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Nucléaire iranien : Téhéran et les grandes puissances concluent un accord « historique »

L'Iran accepte finalement que l'Agence internationale de l'énergie atomique encadre son programme nucléaire pour 10 ans en échange d'une levée progressive des sanctions économiques prises contre elle par la communauté internationale.

Cette entente de principe constitue le coeur d'un accord intervenu à Vienne entre la République islamique et les six puissances internationales (États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Russie et Chine) au terme de près de deux ans de pourparlers et d'un dernier blitz de 17 jours de négociations.

L'accord permet en principe à la communauté internationale de s'assurer que l'Iran ne puisse pas fabriquer de bombe atomique pour la prochaine décennie. Dans le cadre de cet accord, qualifié d'« historique » par le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, Téhéran s'engage à réduire ses capacités nucléaires.

Le pays devra mettre en veille durant 10 ans les deux tiers de ses centrifugeuses servant à enrichir l'uranium, selon un document iranien obtenu par l'AFP. L'Iran possède plus de 19 000 centrifugeuses, mais moins de 10 000 sont en activité.

L'Iran autorise également l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à enquêter sur le passé de son programme nucléaire, qui a déjà été soupçonné d'avoir une dimension militaire. L'Iran a toujours nié avoir voulu se munir de l'arme atomique, affirmant plutôt développer une filière nucléaire civile.

Levée des sanctions

En échange de l'encadrement de son programme nucléaire, Téhéran bénéficiera progressivement d'une levée des sanctions économiques internationales, à partir de 2016, à condition que le pays respecte ses engagements. Ces sanctions avaient été adoptées en 2006 par les États-Unis, l'Union européenne et l'ONU, avant d'être renforcées en 2012.

Toutefois, l'embargo sur les armes sera maintenu durant cinq ans et celui sur les missiles restera en vigueur durant huit ans, à quelques exceptions près. Certaines livraisons seront possibles si elles obtiennent l'approbation du Conseil de sécurité de l'ONU.

Obama et le veto présidentiel

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, ont officialisé mardi l'accord, mettant un terme à un litige qui empoisonne les relations internationales depuis 12 ans.

Cet accord est le « meilleur possible », même « s'il n'est pas aussi complet que l'aurait voulu chacune des parties impliquées », a commenté Mohammad Javad Zarif.

Dans un discours prononcé à la Maison-Blanche, le président américain, Barack Obama, a promis de lever les sanctions américaines contre l'Iran. « Cet accord nous donne une chance d'aller dans une nouvelle direction, a déclaré le président. Nous devons la saisir. »

Les relations diplomatiques entre l'Iran et les États-Unis sont rompues depuis 35 ans.

« Grâce à cet accord, la communauté internationale sera capable de s'assurer que la République islamique d'Iran ne développe pas l'arme nucléaire », a déclaré le président Obama. « Toutes les voies vers une arme nucléaire ont été coupées. »

Le président Obama a précisé que, dans l'éventualité d'une entorse iranienne à l'accord sur le nucléaire, les sanctions économiques seraient rétablies.

Par ailleurs, M. Obama a mis en garde le Congrès américain contre la tentation « irresponsable » de rejeter l'accord, l'une des priorités de sa politique étrangère. Le président a promis d'apposer son veto à un vote défavorable du Congrès.

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Une question de confiance pour Rohani

Le président iranien, Hassan Rohani, s'est félicité de l'accord nucléaire conclu à Vienne assurant que « tous » les objectifs de l'Iran étaient atteints. « Il s'agit d'un accord mutuel, un accord réciproque », a-t-il affirmé.

M. Rohani a prononcé son discours télévisé quelques minutes après l'allocution du président américain, qui a été retransmise en direct sur la télévision publique iranienne. Ce n'est que la deuxième fois en 36 ans qu'un discours d'un président américain est ainsi diffusé.

Pour lui, l'accord est un « point de départ » pour rétablir un lien de confiance avec les Occidentaux. L'élection de M. Rohani, un modéré, en 2013 a marqué un point de rupture avec l'ère de son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, un conservateur.

« Si cet accord est appliqué correctement [...], nous pouvons peu à peu éliminer la méfiance », a-t-il ajouté. « L'Iran ne cherchera jamais à avoir l'arme nucléaire », a affirmé M. Rohani, ajoutant qu'une telle arme était contraire à la religion musulmane.

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« Une erreur grave », selon Israël

L'enthousiasme des signataires de l'accord n'est pas partagé par Israël, sur la scène internationale, ni par les adversaires républicains du président Obama, sur la scène politique américaine.

Principal adversaire à la conclusion d'un accord avec l'Iran, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a estimé qu'il s'agissait d'une « erreur grave aux conséquences historiques ».

« L'Iran va obtenir un sauf-conduit vers les armes nucléaires. Beaucoup des restrictions qui devaient l'empêcher de s'en doter vont être levées », a-t-il réagi. « C'est le gros lot pour l'Iran, une manne de centaines de milliards de dollars qui vont lui permettre de continuer à agresser et à terroriser la région et le monde. »

M. Nétanyahou croit que son pays ne sera en rien lié à cet accord, car Téhéran ne souhaite que la destruction d'Israël, selon lui. Il ajoute que rien dans cet accord ne limite le comportement haineux de l'Iran à l'égard de son pays.

L'accord sera scruté de près au Congrès américain, dominé par des républicains qui ne cachent pas leur méfiance à l'égard de la République islamique, perçue comme ennemie depuis l'envahissement en 1979 de l'ambassade américaine à Téhéran.

Le leader républicain à la Chambre des représentants, John Boehner, a d'ailleurs critiqué l'accord. « Plutôt que de freiner la prolifération des armes nucléaires au Moyen-Orient, cet accord provoquera une course à l'armement nucléaire à l'échelle mondiale », a-t-il déploré.

Tout en promettant un examen minutieux de l'entente, le leader républicain au Sénat a parlé d'un accord « temporaire » contenant des éléments le vouant à l'échec.

L'adoption d'une résolution par le Conseil de sécurité de l'ONU qui validera l'accord avec l'Iran sera l'affaire de quelques jours, a indiqué le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Ce dernier souligne que les cinq pays membres du Conseil de sécurité ont participé à la négociation de l'accord.

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