Avec la vague En marche qui déferle sur la France, le Parti socialiste, qui était au pouvoir depuis cinq ans, risque d'être rayé de la carte et les anciens ministres qui ont survécu au premier tour des législatives ne sont pas certains d'être réélus. C'est le cas de l'ex-premier ministre Manuel Valls, qui tente d'obtenir dimanche un nouveau mandat dans son fief de la banlieue parisienne, en Essonne. Portrait.

Un texte de Sylvain Desjardins

Jérôme, un militant de la France Insoumise, parti de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, est venu d’une autre région de France pour distribuer des tracts, au profit de la candidate locale, Farida Amrani. « Tenez Madame, il faut le montrer aussi à vos enfants, à votre mari », lance-t-il à une mère de famille sur la place du marché du quartier Les Tarterets en lui tendant un dépliant électoral.

Dans la première circonscription de l’Essonne, en banlieue sud de Paris, le taux de chômage dépasse les 15 %. Beaucoup de gens reprochent à Manuel Valls, ancien premier ministre et député du coin, ses positions socio-économiques rigides, associées à la droite. On déplore aussi sa décision de modifier le Code du travail en imposant le bâillon à l’Assemblée nationale, ce qu’on désigne selon la Constitution française par la disposition 49-3.

Au marché d’Évry, une femme de 67 ans, qui ne souhaite pas être identifiée, dit qu’elle a souvent rencontré Manuel Valls à son association de retraités. « Il venait nous voir quand il était maire et il est revenu aussi en tant que premier ministre », dit-elle avec enthousiasme.

Elle poursuit : « J’ai souvent dit que je le verrais bien comme président. Je l’aimais bien avant. Mais là, je ne l’aime plus. Il a changé. Il se met trop facilement en colère. Et faire passer des lois par la force comme il a fait, ça ne se fait pas. Ça me déplaît énormément ». Dimanche, elle ne votera pas pour lui.

Une course à 22

Il y avait 22 candidats au premier tour de scrutin; ici, c’est presque un record national.

La candidate de la France Insoumise, Farida Amrani, une syndicaliste peu connue, est arrivée deuxième, derrière Manuel Valls, avec 17 % des voix. Seulement 40 % des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote dans cette circonscription. La candidate Amrani mise donc sur une forte mobilisation des électeurs au deuxième tour. « On sait qu’on n’est pas une circonscription comme les autres, dit-elle. [Avec la présence de Manuel Valls], on a une responsabilité nationale et je pense que les gens en ont pris conscience. »

Elle dispose de plus de 70 bénévoles, dont une vingtaine venus d’autres régions de France, qui ratissent les marchés et font du porte-à-porte dans le but de convaincre les électeurs d’aller voter.

En premier au premier tour, mais...

L’ancien premier ministre du gouvernement de François Hollande est arrivé en tête avec 25 %, dimanche dernier. Il arrive premier, mais il récolte 20 points de moins qu’aux législatives de 2012.

Le candidat Valls dit mener une campagne électorale intensive auprès des électeurs, mais il est impossible de le vérifier puisqu’il refuse que la presse l’accompagne dans ses déplacements. Ce qui est pour le moins inhabituel dans une campagne électorale. Il faut dire que Manuel Valls a subi des assauts gênants pendant sa campagne aux primaires de la gauche, au début de l’année : il a été enfariné, giflé et ciblé par des jets d’oeufs devant les caméras de télévision. Il ne prend plus aucun risque.

« Le Parti socialiste est mort [...] Je serai candidat de la majorité présidentielle, La République en marche, aux élections législatives », avait annoncé Manuel Valls, à la surprise générale, le 9 mai dernier. L’ancien premier ministre souhaitait briguer les suffrages pour un poste de député, au sein de la formation politique de son ancien collègue ministre, Emmanuel Macron, élu président.

Problème, le parti présidentiel ne voulait pas de lui, comme l’annonçait, le lendemain, le secrétaire général de La République en marche, Richard Ferrand. « Nous avons constaté que la candidature de l’intéressé ne correspondait pas aux critères. Cela étant, nous ne voulons pas donner l’impression de l’humilier [...] Nous n’investirons pas l’intéressé, mais nous ne lui opposerons pas de candidat. »

Manuel Valls fait donc cavalier seul, en misant sur son passé de maire d’Évry, principale agglomération de la circonscription, et d’élu local. Et il pourrait réussir, selon certains électeurs, comme cette femme, fidèle électrice, rencontrée à la gare d’Évry-Courcouronnes. « Il a fait beaucoup de choses ici dans le passé, il a développé la ville et il a toujours su garder un lien avec ses administrés [...] ça devrait le faire! »

Une question d'étiquette

Le problème pour Manuel Valls, en cette période de « Macronmanie », c’est son étiquette d’ancien socialiste, dit le politologue du Centre de recherches, CEVIPOF, Thierry Vedel. « Ce qui compte seulement, c’est l’étiquette. Et parfois sont éliminés des gens qui ont fait un travail remarquable, indique-t-il. Les mauvais comme les bons passent à la trappe. »

Le chercheur parisien résume la situation politique française en faisant un parallèle avec l’élection fédérale canadienne de 2011, lors de la vague orange. « Il y a des candidats En marche qui sont élus et qui sont inconnus totalement! Comme pour le NPD, au Canada, où on peut être élu tout simplement parce qu’on a la bonne étiquette. »

Dans le cas de la première circonscription de l’Essonne, c’est précisément parce que la formation présidentielle ne lui a pas opposé de candidat que l’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls est toujours en lice au deuxième tour. S’il réussit son pari contre la candidate de la France Insoumise, il sera par ailleurs redevable à La République en marche.

Dans tous les cas, c’est le nouveau patron, Emmanuel Macron, qui est gagnant.

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