L'avenir du continent africain passe par une réforme complète de son agriculture, et il s'agit là d'un énorme défi, croit fermement l'économiste et ex-premier ministre du Bénin Lionel Zinsou. Rencontre.

Un texte de Michel Désautels, animateur de Désautels le dimanche 

En conclusion de notre série « Rêver l’Afrique », nous présentons cette semaine un long extrait de mon entrevue avec l’économiste franco-béninois Lionel Zinsou. Ce banquier d’affaires a été brièvement premier ministre du Bénin en 2015 et 2016. Il préside aujourd’hui Terra-Nova, un incubateur d’idées progressistes indépendant.

Nous avons voulu parler avec M. Zinsou pour avoir une vision globale du développement économique de la région. Les 54 pays africains ne sont pas tous au même point. Leur taille et leurs ressources varient énormément, de même que leur potentiel et leur capacité à gérer en toute transparence et en toute efficacité.

Lionel Zinsou croit qu’il est impératif de corriger les disparités qui ont été amplifiées par la mondialisation. Les écarts entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas sont plus grands que jamais et favorisent la montée d’insatisfactions légitimes, mais potentiellement dangereuses. Quand des jeunes bien formés voient un avenir bouché, qu'il y a trop de candidats pour un nombre d’emplois limité, la tentation de l'exode est grande. Lionel Zinsou résume en quelques mots une situation particulièrement cruelle. « Plus on est formé, moins on a de chances de trouver un emploi! »

Malgré tout, l’économiste est convaincu que l’Union africaine a fait le bon choix le printemps dernier en jetant les bases d’une zone de libre-échange africaine qui fera à terme tomber les barrières tarifaires et croître les économies nationales et régionales.Il faudra cependant être imaginatif et vigilant. Zinsou est persuadé que créer la croissance est relativement facile. Bien la distribuer, c’est autre chose. L’économiste est formel : l’avenir du continent passe par une réforme complète de son agriculture. La colonisation a laissé derrière elle une absence de structure qui mine les économies nationales. Les anciens colons n’ont jamais investi dans les infrastructures qui permettraient une vraie croissance du secteur. Peu de grands axes routiers, des chemins de fer inadéquats, des centres de collecte et de distribution sous-équipés pour livrer dans des délais raisonnables les aliments : voilà autant de défis qu’il faudra relever, et le plus tôt sera le mieux.L’agriculture est le chantier numéro un, selon Lionel Zinsou. On doit l’édifier sur quatre pylônes essentiels : le capital, le crédit, l’eau et l’électricité. De l’accès à ces quatre éléments dépend le succès de l’entreprise. Énorme défi. Ce qui n’empêche pas Lionel Zinsou de demeurer un « afroptimiste ».

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