Le web regorge de théories du complot sur les migrants et d'allégations de manipulation médiatique. La photo d'Alan Kurdi? Truquée. Les migrants? Des djihadistes déguisés. Voici un échantillon de ce que l'on retrouve sur les Dreuz, Wikistrike, Medialibre et autres sites de désinformation de la toile.

Un texte de Laurence Niosi

1. Photo instrumentalisée

Plusieurs sites rapportent que la photo du petit réfugié noyé Alan Kurdi, retrouvé visage sur le sable en Turquie, était une mise en scène.

« Le corps a ensuite été déplacé par les photographes turcs dans un endroit plus photogénique et mis dans une position plus dramatique afin de jouer sur l'émotion de l'opinion publique internationale », peut-on lire sur le site Wikistrike, un texte relayé près de 25 000 fois sur Facebook, notamment par l'animateur Éric Duhaime la semaine dernière.

Or, la photo qui circule sur ces sites est celle du grand frère d'Alan, Galib, 4 ans. L'auteure des clichés en question, la photographe Nilufer Demir, a raconté aux médias comment elle a aperçu le corps d'Alan, puis celui de son grand frère à une centaine de mètres.

« Ils n'avaient rien, pas de gilet de sauvetage, pas de flotteurs de bras, pas de bouée de sauvetage pour les faire flotter sur l'eau », a-t-elle raconté au réseau américain CNN.

2. Abdullah Kurdi, un menteur

Plusieurs sites font d'ailleurs état de « lacunes » dans l'histoire de la famille d'Alan Kurdi. Certains accusent carrément le père Abdullah - le seul survivant de la famille - de n'avoir jamais été sur le bateau.

D'autres reprennent des accusations de certains passagers sur le bateau qui affirment qu'Abdullah Kurdi était en fait un passeur, et qu'il conduisait lui-même l'embarcation qui a chaviré. À l'image des autres migrants, le père de famille serait donc un manipulateur qui serait l'unique responsable de ses malheurs.

Le principal intéressé a nié ces allégations. C'est un passeur turc qui manœuvrait le bateau et qui, pris de panique, les a abandonnés lorsque le moteur a calé, raconte Abdullah Kurdi au Wall Street Journal. Il a donc pris le relais.

Passeur ou pas, Abdullah Kurdi n'était toutefois pas nécessairement un « grave criminel », affirme la chercheuse au CERIUM et à l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire, Catherine-Lune Grayson, qui estime qu'il faut aborder le rôle des passeurs de façon plus nuancée.

« Il faut comprendre que les passeurs ne sont pas toujours des graves criminels. Il y a des cas où ils ont des comportements inacceptables [...] et il y a d'autres cas où ils aident des gens à se sauver », a souligné à l'émission 24/60 la spécialiste sur la question des réfugiés.

3. Des djihadistes parmi les migrants

Et si des djihadistes se mêlaient aux migrants pour s'introduire en Europe? Une photo virale avant/après d'un migrant semble, à première vue, confirmer les craintes exprimées par de nombreux citoyens et élus depuis quelques mois.

Sur la photo de gauche, il apparaît barbu, avec une veste pare-balles et une carabine en main. Sur la photo de droite, le même homme, rasé, porte un t-shirt. La légende nous indique qu'il s'agit d'un migrant à la frontière macédonienne.

« Vous vous souvenez de cet homme? Posant dans des photos de l'État islamique l'année dernière, maintenant c'est un "réfugié" », écrivait le 3 septembre un internaute. Sa publication a depuis été partagée près de 90 000 fois.

Or voilà : l'homme en question, qui s'appelle Laith Al-Saleh, était un commandant de l'Armée syrienne libre, apprend-on dans un portrait que faisait de lui l'Associated Press le 17 août dernier.

« En Syrie, Al-Qaïda voulait de moi, Daesh [le groupe extrémiste État islamique], le gouvernement - je les ai tous combattus. Je m'en fous. Certaines personnes ont peur. Pas moi », affirme-t-il dans l'entretien.

4. Tous des hommes

Des photos de jeunes hommes migrants circulent aussi abondamment sur les réseaux sociaux. Selon certains sites, les migrants seraient en fait de jeunes hommes en santé qui ont lâchement abandonné les femmes et les enfants en zone de guerre.

Cet argument a été évoqué par le journaliste controversé canadien Ezra Levant - qui a acheté le nom de domaine Thetruthaboutrefugees.com, « la vérité sur les réfugiés » - ou encore par la présidente du Front national Marine Le Pen, qui déclarait récemment que 99 % des migrants sur les images étaient de jeunes hommes.

Or, selon l'UNICEF, 40 % des migrants ayant traversé la frontière entre la Grèce et la Macédoine, pendant la première semaine de septembre, étaient des femmes et des enfants. De son côté, l'UNHCR estime que 28 % des personnes arrivées dans le bassin méditerranéen par bateau sont des femmes et des enfants.

Plus d'articles

Commentaires