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Nucléaire iranien : les discussions avec l'Europe dans « la bonne voie », selon Téhéran

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif affirme que les discussions visant à sauver l'accord de Vienne qu'il a eues avec la représentante de la politique étrangère européenne sont « constructives » et vont dans « la bonne voie ».

Cet entretien avec Federica Mogherini, mardi matin, s’inscrit dans le cadre d’une tournée du chef de la diplomatie iranienne auprès des signataires restants de cet accord, dont les États-Unis se sont retirés, la semaine dernière. Lundi, M. Zarif était à Moscou, après avoir effectué un arrêt à Pékin.

Plus tard mardi, M. Zarif aura des discussions avec les ministres des Affaires étrangères des trois pays européens signataires de l’accord de Vienne - la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, à l’occasion d’un souper où sera présente Mme Mogherini.

Tous trois ont indiqué la semaine dernière, à l’instar de la Russie et de la Chine, qu’ils souhaitent préserver l’accord, malgré le retrait américain.

« L’accord avec l’Iran fonctionne, nous devons faire le maximum pour le préserver », a d’ailleurs réitéré mardi une porte-parole de Mme Mogherini, Maja Kocjancic.

Le texte « peut servir de base » à un nouvel accord plus large, mais « il ne faut pas y mettre des points qui n’y sont pas », a-t-elle ajouté, dans une référence à la volonté américaine d’encadrer le programme balistique de l’Iran et de contenir ses ambitions régionales, notamment en Syrie.

« On va tester les intentions iraniennes, leur dire qu’il est indispensable de faire des gestes dans les autres domaines », a expliqué une source européenne à l’Agence France-Presse.

Mme Mogherini a cependant assuré que « ce dialogue doit être séparé de l’accord sur le nucléaire ».

Protéger les intérêts économiques européens en Iran

Les dirigeants de l’Union européenne doivent adopter une position commune dans le dossier iranien lors d’un sommet qui aura lieu jeudi à Sofia, en Bulgarie. L'enjeu sera discuté mercredi soir lors d’un dîner réunissant les 28 chefs d’État et de gouvernement dans la capitale bulgare.

« Si l’Iran respecte ses engagements, l’UE respectera les siens. Ce sera le message » délivré à Sofia, a assuré un haut responsable européen à l’AFP. « Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker présentera différentes options pour protéger les intérêts économiques européens dans le commerce avec l’Iran », a-t-il ajouté.

Le rétablissement des sanctions américaines est source d'inquiétude pour les grands groupes européens, notamment Airbus, les constructeurs automobiles français PSA et Renault, le groupe pétrolier Total et le pharmaceutique Sanofi.

Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a d’ailleurs rencontré les dirigeants des entreprises françaises présentes en Iran pour trouver une parade et « essayer au maximum de les préserver » des sanctions que les États-Unis souhaitent rétablir.

« L'enjeu économique […] n'est pas négligeable, car beaucoup d'entreprises [...] ont investi de manière significative en Iran, certaines ont conclu de bonne foi des contrats qui doivent être respectés », a déclaré le ministre Le Maire à la presse à l'issue de la réunion.

Un combat à venir contre l'extraterritorialité des lois américaines

La France demande concrètement à la Commission européenne, l’exécutif de l’UE, de prendre des « décisions concrètes », dont le renforcement et l'adaptation d'un règlement européen de 1996 protégeant les entreprises européennes de sanctions extraterritoriales.

Les échanges de l'Union européenne avec l'Iran ont pris de l'essor après que les sanctions internationales contre la République islamique eurent été levées en vertu de l'accord de Vienne. La valeur de ces échanges est passée de 7,7 milliards d'euros (11,3 milliards $ CA) en 2015, à 21 milliards d'euros (32,3 milliards $ CA) en 2017.

En annonçant sa décision de se retirer de l'accord, et d'imposer de nouvelles sanctions à l'Iran, Washington a donné une période de 90 à 180 jours aux entreprises pour résilier les anciens contrats noués en Iran et interdit d'en conclure de nouveaux, sous peine de subir des sanctions à leur tour.

La Maison-Blanche s'appuie ainsi sur le principe d'extraterritorialité des lois américaines, qui permet à Washington de sanctionner des entreprises étrangères travaillant avec des pays sous embargo, à partir du moment où elles commercent aussi avec les États-Unis ou utilisent le dollar dans leurs transactions.

Le ministre allemand de l'Économie Peter Altmaier a reconnu en fin de semaine qu'il serait difficile de protéger les compagnies européennes des sanctions américaines. Il disait toutefois ne pas avoir abandonné l'espoir de convaincre l'administration Trump de ne pas punir les entreprises du Vieux Continent.

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