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Madrid demande au président catalan de clarifier ses intentions

Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, vient d'annoncer que son gouvernement a convenu de demander formellement à l'autorité catalane si elle a, oui ou non, proclamé l'indépendance de la Catalogne.

« La réponse du président catalan déterminera les événements à venir dans les prochains jours », a-t-il poursuivi.

M. Rajoy donne cinq jours au président séparatiste catalan Carles Puigdemont pour clarifier sa position sur sa déclaration d'indépendance, rapporte l'agence de presse Efe.

Si M. Puigdemont confirme déclarer l'indépendance de sa région, Madrid lui accordera un délai supplémentaire jusqu'au jeudi 19 octobre pour faire machine arrière, avant de recourir à l'article 155 permettant au gouvernement espagnol de suspendre l'autonomie de la Catalogne, a indiqué une source gouvernementale.

« Cette demande, faite avant que ne soit prise quelque mesure que ce soit de la part du gouvernement en fonction de l’article 155 de notre Constitution, cherche à offrir à nos citoyens la clarté et la sécurité qu’une question de cette importance requiert », a dit M. Rajoy.

Plus tôt, le cabinet ministériel espagnol s’était réuni d'urgence à Madrid, à la suite du discours, mardi soir, du président de l’autorité catalane Carles Puigdemont.

Pendant cette allocution très attendue, M. Puigdemont a rappelé que les résultats du référendum chaotique du 1er octobre dernier lui donnaient la conviction que la Catalogne avait « gagné le droit d’être un état indépendant ».

Il a cependant demandé aux parlementaires régionaux de suspendre l’application d’une déclaration d’indépendance, le temps de négocier avec Madrid.

Plus tard dans la journée, il a toutefois signé une déclaration d’indépendance, avec l’ensemble des élus indépendantistes du Parlement, mais il s’agissait d’un « acte symbolique », selon un porte-parole.

Qualifiant de « confusion délibérée » ces agissements, le premier ministre Rajoy a évoqué l’article 155 de la Constitution, qui permettrait à Madrid de suspendre l’autonomie de la Catalogne.

Le président Puigdemont et son vice-président perdraient leurs pouvoirs, et les organismes publics, dont la police, passeraient sous autorité espagnole.

Selon des spécialistes, une mesure aussi extrême provoquerait le divorce définitif de la Catalogne et de l’Espagne, du moins dans l’opinion populaire, et renverrait des millions de manifestants dans les rues.

Une bataille politique de part et d'autre

« On a l’impression d’assister à un match de ping-pong entre Madrid et Barcelone », analyse l’envoyé spécial de Radio-Canada Jean-François Bélanger. « Ce que tout le monde comprend, c’est que ce que souhaite le gouvernement de M. Puigdemont, c’est de pousser Madrid à accorder un référendum légal, comme ce qu’il y a eu en Écosse et au Québec. Évidemment. Madrid, jusqu’à maintenant, y est totalement opposé. »

« La position ambiguë du président catalan a semé bien de la confusion dans l’opinion publique », ajoute Jean-François Bélanger, qui se trouve à Barcelone.

Les gens « après avoir entendu cela, se demandaient de quoi il en retournait finalement. Tout le monde était un peu perplexe. Certains députés au Parlement catalan, comme les gens de gauche [du parti] Podemos, considèrent qu’il n’y a pas eu de vote, il n’y a donc pas de déclaration d’indépendance. Il s’agit d’une main tendue que Madrid doit saisir. Il y en a d’autres qui considèrent que ce geste-là est absolument inadmissible, que c’est du chantage ».

Le référendum, dont les résultats sont invérifiables faute de commission électorale indépendante, a donné lieu à la crise politique la plus grave en Espagne depuis son retour à la démocratie en 1977.

Vers une réouverture de la Constitution

Par ailleurs, le chef de l’opposition officielle à Madrid a affirmé que les deux principaux partis du pays s’étaient entendus pour renégocier les lois qui régissent l’autonomie des régions espagnoles.

Le socialiste Pedro Sanchez dit s’être entendu avec le premier ministre Rajoy pour amorcer des discussions d’ici six mois afin de réformer la constitution et ainsi « permettre à la Catalogne de rester au sein de l’Espagne. »

Le parti socialiste soutient la ligne dure du chef du gouvernement espagnol, soutenant que Carles Puigdemont doit dire clairement quels sont ses plans.

L'Union européenne derrière Madrid

« La Commission suit de près la situation en Espagne et réitère son appel antérieur pour un plein respect de l'ordre constitutionnel espagnol », a pour sa part déclaré mercredi le vice-président de l'exécutif européen, Valdis Dombrovskis, au cours d'une conférence de presse à Bruxelles.

« Nous faisons confiance aux institutions espagnoles, au premier ministre Rajoy, avec lequel le président Jean-Claude Juncker est constamment en contact, et à toutes les forces politiques qui œuvrent à une solution », a ajouté M. Dombrovskis, tout en précisant immédiatement que cette « solution » doit être trouvée « dans le cadre de la Constitution espagnole ».

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