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Moscou refuse de tirer des conclusions hâtives sur l'assassinat de son ambassadeur

Pendant qu'Ankara montre du doigt le prédicateur en exil Fethullah Gülen pour expliquer l'assassinat de l'ambassadeur de Russie en Turquie, Moscou demeure prudente en affirmant qu'il est trop tôt pour dire qui se trouve « derrière » le meurtre.

« Moscou estime qu'il faut attendre les résultats du travail du groupe d'enquête [russo-turc], qui a commencé hier à Ankara », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. « Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives tant que l'enquête n'aura pas déterminé qui est derrière l'assassinat de notre ambassadeur », a-t-il ajouté.

L’ambassadeur Andreï Karlov a été tué devant des caméras, lundi, par un policier turc de 22 ans. Ce dernier lui a tiré neuf balles dans le dos au moment où il prononçait un discours lors d’une inauguration d’une exposition artistique.

L’assassinat de l’ambassadeur est interprété comme une « provocation » par la Russie et la Turquie destinée à saper les relations fragiles entre les deux pays. Les relations entre les deux États commençaient tout juste à se réchauffer après la crise provoquée par la destruction d’un chasseur russe par l’armée turque à la frontière turco-syrienne.

La piste du réseau FETO

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a clairement attribué le meurtre du diplomate russe à Fethullah Gülen, selon ce que rapporte l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Lors d'un entretien avec son homologue américain John Kerry, le chef de la diplomatie turque a déclaré que « la Turquie et la Russie savent que derrière l'attaque contre l'ambassadeur de Russie à Ankara Andreï Karlov, il y a FETO », acronyme désignant le réseau de M. Gülen.

Le prédicateur turc, exilé aux États-Unis depuis la fin des années 1990, nie catégoriquement toute implication. Dans un communiqué publié peu de temps après le meurtre de l'ambassadeur Karlov, Fethullah Gülen dit être « choqué et profondément attristé » par les événements.

Ce n’est pas la première fois que cet ancien allié du président Erdogan est montré du doigt. Il avait été désigné comme l’instigateur de la tentative de coup d’État qui avait secoué la Turquie à la mi-juillet.

Ankara a réclamé à plusieurs reprises son extradition, mais Washington estime que cette décision appartient à la justice.

L’assassin, un jeune policier turc du nom de Mevlüt Mert Altintas, a crié « Allah Akbar! » en plus de déclarer vouloir venger la ville syrienne d’Alep avant d’être lui-même abattu par les forces de sécurité.

Le jeune policier a fait partie à huit reprises du dispositif de sécurité assurant la protection du président turc Recep Tayyip Erdogan depuis la tentative de coup d’État de juillet dernier, selon ce que rapporte la presse turque.

« Il était membre de l'équipe assurant la sécurité du président juste derrière les gardes du corps », a écrit le journaliste Abdulkadir Selv, proche du pouvoir.

Mevlüt Mert Altintas servait également dans la brigade antiémeute depuis deux ans et demi.

Selon les autorités, Altintas a réussi à éviter le portique de sécurité à l’entrée de la salle en présentant son insigne de policier aux agents de sécurité. Le quotidien turc Hürriyet soutient qu’il avait réservé une chambre d’hôtel près de la galerie d’art, et qu’il était officiellement en congé de maladie.

Au moins six de ses proches ont été placés en garde à vue depuis l’assassinat, selon l’agence Anadolu, dont ses parents, sa sœur et son colocataire à Ankara. Au total, 13 personnes ont été placées en garde à vue en lien avec le meurtre de l'ambassadeur russe.

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