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Macron annonce une transformation profonde des institutions

Réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, introduction d'une dose de proportionnelle et accélération du travail parlementaire : Emmanuel Macron s'est donné un an pour effectuer une véritable « révolution » humaniste au sein des institutions françaises.

À la veille du discours de politique générale du premier ministre Édouard Philippe, le chef de l'État s’est permis une intervention-fleuve d'environ 80 minutes devant le Parlement réuni en congrès à Versailles.

« Un Parlement moins nombreux, mais renforcé dans ses moyens, c'est un Parlement où le travail devient plus fluide, a-t-il dit. C'est pourquoi je proposerai une réduction d'un tiers du nombre de membres des trois assemblées constitutionnelles. »

Il a également proposé que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle non précisée, « pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées », et de limiter le cumul dans le temps des mandats des parlementaires.

Pour accélérer les travaux du Parlement, il a proposé de simplifier les navettes entre l'Assemblée et le Sénat, voire de faire voter les lois les plus simples en commission parlementaire. « Tout cela doit être sérieusement étudié. »

Ces réformes des institutions, qui ont constitué le cœur de son discours sans représenter une nouveauté par rapport à son programme, seront soumises au vote du Parlement. Mais le président s'est dit prêt à recourir au référendum si nécessaire.

Élu au second tour de la présidentielle face à l'extrême droite, conforté par une majorité franche lors des législatives marquées par une abstention record, ce centriste pro-européen a promis de convaincre « tous ceux qui nous font confiance du bout des lèvres, tous ceux qui n'ont pas voté ».

Rétablir les libertés

Emmanuel Macron a également annoncé qu'il lèverait « à l'automne » l'état d'urgence, en vigueur depuis les attentats de novembre 2015.

« Je rétablirai les libertés des Français en levant l'état d'urgence à l'automne, parce que ces libertés sont la condition de l'existence d'une démocratie forte », a-t-il déclaré, tout en ajoutant que le Parlement serait appelé à voter de nouvelles mesures pour lutter contre le terrorisme.

« Le Code pénal tel qu'il est, les pouvoirs des magistrats tels qu'ils sont peuvent, si le système est bien ordonné, nous permettre d'anéantir nos adversaires. Donner en revanche à l'administration des pouvoirs illimités sur la vie des personnes, sans aucune discrimination, n'a aucun sens, ni en termes de principes ni en termes d'efficacité », a affirmé M. Macron.

« D'un autre côté, je souhaite que le Parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte. Elles devront viser explicitement les terroristes à l'exclusion de tous les autres Français. »

Boycottage

L'opposition a pour sa part dénoncé un discours creux, flou et général.

Certains sièges des 577 députés et 348 sénateurs sont d’ailleurs restés vacants, notamment ceux des députés de la France insoumise et du Parti communiste qui ont boycotté la convocation.

Emmanuel Macron est le troisième président français à s'exprimer devant les parlementaires au château de Versailles. François Hollande y avait fait une allocution solennelle trois jours après les attentats du 13 novembre 2015, après Nicolas Sarkozy en juin 2009 dans le cadre de la crise financière qui secouait alors le monde.

Le nouveau chef de l'État compte faire de ce format solennel et exceptionnel un rituel annuel, abandonnant la traditionnelle interview télévisée du 14 Juillet, jour de la fête nationale française.

« Trop de mes prédécesseurs se sont vu reprocher de n'avoir pas fait la pédagogie de leur action ni d'avoir exposé le sens et le cap de leur mandat, a-t-il dit. Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte. »

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