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Moscou renforcera les défenses antiaériennes syriennes en réaction à la frappe de Trump

Dans la foulée de la frappe américaine contre une base de l'armée de l'air syrienne, la Russie suspend un accord de coopération militaire avec Washington sur la prévention des incidents aériens en Syrie et annonce qu'elle y renforcera les défenses antiaériennes. Une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU aura par ailleurs lieu ce matin à la demande de Moscou.

« La partie russe suspend le mémorandum avec les États-Unis sur la prévention des incidents et la sécurité des vols lors des opérations en Syrie » menées par les aviations russe et américaine, a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, par voie de communiqué.

La Russie et les États-Unis avaient signé ce protocole en octobre 2015, quelques semaines après le début de l’intervention russe en Syrie pour soutenir le régime de Bachar Al-Assad, afin d’éviter les incidents entre les avions des deux pays.

Les aviations des deux pays mènent des frappes aériennes contre le groupe armé État islamique (EI) en Syrie. L’entente misait sur le professionnalisme des pilotes, conseillait l’utilisation de fréquences radio communes et préconisait la mise en place d’une ligne de communication secondaire au sol.

Le porte-parole de l'armée russe a mentionné que seulement 23 missiles américains avaient atteint la base de Shayrat, alors que le Pentagone a annoncé que 59 missiles avaient été tirés.

Ces tirs ont été préparés « bien avant les événements d'aujourd'hui », a ajouté M. Konachenkov.

« L'administration des États-Unis a changé, mais sa façon de faire la guerre reste inchangée depuis le temps des bombardements en Yougoslavie, en Irak et en Libye », a accusé le porte-parole de l'armée russe.

Le premier ministre russe a soutenu de son côté que les missiles américains avaient manqué de peu d’atteindre des militaires russes.

Moscou dénonce une « agression »

Le président russe, Vladimir Poutine, estime que les frappes américaines constituent une infraction au droit international.

Moscou considère cette initiative des États-Unis comme « une agression contre une nation souveraine » en se servant « d'un prétexte fallacieux », a déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

« Il est évident que les frappes de missiles ont été préparées [...] et la décision a été prise à Washington bien avant les événements à Idleb, qui n'ont servi que de prétexte pour une démonstration de force », a déclaré pour sa part la porte-parole de la diplomatie russe.

Pour Vladimir Poutine, cette initiative militaire américaine vise à détourner l'attention de la communauté internationale des morts civiles provoquées par l'offensive contre la ville de Mossoul, dans le nord de l'Irak.

L'initiative américaine va inévitablement constituer un obstacle majeur à la création d'une coalition internationale pour lutter contre le terrorisme, idée qu'entendait promouvoir Vladimir Poutine, précise Peskov.

Moscou avance également que l'attaque américaine contribuera à détériorer gravement les relations entre les États-Unis et la Russie.

« Je crains qu'avec une telle approche, la coalition américano-russe, souhaitable contre le terrorisme, soit mort-née », a déclaré Konstantin Kossatchev, président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre haute du Parlement russe.

L'agence RIA, citant un employé de la base de Shayrat, a rapporté que les installations sur place avaient subi d'« importants » dégâts. « Toute la flotte de la base a été mise hors d'état et on peut dire qu'elle a été complètement détruite », a affirmé cet employé.

Aucun ressortissant russe n'a été blessé par les frappes américaines, a précisé un autre parlementaire. L'ambassade russe à Damas a dit ne pas avoir d'informations à ce sujet présentement.

Moscou prévenu, dit le Pentagone

L’ambassadeur russe aux Nations unies, Vladimir Safronkov, avait prévenu, à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie, qu’en cas d’intervention militaire, la responsabilité reposerait sur les épaules de ceux qui auraient mis en oeuvre une telle entreprise « tragique et douteuse ».

Cette mise en garde est survenue alors que des discussions détaillées avaient lieu entre la Maison-Blanche et le Pentagone sur cette possibilité. Il s'agissait entre autres de clouer les avions des forces gouvernementales syriennes au sol, ajoutait-on de même source.

Cette source mentionnait que ce type de riposte serait menée par des missiles de croisière. Ceux-ci permettraient à l'armée américaine de frapper ses cibles sans avoir à faire voler ses avions dans l'espace aérien syrien, ce qui éviterait le risque d'un affrontement avec les avions russes qui soutiennent le régime de Bachar Al-Assad.

La Russie a été prévenue de la frappe américaine pour éviter que les militaires russes sur place soient touchés, a assuré le porte-parole du Pentagone, Jeff Davis. Des images satellite portent en effet à croire que des forces spéciales russes ainsi que des hélicoptères russes s’y trouvaient, du moins jusqu'à l'attaque.

Quant aux éventuels stocks d'armes chimiques, le renseignement américain pense que le régime syrien en possède encore, en dépit de l'accord de septembre 2013 par lequel il acceptait le démantèlement de son arsenal chimique sous l'égide de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Mais les États-Unis ne disposent pas nécessairement d'informations précises sur leur localisation.

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