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Moscou dément avoir bombardé des hôpitaux syriens

Moscou nie être responsable des bombardements qui ont frappé des hôpitaux syriens lundi. Selon l'ONU, 50 civils ont été tués lorsque des missiles ont frappé cinq hôpitaux et deux écoles, ce qui pourrait constituer un crime de guerre.

« Encore une fois, nous démentons catégoriquement de telles allégations d'autant plus que ceux qui font de telles déclarations ne parviennent jamais à les prouver », a déclaré mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Dans de tels cas, plaide-t-il, « la source première d'informations sont les représentants officiels syriens ». Or ceux-ci « ont réitéré leurs positions sur qui pourrait être derrière ces bombardements ».

M. Peskov faisait vraisemblablement référence aux propos de l'ambassadeur syrien à Moscou, qui avait préalablement accusé l'aviation américaine d'avoir « détruit » un hôpital soutenu par Médecins sans frontières dans la région d'Idleb.

Selon le diplomate, les « renseignements recueillis » montrent que « l'aviation russe n'a rien à voir avec tout ça ».

Le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Rupert Colville, a condamné mardi ces attaques meurtrières.

« Si ces établissements ont été ciblés délibérément et intentionnellement, ce pourrait être un crime de guerre », a-t-il prévenu. « En ce moment, nous ne sommes pas en position de porter un jugement. Ultimement, seul un tribunal peut porter ce jugement, et il faut des preuves suffisantes. »

« Alors, je ne peux accuser personne, mais les avions russes et syriens sont clairement actifs, et nous pressons ceux qui lâchent des bombes et des missiles depuis le ciel de faire beaucoup plus attention, parce que le nombre de frappes contre des civils est astronomique depuis que ce conflit a commencé », a ajouté M. Colville. 

Selon M. Colville, le droit humanitaire international stipule clairement que les hôpitaux et les travailleurs de la santé doivent être protégés. « C'est complètement scandaleux. Toutes les normes et les règles sur la conduite de la guerre ont été balayées du revers de la main en Syrie. »

L'organisme Médecins sans frontières a affirmé hier que le bombardement d'un hôpital qu'il soutenait à Maaret Al-Noomane était imputable « soit au gouvernement [syrien], soit à la Russie ». Cette seule attaque a fait sept morts et huit disparus.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) estime aussi que ces bombardements étaient probablement russes.

La Turquie a également montré du doigt la Russie à la suite de bombardements dans la région d'Azaz, dernier bastion des insurgés dans la province d'Alep, tout près de la frontière turque.

L'émissaire de l'ONU à Damas

L'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a rencontré le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem mardi, à Damas, pour discuter de l'acheminement de l'aide humanitaire aux régions assiégées par les forces du régime et par les groupes armés.

« Nous avons particulièrement discuté du libre accès humanitaire à toutes les régions assiégées non seulement par le gouvernement, mais aussi par l'opposition et le groupe État islamique », a-t-il dit aux journalistes au retour de sa réunion au Ministère.

« Nous allons avoir une nouvelle réunion aujourd'hui à 16 h (heure locale) pour nous occuper de cette question urgente qui est, comme vous le savez, liée au bien-être de tous les Syriens et aux conclusions de la conférence de Munich », a-t-il ajouté.

Au terme de cette conférence, jeudi dernier, les États-Unis et la Russie sont tombés d'accord pour une « cessation des hostilités » en Syrie dans un délai d'une semaine afin de relancer le processus de paix et de stopper l'exode de civils. Ils ont aussi décidé un accès accru et « immédiat » de l'aide humanitaire aux civils en détresse.

Selon l'ONU, plus d'un million de personnes vivent avec « un risque accru de décès » à cause du manque de nourriture, d'électricité et d'eau courante, dans 46 localités encerclées par l'un ou l'autre des belligérants.

Selon l'agence officielle syrienne Sana, M. Mouallem a « renouvelé [...] la position du gouvernement syrien de poursuivre un dialogue intersyrien avec un leadership syrien et sans conditions préalables » lors de sa rencontre avec M. de Mistura.

Les pourparlers de paix qui se sont tenus à Genève au début du mois n'ont jamais vraiment commencé, puisque l'opposition syrienne regroupée au sein du Haut-Comité de négociations exigeait des garanties humanitaires au préalable. Elle ne les a pas obtenues.

Les pourparlers ont finalement été suspendus après que le régime syrien et ses alliés russes et iraniens eurent lancé une grande offensive à Alep. Depuis, des dizaines de milliers de Syriens ont fui la ville et ses environs. Ils sont maintenant regroupés dans des conditions difficiles dans des camps de fortune érigés près de la frontière turque.

Une reprise de ces pourparlers semble bien incertaine, puisque le président syrien Bachar Al-Assad a fait savoir la semaine dernière qu'il entend malgré tout reprendre le contrôle de la totalité de la Syrie en poursuivant la guerre contre les rebelles armés.

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