Pour valoriser ses jeunes des quartiers pauvres et les empêcher de tomber dans les mains du groupe armé État islamique, la commune belge de Molenbeek a puisé son inspiration... au Québec. Ses travailleurs sociaux commencent à mettre en place des façons de faire importées d'ici.

Un texte de Thomas Gerbet

Une trentaine de jeunes de Molenbeek sont actuellement considérés comme étant à risque de sombrer dans la radicalisation. Il s'agit d'une infime minorité des 17 000 jeunes de la commune, mais c'est encore trop pour les autorités.

Pour tenter d'endiguer le phénomène et trouver des solutions différentes pour donner une nouvelle perspective aux jeunes défavorisés, des travailleurs sociaux de Molenbeek se sont rendus au Québec au cours des derniers mois.

« Ils sont revenus emballés », raconte Sarah Turine, mairesse adjointe responsable de la jeunesse, de la cohésion et prévention sociale et du dialogue interculturel. « Sur le plan de l'action communautaire, le Québec est plus en avance que la Belgique ou la France », croit-elle.

Molenbeek est tristement célèbre pour être le principal foyer connu de djihadistes en Occident. Deux tiers des Belges revenus de Syrie ont grandi dans cette commune. La Belgique est même le pays qui compte le plus de combattants de l'État islamique au prorata de sa population.

La commune de Molenbeek est en train de réformer complètement sa politique de la jeunesse. L'objectif est de mettre les jeunes au coeur des décisions, leur donner de l'espace pour s'exprimer, afin qu'ils ne soient pas de simples spectateurs et qu'ils puissent avoir confiance en eux-mêmes et dans les institutions.

Cela n'a pas été fait dans le passé, raconte Sarah Turine. « Après des émeutes dans les quartiers pauvres de Bruxelles au début des années 1990, il y a eu une prise de conscience que ces jeunes étaient abandonnés. On a alors construit des infrastructures sportives, des maisons de quartier. »

Selon Sarah Turine, il s'agissait peut-être de la bonne solution pour l'époque, mais les attentats du 11 septembre 2001 ont changé la donne. « Avec les premières vagues d'islamophobie sont apparues de nouvelles questions identitaires. Et c'est là qu'on a raté le coche, dit-elle. On aurait dû aller vers une politique qui met le jeune au coeur, où il est acteur de son parcours, où on peut l'aider à se valoriser et à construire des projets pour retrouver une certaine confiance dans les institutions. Mais ça n'a pas été fait et je pense qu'aujourd'hui, on paie ce manque de vision. »

Selon elle, c'est cette approche plus émancipatrice de la jeunesse que ses travailleurs sociaux ont retrouvée au Québec et qu'elle veut voir se développer dans sa commune. « Le Québec est très riche en ressources au niveau du travail social, et je pense que la jeunesse québécoise a beaucoup de chance. »

Une autre source d'inspiration québécoise

La commune de Molenbeek, au même titre que le reste de la Belgique, souhaite aussi mieux aider les jeunes qui se sont déjà radicalisés, afin de les accompagner plus efficacement. Et là encore, la Belgique s'inspire du Québec. Plusieurs ministres belges se sont rendus à Montréal ces derniers mois pour visiter le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Une entente de coopération a même été signée avec le gouvernement québécois.

Aux racines de la haine

Suivez Thomas Gerbet dans Molenbeek pour tenter de comprendre les origines de la radicalisation. 

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