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Manuel Valls, le premier ministre qui aspire à la présidence française

Dans un discours prononcé lundi depuis son fief d'Évry, en banlieue parisienne, le premier ministre français Manuel Valls a confirmé lundi qu'il sera candidat à la primaire de la gauche en vue de la présidentielle de 2017. Il a annoncé du coup qu'il quittera dès mardi son poste de chef de gouvernement.

Premier ministre depuis mars 2014, M. Valls a plaidé qu'il se portait candidat « parce que la France doit peser de tout son poids dans un monde qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était », évoquant les menaces terroristes, le réchauffement climatique, les « effets néfastes » de la mondialisation et les difficultés de l'Union européenne.

J'ai cette force en moi, cette volonté de servir mon pays. C'est au-delà des mots. C'est une conviction totale. Je veux tout donner pour la France, qui m'a tant donné.

Manuel Valls

« J'ai fait mon devoir [...] sans jamais me ménager, en parfaite loyauté, et avec le souci constant d'être à la hauteur de la mission que m'a confiée le chef de l'État », a ajouté M. Valls, avant de rendre hommage à François Hollande. En annonçant la semaine dernière qu'il renonce à briguer un deuxième mandat, ce dernier a pris une décision « qui place l'intérêt général au-dessus de tout », a-t-il affirmé.

M. Vallas s'est d'ailleurs réclamé du bilan du président, en soulignant sa « très grande fierté d'avoir assumé à ses côtés ces responsabilités immenses, intenses, d'avoir engagé des réformes essentielles » pour protéger les Français, la compétitivité des entreprises et le modèle social du pays, « qu'il faut moderniser, mais aussi préserver ».

M. Valls s'est aussi attaqué de front aux deux principaux candidats en vue de la présidentielle du printemps 2017.

Assurant que la création d'emplois sera sa « priorité », il s'est moqué des « vieilles recettes des années 80 » préconisées par le candidat de la droite, François Fillon, et a accusé la candidate du Front national, Marine Le Pen, de vouloir isoler la France de l'Europe et du reste du monde, et de défendre « un programme qui ruinerait les petites gens, les retraités et les ouvriers ».

Ma candidature, c'est aussi une révolte. Je suis révolté au fond de moi-même à l'idée que la gauche soit disqualifiée de cette présidentielle.

Manuel Valls

L'aspirant président a dit constater la « division de la gauche » actuelle et a reconnu avoir joué un rôle dans cette situation, en admettant qu'il « a pu avoir des mots durs, suscité des débats, des incompréhensions » au fil du temps. « C'est ça la gauche : c'est des débats, c'est des controverses. Mais j'ai toujours assumé les décisions collectives », s'est-il défendu.

« Chacun devra faire un effort, moi le premier. Être digne, se dépasser. Ma candidature est celle de la conciliation. Elle est celle de la réconciliation », a-t-il lancé, avant de soutenir que la primaire de la gauche est « un formidable moyen de recréer l'unité ».

M. Valls a également profité de son discours pour réitérer son attachement à la laïcité, « notre bouclier pour assurer la tolérance », et pour pourfendre le communautarisme, la ségrégation sociale, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie et toutes les formes de discrimination. « J'en ai assez de ces discours qui nous divisent », a-t-il affirmé, avant de livrer un plaidoyer pour « une société moins dure, plus solidaire, plus fraternelle et plus morale ».

Le premier ministre a aussi appelé à « refonder le projet européen, qui ne défend pas aujourd'hui nos intérêts, qui n'est pas assez proche des peuples ».

Une candidature attendue

La candidature du chef de gouvernement ne faisait plus guère de doute depuis que le président Hollande a annoncé la semaine dernière qu’il ne briguerait pas un second mandat, un fait sans précédent dans l’histoire de la Ve République.

Les ambitions de Manuel Valls, 54 ans, n'étaient un mystère pour personne dans l’Hexagone. La presse le disait cependant soucieux de ne pas s’attaquer de front à François Hollande, dont il est devenu le premier ministre en mars 2014.

Bien qu’il aura attendu que ce dernier confirme son départ, la presse française et ses détracteurs le surnomment déjà Brutus, en le soupçonnant d'avoir poussé le chef de l’État à jeter l’éponge pour avoir le champ libre.

Selon un sondage IFOP publié dimanche, M. Valls est la personnalité préférée des sympathisants de gauche pour devenir le candidat de la Belle Alliance populaire, un regroupement de partis, dont le Parti socialiste, qui vise à désigner un candidat unique de la gauche et des écologistes pour la présidentielle.

M. Valls y obtenait la faveur de 45 % des répondants, contre 38 % avant l’annonce du départ de François Hollande. Il était suivi de l’ex-ministre de l’Économie Arnaud Montebourg (25 %) et de l’ex-ministre de l’Éducation Benoît Hamon (14 %), associés tous deux à un groupe de députés socialistes qualifiés de « frondeurs » pour s’être opposés à la politique économique du tandem Hollande/Valls.

Le premier ministre et M. Montebourg sont cependant donnés à égalité dans la perspective d’un second tour où ils s’affronteraient directement.

François Hollande et Manuel Valls, « c'est la même politique », a attaqué dimanche Arnaud Montebourg. « On ne sait pas qui [des deux] est la lame ou le manche du couteau qui a déchiré la gauche. »

Les candidats à la primaire de gauche ont jusqu’au 15 décembre pour se déclarer. Le premier tour de scrutin aura lieu le 22 janvier, et le second, une semaine plus tard.

Le gagnant affrontera lors de la présidentielle l’ex-premier ministre François Fillon, qui a remporté la primaire de la droite, et la chef du parti d’extrême droite Front national, Marine Le Pen. À l'heure actuelle, les sondages prévoient que ces deux candidats seront ceux qui s'affronteront au second tour de la présidentielle.

M. Valls devra aussi disputer les faveurs de l’électorat à son ancien ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui a claqué la porte du Parti socialiste pour fonder son propre mouvement, En marche!, et qui se présente directement à la présidentielle, ainsi qu'à la tête d'affiche de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon.

Un réformateur contesté

Né Espagnol et naturalisé français à 20 ans, Manuel Valls essaie depuis des années de moderniser le Parti socialiste, mais sa personnalité autoritaire et ses prises de position transgressant la ligne du parti ont cependant fait de lui un personnage clivant.

Il y a cinq ans, son positionnement à la droite du parti sur plusieurs questions n'avait d'ailleurs guère convaincu; il n'avait récolté que 5,63 % des appuis lors de la primaire du parti, loin derrière François Hollande, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal.

Il s'est alors rangé dans le camp de François Hollande, dont il est devenu directeur des communications lors de la campagne présidentielle. Une fois élu, le président l'a nommé ministre de l'Intérieur, ce qui a contribué à renforcer son image d'homme à poigne, au style martial.

Après la débâcle des socialistes aux municipales de 2014, c'est à lui que François Hollande a fait appel pour succéder au premier ministre Jean-Marc Ayrault. Rapidement contesté dans ses rangs, il assume sans détour : « Un chef doit savoir cheffer, alors je cheffe », avait-il lancé.

Au fil du temps, Manuel Valls s'est attaqué à deux vaches sacrées de la gauche, soit la loi limitant à 35 heures le temps de travail hebdomadaire et l'impôt sur la fortune. Il applique aussi sans broncher l'approche pro-entreprise du président Hollande, ce qui ne fait pas l'affaire de tous au sein du parti.

Ses positions sur le plan social sont aussi contestées. Il a par exemple été l'un des rares de son camp à se prononcer pour l'interdiction de la burqa dans la rue. Il s'en prend régulièrement au foulard islamique, qu'il associe à un « ordre religieux, sectaire et totalitaire ».

Cet été, M. Valls a aussi défendu l'interdiction du port du « burkini » par des maires de droite au nom du respect de la laïcité. Cette position lui a valu les remontrances de M. Macron, qui l'a accusé de préconiser une « laïcité revancharde ».

Le premier ministre en appelle maintenant au « rassemblement » de la gauche en vue de la présidentielle, tout en promettant de « défendre » le bilan du président Hollande – une tâche qui s'annonce complexe étant donné les divisions à gauche.

« Je lui conseille amicalement d'être sur une position nouvelle de rassemblement [...] Il faut être soi-même, mais offrir une nouvelle perspective », a déclaré dimanche le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. La veille, un des soutiens du premier ministre, le député Philippe Doucet, l'avait aussi invité à « muter sur un certain nombre de choses ».

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