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Notre correspondante au Moyen-Orient répond à vos questions sur la situation à Jérusalem

En direct de Jérusalem, notre correspondante au Moyen-Orient, Marie-Eve Bédard, a répondu aux questions des internautes sur les conséquences du déménagement de l'ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

Comment réagit la communauté internationale?

De façon quasi unanime, la communauté internationale a condamné la décision des États-Unis. Les Nations unies, l’Union européenne, le Canada aussi, parce que ça rompt avec un consensus qui était maintenu aussi par les Américains depuis plusieurs décennies.

C’est-à-dire qu’on considère la partie est de Jérusalem comme un territoire occupé. Le statut de la ville était l’un des éléments clés à négocier entre Israël et les Palestiniens lors d’un processus de paix. Ce sont des choses qui ont encore été répétées dans plusieurs capitales.

L’Union européenne a tenté de publier de façon unanime une condamnation de l’ouverture de l’ambassade, mais n’a pas pu le faire, car trois pays ont opposé un droit de veto : la République tchèque, la Hongrie et la Pologne, qui n’ont pas voulu signer un tel document.

Mais ça n’a pas empêché plusieurs ministres des Affaires étrangères de rappeler que, selon le consensus international et selon le droit international, à leurs yeux, Jérusalem est une partie de territoire qui est occupé, et que le statut de Jérusalem doit être négocié. Et que déménager l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, ça enlève un peu cette possibilité de pouvoir négocier, que ce n’est surtout pas productif et que ça peut avoir des conséquences dramatiques.

Le Canada affirme ne pas avoir été invité à la cérémonie. Comment peut-on interpréter ce geste?

On ne sait toujours pas s’ils ont été invités aux autres événements des célébrations qui ont entouré l’ouverture de cette ambassade, par exemple la réception qui avait lieu dimanche au ministère des Affaires étrangères, où il y avait 32 nations à peine qui étaient présentes.

Maintenant, ce que le Canada dit, c’est qu’il s’agissait d’un événement bilatéral, entre les États-Unis et les Israéliens. Ce qu’on peut peut-être conclure de ça aussi, c’est que comme la décision a été condamnée par plusieurs nations, les États-Unis ont préféré ne pas inviter d’autres pays que de se faire répondre non à ces invitations.

Israël dit tirer sur des Palestiniens de Gaza qui tentent de franchir la barrière de sécurité. Ce risque est-il bien réel? Quelles sont les chances que des Palestiniens puissent réellement franchir cette barrière en masse?

Vous avez vu comme moi ce que peuvent donner des mouvements de foule. Ce n’est pas impossible qu’ils puissent passer par-dessus, mais en même temps, il faut savoir que la barrière de sécurité autour de la bande de Gaza est un mur excessivement sécurisé. C’est un mur qui est en béton, qui est très élevé. Il y a des tours de surveillance aussi, des positions de l’armée israélienne avec des fils barbelés.

Ce que les Israéliens affirment, c’est que les Palestiniens utilisent les manifestations de masse qui ont eu lieu comme un écran de fumée pour permettre à des éléments du Hamas, par exemple, de pénétrer l’intérieur du territoire. On se rappelle la découverte de tout ce réseau de tunnels qu’on avait faite au moment de la guerre, en 2014. Plusieurs de ces tunnels-là avaient été détruits.

Donc, ce n’est pas impossible de penser que des Palestiniens pourraient franchir la barrière de sécurité d’une quelconque façon, mais la majorité des manifestants qui se retrouvent autour de cette barrière, on l’a vu sur les images, sont beaucoup de femmes et de jeunes hommes. Parmi les 52 morts qui ont été répertoriés lundi par les autorités médicales dans la bande de Gaza, il y a au moins cinq mineurs. Ce sont des Palestiniens qui n’étaient pas armés, sauf erreur.

Est-ce qu’on doit s’attendre à ce que les violences actuelles durent encore plusieurs jours?

C’est la grande question. La journée de lundi dans le territoire de la bande de Gaza a été très éprouvante pour la population. Il y aura énormément de funérailles mardi, au moment où la population palestinienne souligne la Nakba, « la Catastrophe », qui fait référence à l’exode massif de leur population à partir de 1948.

Il y a le Hamas, par la voix de son ministère de l’Intérieur dans la bande de Gaza, qui a demandé à la population de s’éloigner de la barrière de sécurité. Le Hamas, qui avait appelé à ces manifestations de masse, demande maintenant aux gens de rentrer chez eux. Est-ce que ça veut dire qu’on peut s’attendre à une espèce de retour au calme, du moins pour la journée de mardi sur les territoires de la bande de Gaza?

Dans le territoire de la Cisjordanie, on avait appelé aussi à des manifestations. Il y a eu des manifestations beaucoup moins importantes en terme de nombre.

À Jérusalem-Est, l’appel à la grève ne semble pas avoir été entendu par plusieurs des Palestiniens. Il y a quelques commerces dans la Vieille Ville qui étaient fermés au cours de la journée, mais les choses, sinon, ont fonctionné assez normalement.

Le problème de fond, lui, demeure. Le désespoir qui est ressenti par une grande partie de la population dans la bande de Gaza, à cause du blocus, à cause de la pauvreté, parce qu’ils n’ont pas de possibilités d’entrer et de sortir librement, reste là. Et l’impression qu’ils sont mal représentés, car il y a beaucoup de gens chez les Palestiniens qui blâment le leadership palestinien pour la situation actuelle.

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