Il y a quelques années, les médias percevaient Donald Trump comme un personnage excentrique et divertissant. Mais les derniers mois nous ont fait découvrir toute autre chose.

Un texte de Alain Crevier animateur de Second Regard

Trump peut intimider. Il peut aussi se montrer insultant et parfois grossier. Mais ce qui pique la curiosité, c'est l'idée que les faits et la vérité ne semblent plus avoir d'importance pour le clan Trump.

« Si la vérité fonctionnait, les politiciens utiliseraient la vérité. Le problème, c'est que le mensonge, ça marche », raconte le sénateur André Pratte.

En 1997, alors qu'il était journaliste au quotidien La Presse, il a publié Le syndrome de Pinocchio, un petit essai qui a eu l'effet d'une bombe au Québec. Il y est question de mensonges et de politique.

Vingt ans plus tard, on y trouve un écho extraordinaire à notre époque.

L'exemple le plus éloquent de cette partisanerie extrême, c'est un discours de Trump dans lequel il dit qu'il pourrait abattre quelqu'un dans la foule et ne perdrait pas un seul vote (23 janvier 2016). 

Mais comment peut-on expliquer une telle partisanerie?

« Pour moi, c'est comme une espèce de processus de radicalisation », dit la commentatrice politique Marie Grégoire. Elle a en tête ces grands rassemblements où Trump a fait expulser des manifestants, où des coups ont été portés. Et Donald Trump ajoutait : « Je lui casserais la figure », sous les applaudissements de ses partisans (22 février 2016).

« Les fans de Donald Trump sont devenus ses protecteurs. C'est l'armée de Donald Trump, ajoute Marie Grégoire. Ils sont là, dans la rue. Les femmes disent : " Pas de problème. " " Tu sais, il est comme il est. ", " Je l'aime comme ça. " »

On dit que le mensonge et les demi-vérités ont toujours été présents en politique. Mais à ce point? Assez troublant, dit Monique Jérôme-Forget qui a siégé à l'Assemblée nationale pendant 11 ans.

Voici qui en dit long sur notre époque, sur notre rapport parfois tordu avec la vérité.

Le sénateur André Pratte croit qu'au fond la vérité ne fait pas notre affaire. « Parce que la vérité, c'est complexe, dit-il. Et si on avait, devant nous, des gens qui nous disaient toute la complexité des problèmes, on serait obligé d'admettre que ces problèmes ne sont pas faciles à régler. Et je ne suis pas sûr qu'on veuille entendre ça. »

Que la vérité soit complexe, c'est une chose. Mais faire fi des faits, c'en est une autre. Par exemple, que doit-on penser lorsque Donald Trump dit que les fondateurs du groupe armé État islamique, ce sont Barack Obama et Hillary Clinton? Est-ce un mensonge?

« On est à l'époque de la bullshit », croit le journaliste et politologue Antoine Robitaille. « Le menteur, il sait qu'il y a une réalité, qu'il y a une vérité, et il sait qu'il dit un mensonge. Le baratineur, il se fout de la vérité parce qu'il dit que ça n'existe pas, précise M. Robitaille. Tout étant relatif. Ce qui est important, c'est la manière dont les gens ressentent les choses. »

Autrement dit, ce ne sont pas les faits, la vérité ou la réalité qui guident les gens, mais leurs sentiments. Par exemple, le sentiment de se sentir menacé est plus important que toutes les statistiques qui démontrent qu'il n'y a pas de danger. C'est ainsi qu'on s'approche des partisans de Trump.

D'ailleurs, avec cette interminable campagne électorale américaine, jamais n'avait-on vu autant de médias s'adonner à des vérifications de faits.

« Malgré la quantité inouïe d'informations qui est à la portée maintenant des gens qui peuvent vérifier à la minute près ce qui est dit, le mensonge est plus sophistiqué aujourd'hui et plus énorme aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été », rappelle Antoine Robitaille.

Et M. Robitaille d'ajouter : « Bien là, il faut relire Machiavel. Quand on lit Machiavel, on comprend qu'il y a très longtemps qu'on discute des manières de gagner. Peut-être, parfois, la fin justifie-t-elle les moyens pour plusieurs acteurs politiques. »

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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