Ils ont moins de 35 ans et représentent plus de 60 % de la population iranienne. Avec leur allure branchée, beaucoup d'entre eux défient l'image que l'on se fait d'une République islamique soumise aux dictats des ayatollahs.

  D'après un reportage de Marie-Eve Bédard

C'est en grande partie cette jeunesse qui a servi une dure défaite aux fondamentalistes et aux ultraconservateurs lors des législatives du 26 février, qui ont permis d'élire le Parlement et l'Assemblée des experts. Portrait d'un pays qui aspire à plus de liberté.

Babak Nadali

« Nous sommes assez nombreux pour changer le résultat d'une élection. Avec les médias sociaux, nous pouvons nous contacter, connecter. Ce que nous avons vu avec l'élection parlementaire pour Téhéran, c'est le vrai pouvoir du peuple », lance avec optimisme Babak Nadali.

Babak est juste assez vieux pour avoir vu sa vie entière basculer avec l'imposition des sanctions économiques contre son pays, qui ont été levées en janvier 2016. L'entreprise italienne pour laquelle il travaillait à l'époque a plié bagage en moins de 24 heures.

Avec tous les changements qu'a connus l'Iran depuis l'élection du président modéré Hassan Rohani, il est temps que le pays soit perçu différemment, croit Babak.

« Le monde change si rapidement, nous ne pouvons pas nous isoler et ne pas changer. Même les religieux et les conservateurs changent, je le vois. Mais changer à quel point? Vers quoi? Le changement viendra, mais peut-être pas comme l'Europe il y a 100 ans. Nous cherchons notre voie. Celle de la démocratie et de la liberté dans un pays du Moyen-Orient et qui est musulman. »

Qazaal Ranjbar

De son côté, Qazaal émet des réserves. La jeune femme de 22 ans croit moins au changement. « Tout dépend de ce que vous entendez par liberté. Pour moi, c'est beaucoup plus profond que le simple port du voile, et je n'ai vu aucun changement. »

À l'instar de Babak, Qazaal désire voir un changement de perception des Iraniens dans le monde.

« Il y a beaucoup de gens qui sont eux-mêmes et qui refusent de suivre bêtement. Mais c'est ce que certains pensent de nous. »

Seyed Mohammad Tabatabaei

Sur une note plus pessimiste, Seyed Mohammad Tabatabaei, directeur du département des Relations internationales à l'Université Allameh Tabataba'i de Téhéran, croit que la victoire des modérés aux élections législatives du 26 février n'est pas gage de changement immédiat.

« Les changements de base, on ne peut pas en attendre en Iran. Il y a eu une révolution. Ça veut dire le peuple a fait un choix. Ce choix, c'était la République islamique. Le peuple y est favorable. Il ne faut pas attendre les changements sociaux si seulement une minorité les espère. »

Le professeur de relations internationales croit que le président Rohani et son entourage ont trop promis et risquent d'en payer le prix. « Les réformateurs ont fait penser aux gens qu'il y aura beaucoup de changements, une fois qu'ils seront élus. C'était un risque. Ce que nous observons aujourd'hui, c'est qu'il y a une partie des sanctions qui a été levée, mais il y a aussi eu de nouveaux embargos après les accords », souligne-t-il.

Malgré les modifications apportées aux sanctions imposées par le Canada en vertu du Règlement d'application des résolutions des Nations unies sur l'Iran, un embargo sur les armes tient toujours.

Farrokh Mostofi

« Pour la première fois, les Iraniens voient la lumière au bout du tunnel », se réjouit Farrokh Mostofi, consultant en développement durable des affaires.

« Ça donne de l'espoir dans un monde où tout est basé sur la peur et la haine. Regardez les élections américaines ou même françaises, par exemple. »

Un problème survient toutefois lorsqu'il est question du manque de capitaux nécessaires à la refonte complète de l'économie.

« Les Iraniens veulent des emplois. Il y a actuellement un besoin de faire entrer les gens sur le marché du travail. Le gouvernement insiste donc pour trouver des possibilités de partenariat qui pourraient contribuer au développement du pays. »

Farrokh Mostofi croit que l'Iran et son peuple ont beaucoup à offrir. « Vous avez un immense territoire, 1,7 million de kilomètres carrés, l'énergie, l'eau. Vous avez les gens, il y a l'énergie de ces gens qui aspirent à devenir un peuple plus grand. »

« Nous ne serons pas une grande puissance mondiale, concède-t-il. Mais à tout le moins, nous pouvons être considérés comme une puissance régionale. Et nous le méritons. »

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