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Londres provoque une levée de boucliers avec son plan financier pour le Brexit

Le gouvernement britannique a présenté jeudi son plan d'accord financier avec l'Union européenne (UE) pour assurer la transition post-Brexit. Son plan est toutefois jugé trop sévère par les partisans de l'UE et trop laxiste par les eurosceptiques. Et il pourrait être carrément rejeté par Bruxelles.

Fragilisé après le départ du ministre responsable du dossier du Brexit et par la démission du ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, le gouvernement britannique a présenté son livre blanc dans le but de s'entendre avec l'Europe en matière de réglementation financière et sécuritaire.

Ce plan entrerait en vigueur au lendemain de la sortie officielle du Royaume-Uni de l'UE, en mars 2019.

La présentation ne s'est toutefois pas effectuée sans heurts.

À peine le nouveau ministre du Brexit, Dominic Raab, avait-il pris la parole aux Communes pour présenter le document que des parlementaires ont commencé à protester bruyamment, forçant une interruption de quelques minutes.

Au coeur de ce plan décrit comme « innovant » par M. Raab se trouve un projet de « zone de libre-échange pour les biens » avec l'Europe, qui permettrait de commercer « sans friction » des deux côtés de la Manche.

Cette zone de libre-échange éviterait l'instauration d'une frontière dure entre l'Irlande du Nord et l'Irlande, une perspective vivement décriée par les habitants de cette région marquée par les conflits et les tensions.

De son côté, le secteur des services disposerait d'une marge de manoeuvre supplémentaire pour établir sa propre réglementation, loin du regard législatif de Bruxelles.

Le livre blanc convient toutefois que pour établir des liens avec l'Europe, il sera nécessaire de franchir des « barrières supplémentaires ».

Quant aux institutions financières, elles perdront leur « passeport européen », qui offrait un libre accès au Vieux Continent.

Il n'en fallait pas plus pour que la Cité de Londres, deuxième place financière de la planète, se rebute et dénonce le livre blanc gouvernemental.

Selon Catherine McGuinness, une haute responsable de la Corporation de la Cité de Londres, il s'agit d'un « coup dur » pour les 2,2 millions de Britanniques directement ou indirectement employés par le secteur.

Au dire de la Banque d'Angleterre, de 5000 à 10 000 emplois financiers pourraient sortir du Royaume-Uni à destination de l'Europe des suites du Brexit.

Une étude du groupe de recherche Cambridge Econometrics est passablement plus alarmiste, évoquant jusqu'à 500 000 emplois perdus, dont 119 000 dans la finance, d'ici 2030.

« Vassal de l'Europe »

Les eurosceptiques sont eux aussi mécontents du plan gouvernemental.

Aux yeux du député conservateur Jacob Rees-Mogg, qui souhaite une rupture nette avec Bruxelles, le plan de la première ministre Theresa May fera de Londres un « vassal de l'Europe ».

« Ce document stipule que le Royaume-Uni sera soumis à des règles européennes, sans avoir son mot à dire dans leur élaboration. Ce n'est pas ce pour quoi les Britanniques ont voté », a-t-il déclaré.

De l'autre côté de la Manche, les responsables de l'Union européenne s'en sont tenus à réitérer les « quatre libertés » se trouvant au coeur de l'UE, soit la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, garanties par le marché unique.

Au premier abord, la proposition de Londres consistant à négocier des arrangements à la pièce, histoire d'assurer un plus grand contrôle de ses frontières, contredirait donc l'approche européenne, qui rejette justement les négociations par secteur.

Quant au négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, il a annoncé qu'il analyserait la proposition de Londres, écrivant sur Twitter qu'il était « impatient de négocier avec le Royaume-Uni ».

MM. Barnier et Raab doivent se rencontrer à Bruxelles la semaine prochaine.

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