de prolongation du président Ghani. L'Union européenne avait pour sa part qualifié la trêve d'« historique ».

Le gouvernement afghan a annoncé dimanche que son cessez-le-feu sera allongé de 10 jours et qu'il sera ainsi en vigueur jusqu'au 30 juin.

Deux attentats en deux jours

L'attentat-suicide, qui s'est produit dimanche à l'extérieur du bureau du gouverneur de la province de Nangarhar dans la ville de Jalalabad, est le second en deux jours dans cette province orientale.

Il a fait au moins 18 morts et 49 blessés, d'après le directeur pour Nangarhar des services de santé, Najibullah Kamawal.

Selon le porte-parole du gouverneur provincial, Attaullah Khogyani, le kamikaze, qui était à pied, a visé des talibans, des civils et des anciens qui quittaient le complexe abritant le bureau du gouverneur après un événement célébrant la fête de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois du ramadan.

L'attaque n'a pas encore été revendiquée.

36 morts déjà samedi

Annoncé initialement pour huit jours côté gouvernemental et trois jours côté taliban, le cessez-le-feu avait donné lieu ces derniers jours à d'inédites scènes de fraternisation entre combattants talibans, civils et membres des forces de sécurité, qui ont été vus se donnant l'accolade et se prenant en photo ensemble.

Mais il a été terni dès samedi par un attentat-suicide qui a fait 36 morts et 65 blessés parmi une foule célébrant la cessation des combats dans le district de Rodat, dans la province orientale de Nangarhar, selon un nouveau bilan rendu public dimanche par les autorités locales.

L'attaque a été revendiquée dimanche par le groupe armé État islamique. Celui-ci n'est pas inclus dans le cessez-le-feu, qui ne concerne que les talibans.

Les talibans cherchent une victoire, pense un diplomate

Dès l'annonce initiale du cessez-le-feu, les analystes s'étaient montrés prudemment optimistes, estimant qu'il pourrait potentiellement renforcer la confiance entre les parties et constituer une base menant à l'ouverture de pourparlers de paix entre les belligérants, après quasiment 17 ans de conflit.

L'annonce du refus taliban de prolonger la trêve n'a toutefois pas surpris certains diplomates occidentaux en poste à Kaboul.

« S'ils prolongent le cessez-le-feu, ils seront obligés de négocier, ce qui, je pense, ne les intéresse pas. Ils cherchent une véritable victoire », a déclaré à l'AFP l'un d'entre eux sous couvert d'anonymat.

Après l'attentat de samedi, les talibans avaient ordonné à leurs combattants d'éviter de se mêler aux forces de sécurité afghanes et aux civils.

« Afin d'éviter tout tort aux civils [par notre présence], tous les commandants devront empêcher les moudjahidines de participer à de tels rassemblements », a annoncé le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, sur Twitter.

Certains chefs talibans ont pour leur part déclaré à l'AFP qu'ils voyaient d'un mauvais oeil que leurs combattants se rendent dans des zones contrôlées par le gouvernement et qu'ils sympathisent avec les forces de sécurité.

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