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Malaise entourant une parade militaire chinoise

Jeudi, 12 000 soldats fouleront le sol de la place Tiananmen pour souligner la fin de la Seconde Guerre mondiale, ou comme préfère le régime communiste,  la fin de la « guerre de résistance contre l'agression japonaise ».

Un texte d'Yvan Côté

Pour l'occasion, des représentants d'une trentaine de nations amies seront présents à Pékin, dont Vladimir Poutine de la Russie, Park Geun-hye, la présidente sud-coréenne, et même le président soudanais, Omar Hassan El-Béchir, accusé par la Cour pénale internationale de crimes de guerre.

Le Canada de son côté, tout comme les États-Unis, de même que la plupart des pays européens, auront une visibilité très limitée lors de cet événement. Ottawa et Washington se contenteront de dépêcher leur ambassadeur. Quant à la France, ce sera son ministre des Affaires étrangères qui assistera au défilé.

Signe d'un malaise profond, le Japon et Taïwan seront carrément absents. Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a d'ailleurs reporté une visite envisagée cette semaine en Chine. M. Abe serait, selon les médias, préoccupé par le caractère antijaponais de la parade.

Pour Xiao Yusheng, professeur à l'Académie des sciences militaires de l'armée de libération de la Chine, ce comportement est déplorable, surtout que le Japon ne s'est jamais excusé convenablement pour toutes les horreurs qu'il a fait subir à la Chine durant la Seconde Guerre mondiale.

« L'Allemagne a reconnu ses erreurs, explique le professeur, mais le Japon n'a jamais été capable d'en faire autant, explique le professeur Yusheng. C'est comme si le pays ne réalisait pas toute la destruction et les crimes contre l'humanité qu'il a commis. »

Une démonstration de force

Au-delà des milliers de soldats, le régime communiste promet d'en mettre plein la vue lors de cette parade, où 200 avions de chasse survoleront la capitale chinoise, près de 500 chars d'assaut et pièces d'équipement seront présentés, dont des dizaines de missiles « made in China ».

Le gouvernement a indiqué que 84 % des équipements militaires qui défileront jeudi seront présentés pour la première fois au grand public.

Une démonstration de force qui vise à montrer au monde entier une Chine nouvelle, moderne et puissante et qui servira à renforcer le message nationaliste du président Xi Jinping qui en a bien besoin ces jours-ci.

Avec la crise boursière, l'explosion de Tianjin et le ralentissement économique, qui pourrait entraîner des révoltes dans le pays, Xi traverse en ce moment la période la plus tendue de sa présidence depuis son arrivée au pouvoir il y a 3 ans.

C'est pourquoi tout a été mis en oeuvre pour s'assurer que rien ne vienne gâcher cette fête politico-militaire. Le gouvernement a fermé temporairement les usines polluantes autour de Pékin question de s'offrir un ciel bleu, des dizaines de vols ont été annulés dans les aéroports, les gens qui habitent le long du parcours ne pourront sortir sur leur balcon ni même utiliser leur poêle au gaz, le régime a même fait appel à des singes, des faucons et des chiens pour éloigner les oiseaux qui pourraient enrayer les moteurs des avions-chasseurs.

Le seul volet que le parti communiste n'a pas pu complètement contrôler est la voix de certains historiens qui soulèvent l'ironie de l'événement. Ils rappellent que c'est essentiellement la Chine nationaliste de Tchang Kaï-Chek qui a combattu l'envahisseur japonais sur le territoire chinois. Mao et ses troupes ont par la suite profité de son affaiblissement pour le chasser vers Taïwan.

Une page d'histoire qui a complètement disparu des écoles en Chine.

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