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Liberté conditionnelle pour sept collaborateurs d’un journal de l’opposition turque

Sept des onze collaborateurs du quotidien d'opposition Cumhuriyet ont obtenu d'un tribunal turc leur libération provisoire, vendredi, à Istanbul.

Les quatre principaux journalistes demeurent toutefois en détention, pendant que se poursuit un procès qui illustre l’érosion de la liberté de presse en Turquie depuis le putsch manqué de l’été dernier.

Un juge a ordonné que le chroniqueur francophone Kadri Gürsel, le journaliste d’enquête Ahmet Sik, le rédacteur en chef Murat Sabuncu et le cadre Akin Atalay restent derrière les barreaux.

« Avec cette décision, ils veulent nous dire "nous vous mettrons à genoux", a déclaré le journaliste Ahmet Sik après l’annonce. Mais qu’ils sachent une chose : jusqu’à aujourd’hui, je ne me suis incliné que devant mon père et ma mère [une marque de respect en Turquie]. Et cela restera comme ça. »

Le journaliste d'enquête a aussi déclaré « que ceci n'est pas une défense, mais une accusation, parce que l'organisation terroriste, qu'ils sont accusés d'aider, dirige le pays », a rapporté la journaliste Barçin Yinanç du Hurryiyet Daily News.

« Je ne suis pas en colère contre vous [...], car je sais que les juges qui ordonnent une remise en liberté sont radiés », a déclaré à la cour l’avocat de la défense Bahri Belen. « Ce que je demande, c’est une décision qui redonne espoir et confiance dans la justice. »

« Procès politique »

« Les accusations contre Kadri Gürsel sont sans fondement, voire ridicules. Je pensais qu'il aurait été libéré depuis le temps », a estimé Barçin Yinanç, une amie du chroniqueur.

Selon cette journaliste spécialisée dans les enjeux internationaux, il s'agit d'un « procès politique ».

Parmi les accusés libérés sous condition figurent le caricaturiste Musa Kart ainsi que le rédacteur en chef du cahier « Livres » du journal. Dès que la décision a été prononcée, les proches ont pris le chemin de la prison pour accueillir ceux qui doivent être relâchés.

Au total, 17 journalistes, dirigeants et autres collaborateurs actuels ou passés du quotidien sont jugés. Ils risquent jusqu’à 43 ans de prison pour avoir aidé notamment des « organisations terroristes armées », comme le mouvement de Fethullah Gülen. Ce prédicateur exilé aux États-Unis est considéré par le président Recep Tayyip Erdogan comme le cerveau de la tentative de putsch du 15 juillet 2016.

Journal connu pour sortir des scoops gênants pour le pouvoir, Cumhuriyet dénonce le procès comme une manœuvre pour faire taire l'un des derniers organes de presse indépendants au pays de Recep Tayyip Erdogan.

« La liberté, tout de suite », titrait le quotidien vendredi. « La décision que rendra le tribunal déterminera également l’avenir de la démocratie turque », était-il aussi écrit.

Ce procès « refroidit les autres journalistes », a remarqué la journaliste Barçin Yinanç. « Ils nous envoient le message : "nous pouvons vous garder en prison avec des accusations sans fondement [...] Et jusqu'à ce que la cour prenne une décision, vous demeurerez derrière les barreaux, dépourvus de toute liberté". Nous sommes trop effrayés, alors nous ne faisons pas un travail critique. »

Le juge prévoit que le procès se terminera d'ici la fin de l'année. La prochaine audience a été fixée au 11 septembre étant donné la gravité des charges contre les quatre journalistes.

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