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Ni Madrid ni les indépendantistes catalans n'ont l'intention de céder

Au lendemain de l'adoption par le Parlement catalan d'une loi sur la tenue d'un référendum sur l'indépendance de la Catalogne, Madrid riposte en annonçant des poursuites pénales contre les membres du gouvernement indépendantiste et la saisie de leur matériel électoral. Le gouvernement catalan n'entend cependant pas céder à la menace.

Comme il avait promis de le faire, le gouvernement espagnol a saisi la Cour constitutionnelle du pays pour bloquer une fois de plus la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre prochain.

S’adressant à la presse, le procureur général espagnol, Jose Manuel Maza, a expliqué que des poursuites pénales seront déposées contre les dirigeants catalans qui ont permis l'adoption de la loi ainsi que contre les membres du gouvernement qui ont convoqué cette consultation populaire en dépit d’une interdiction de la Cour constitutionnelle du pays.

Le procureur Maza a ajouté que des ordres seront donnés pour que « la police judiciaire saisisse les effets et instruments destinés à préparer ou à tenir le référendum illégal ».

Il a ajouté que des instruction ont aussi été données « pour que les parquets catalans, avec l'aide de la police judiciaire, de la garde civile, de la police nationale et des Mossos d'Esquadra [police catalane] enquêtent sur toutes les actions visant à organiser le référendum illégal sous des chefs de désobéissance, de prévarication et de malversations de deniers publics ».

« Il n'y aura pas de référendum » -Mariano Rajoy

À Madrid, le président Mariano Rajoy a déploré, à la sortie d'un Conseil des ministres extraordinaire, un « acte intolérable de désobéissance » de la part du gouvernement catalan.

Le président Rajoy a annoncé que le Conseil des ministres réuni en urgence avait ordonné la saisine de la Cour constitutionnelle pour faire annuler les textes adoptés en Catalogne, rappelant que ce type de référendum en Catalogne avait déjà été déclaré anticonstitutionnel en 2014.

Mariano Rajoy a ajouté que « tous les maires de la région [la Catalogne] seraient avertis qu'il est de leur devoir d'empêcher ou de paralyser toute initiative tendant à l'organisation d’un référendum ».

« Il n'y aura pas de référendum d'autodétermination », a prévenu le président en promettant de mettre en oeuvre « tout ce qui sera nécessaire » pour l'éviter.

Les indépendantistes dénoncent « un état de siège latent »

Réagissant à cette offensive de Madrid, le porte-parole du gouvernement de Catalogne, Jordi Turull, a déclaré que Madrid, par ces mesures judiciaires, impose un « état de siège latent » contre la classe politique indépendantiste catalane.

« Cela n'altère en rien le projet du gouvernement », a renchéri Jordi Turull devant la presse. « Face à cet état de siège latent, nous nous sentons désormais appelés à défendre les droits les plus fondamentaux », a-t-il ajouté.

Convocation d'un référendum par décret

La loi référendaire a été adoptée par décret mercredi à la suite de débats houleux, écourtés par les députés séparatistes catalans. Le décret a été adopté par quelque 72 députés indépendantistes, alors que des dizaines d'autres députés, opposés au référendum, ont systématiquement refusé de voter, estimant que l'ensemble du peuple espagnol doit être consulté quand l'unité du pays est en jeu.

Onze députés ce sont par ailleurs abstenus.

Le texte adopté reconnaît que le peuple de Catalogne « est un sujet politique souverain » et qu’il peut procéder à ce référendum au nom de son « droit à décider lui-même de son avenir politique ».

Selon le président indépendantiste catalan, Carles Puigdemont, « les concepts d'État et d'unité des patries [...] n'ont plus d'avenir dans l'Europe démocratique actuelle ».

La nouvelle loi instaure du même souffle un « régime juridique exceptionnel » qui prévaudra « sur toutes les normes qui pourraient entrer en conflit avec la loi », ce qui signifie ni plus ni moins que la Catalogne se réserve le droit d’ignorer les décisions de la justice espagnole.

La décision du gouvernement indépendantiste catalan d’aller de l’avant malgré l’opposition du gouvernement central espagnol et l’interdiction du plus haut tribunal du pays plonge l’Espagne dans l’une des plus graves crises politiques que le pays ait connues depuis 40 ans.

Madrid fait de la justice son arme principale

La vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, a d’ores et déjà annoncé avoir saisi la Cour constitutionnelle pour demander l'annulation des « accords adoptés » au Parlement catalan.

Or, les indépendantistes catalans refusent de reconnaître l’autorité des 12 juges de la Cour constitutionnelle qu’ils accusent d’être « instrumentalisés », expliquant que 10 d’entre eux ont été nommés par des majorités conservatrices ou le gouvernement Rajoy.

En forçant la tenue de ce référendum, les séparatistes catalans ont démarré une course contre la montre avec Madrid, qui devra réagir de façon significative d’ici trois semaines pour empêcher la consultation qui pourrait conduire cette région espagnole de 7,5 millions d’habitants à faire sécession du Royaume d’Espagne.

Pendant ce temps, le gouvernement séparatiste a de nouveau convié les députés au parlement jeudi matin en prévision de l’examen d'une loi de transition qui définira comment la Catalogne fonctionnera en cas de déclaration d'indépendance, abordant des questions cruciales comme le contrôle des frontières.

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