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Moscou refuse de se reconnaitre une quelconque responsabilité dans le massacre de Beslan

Le Kremlin qualifie « d'inadmissible » le jugement de la Cour européenne des droits de l'homme qui blâme sévèrement la réaction improvisée et disproportionnée des forces de sécurité russes lors de la prise d'otages meurtrière dans une école de Beslan, en Ossétie du Nord, en septembre 2004. Moscou compte en appeler de ce jugement.

Selon la décision rendue par la Cour européenne des droits de l’homme, les forces russes sont responsables en partie du bilan très élevé de victimes lors de la prise d'otage de plus de 1100 personnes par une trentaine d’indépendantistes tchétchènes lourdement armés dans une école primaire de Beslan, le jour de la rentrée scolaire.

L’assaut donné par les forces russes sur l’établissement assiégé s’était soldé par la mort de 330 personnes, dont 180 enfants, en plus de faire 750 blessés.

Dans son jugement, la CEDH déclare le gouvernement russe de l’époque, déjà dirigé par Vladimir Poutine, coupable de violation du « droit à la vie » dans toutes les phases de l’événement. La Cour condamne également Moscou à verser 3 millions d’euros (4,2 millions de $CAN) aux 409 survivants ou proches des victimes qui ont porté plainte à la suite de cette tragédie.

Lors de cet assaut contre l’école où les rebelles tchétchènes lourdement armés avaient miné les murs et le toit avec de puissants explosifs, les forces russes avaient eu recours à des roquettes, des tirs d’obus de chars d’assaut et même des lance-flammes.

Le déroulement des opérations fut également chaotique alors que des parents fous d’inquiétude et des civils armés s’étaient mêlés aux forces spéciales qui tentaient d’entrer dans l’immeuble sous un feu nourri alors que des dizaines d’enfants et d’adultes tentaient de s’échapper par les fenêtres.

Des témoins avaient notamment accusé les forces russes d’avoir tiré sans discernement autant sur les rebelles que sur les otages dans la confusion qui avait marqué cet assaut ponctué par l’horreur, la panique et d’interminables fusillades.

Une prise d’otage qui aurait pu être évitée, selon la Cour

D’après la CEDH, basée à Strasbourg, en France, les autorités russes ont fait preuve de négligence autant avant la prise d’otages que pendant son déroulement.

Selon le tribunal, les autorités disposaient depuis plusieurs jours avant les faits « d’informations précises sur un projet d'attaque terroriste dans la région, lié à la rentrée scolaire ».

« Ni l'administration de l'école ni le public assistant à la cérémonie n'ont été avertis de la menace […] Les autorités n'ont pas su prendre des mesures propres à prévenir ou réduire le risque connu », affirment les juges.

Moscou dénonce le jugement et promet de faire appel

Il va dans dire que les conclusions du CEDH ont été très mal reçues à Moscou où on rejette catégoriquement le jugement.

Le ministère russe de la Justice a quant à lui immédiatement annoncé son intention de faire appel de ce jugement dans les trois mois.

« Les conclusions de la Cour [...] montrent une incompréhension flagrante de la part des juges européens de toute la gravité de la situation pendant la prise d'otages à Beslan et des spécificités et des risques lors du déroulement de l'opération de sauvetage », estime le ministère russe de la Justice.

Une fin atroce pour des centaines de victimes coincées dans le gymnase

D’après les informations colligées par le tribunal, l’assaut des forces russes a été donné à la suite de deux explosions survenues dans le gymnase de l’école où des centaines d’enfants, de parents et de professeurs étaient retenus en otage depuis une cinquantaine d’heures.

Les rebelles avaient d’abord ouvert le feu sur des otages qui prenaient la fuite, déclenchant une fusillade nourrie avec les forces russes qui ont eu recours à des armes lourdes pour entrer en force dans l’immeuble.

Les rebelles, qui avaient réuni dans le gymnase plus de 300 otages qui avaient survécu aux explosions, restèrent dans le gymnase en flammes jusqu’à ce que le toit s’effondre, aggravant encore le bilan désastreux de l’opération.

Selon la CEDH, l'enquête n’a pas permis de prouver que l’usage d’une telle force de la part des autorités russes était « justifié ».

Qui plus est, note le tribunal, cette opération n’avait pas été planifiée de façon à minimiser les risques pour les otages. La Cour pointe notamment les défaillances de la structure de commandement et le manque de coordination qui ont, « dans une certaine mesure », contribué à « l'issue tragique » de cette prise d’otages.

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