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Missiles nord-coréens : Kiev et Moscou se renvoient la balle

Les informations selon lesquelles les missiles balistiques intercontinentaux de la Corée du Nord seraient propulsés par une technologie mise au point en Ukraine à l'époque soviétique font fortement réagir à Kiev et à Moscou.

Selon des analyses du renseignement américain et d’un expert de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), ces missiles utiliseraient des moteurs de type RD-250, fabriqués jadis à l’usine Ioujmach de Dnipro, en Ukraine.

Le directeur de l’agence spatiale ukrainienne, Iouri Radtchenko, a affirmé mardi que les moteurs de ce type ont été assemblés jusqu’en 2001 et qu'ils étaient vendus sur des fusées Cyclone-2 et Cyclone-3 « au bénéfice de la Russie ».

L’expert Michael Elleman de l’IISS soutenait lundi dans un long article détaillé que Pyongyang a dû se procurer « un moteur à carburant liquide de haute performance venant d'une source à l'étranger ». Il précisait que les ingénieurs nord-coréens n'ont pas le savoir-faire pour modifier les RD-250, et que les moteurs n’ont donc pu être adaptés que dans les usines ukrainiennes ou russes.

« Pour utiliser de cette manière ces moteurs et cette fusée, il est indispensable d'avoir accès aux technologies de production du carburant des fusées », a commenté M. Radtchenko à ce sujet.

« La Corée du Nord ne possède pas de telles technologies, mais deux pays en ont : en gros, ce sont la Russie et la Chine », a-t-il laissé tomber.

Le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine a plutôt avancé sur son compte Facebook que la Corée du Nord n’a pas pu réussir à faire fonctionner ces missiles sans une aide ukrainienne.

Ces moteurs « ne sont ni des tableaux ni des sculptures. Pour faire une copie, il faut avoir en sa possession soit l'original, soit des plans détaillés », a-t-il assuré. « C'est impossible sans spécialistes ukrainiens capables et prêts à développer une production sur une plateforme étrangère. »

Lundi, le gouvernement ukrainien et l’usine Ioujamsh ont tous deux fermement démenti avoir quoi que ce soit à se reprocher dans cette affaire.

« L'Ukraine n'a pas fourni de moteurs de missiles ni d'autres technologies balistiques à la Corée du Nord », a assuré Olexandre Tourtchinov, secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense ukrainien, qui dépend directement du président ukrainien.

M. Tourtchinov, dont le gouvernement est à couteaux tirés avec Moscou, n’a pas hésité à dénoncer une « campagne » des services spéciaux russes « pour couvrir leur participation aux programmes nucléaires et balistiques nord-coréens ».

« Ioujmach n'a jamais eu et n'a aucun lien avec le programme de missiles nord-coréens qu'il soit de nature spatiale ou pour la défense », a pour sa part commenté la firme de Dnipro.

Le rapport de l’IISS n’a cependant jamais directement montré du doigt les gouvernements ukrainien ou russe. Il avançait plutôt que les moteurs pourraient avoir été volés dans un entrepôt russe ou ukrainien par « un petit groupe d'employés mécontents ou de gardiens sous-payés » et revendus à des trafiquants d’armes, à l’insu des autorités.

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