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« On me prête un train de vie qui n'est pas conforme à la réalité », se défend Michaëlle Jean

Elle a été journaliste, puis gouverneure générale du Canada et enfin secrétaire générale de la Francophonie, poste qu'elle souhaite conserver pour encore quatre ans. Pour ce faire, Michaëlle Jean doit défendre son bilan, sa gouvernance et ses dépenses. « On me fait un procès », déplore-t-elle.

Un texte d'Anne Marie Lecomte d'après une entrevue d'Alexandra Szacka

Ce sont les 11 et 12 octobre à Erevan, en Arménie, que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) déterminera qui la dirigera pour les quatre années à venir. Michaëlle Jean, à la tête de cette organisation depuis 2014, sollicite un deuxième mandat.

« Je connais ma capacité de mobiliser et j'en ai fait la preuve », affirme Michaëlle Jean, tout sourire, au terme d'une demi-heure d'entrevue accordée à la télévision de Radio-Canada.

L'actuelle secrétaire générale de l'OIF a le soutien des gouvernements du Canada et du Québec dans sa campagne. Mais le président de la France, Emmanuel Macron, mise sur la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, plutôt que sur elle.

Michaëlle Jean reconnaît avoir eu « un moment de stupéfaction » en apprenant le choix de l'Élysée, mais elle dit qu'au sein de l'OIF « la France est un pays avec 83 autres, quoi ».

« La Francophonie, c’est 84 États et gouvernements, et chaque pays, chaque chef d’État peut exprimer son point de vue », rappelle-t-elle.

« Ce qui me conforte, c’est l’appui très fort du Canada, incluant le Québec et le Nouveau-Brunswick », affirme-t-elle encore. Or, cet appui n'est pas sans bémols : les gouvernements canadien et québécois plaident pour une meilleure gestion financière de l'OIF, après que Mme Jean eut fait l'objet de critiques sur ses dépenses.

Chauffeurs et mission new-yorkaise

Michaëlle Jean dit que, faits à l'appui, elle peut montrer « l'irréprochabilité de notre gouvernance au sein de cette organisation ».

Oui, son mari, le cinéaste documentariste Jean-Daniel Lafond, a pu avoir recours très occasionnellement à l'équipe de chauffeurs de l'OIF, reconnaît-elle. Mais « il n'y a pas de chauffeur privé pour mon époux », tranche-t-elle.

Relativement aux frais d'hôtel de 50 000 $ qu'aurait entraînés une mission de l'OIF aux Nations Unies à New York, elle s'enflamme : « Mais d'où prenez-vous ça? »

Et elle explique : « Les frais dont vous parlez couvrent les déplacements de toute une équipe qui est appelée, par les Nations unies, pour apporter son concours avec une réflexion solide sur le réchauffement climatique ».

Cette mission précédait la conférence sur le climat dite « COP21 » tenue à Paris, à l'automne 2015.

Depuis le Sommet de la Terre à Rio, en 1992, l'OIF se charge de former en français les négociateurs dans ce domaine, explique Michaëlle Jean. Car, « nous sommes traversés, nous, la Francophonie, par les effets dévastateurs du réchauffement climatique; nous avons une expertise en ce domaine ».

Désinformation et diffamation

L'action de « certains médias » a été « populiste » et « acharnée » , dit la secrétaire générale de l'OIF. Selon elle, cette « désinformation » a pu aller « jusqu'à la diffamation très grave ».

Certes, l'organisation et la gouvernance de l'OIF font partie d'une réalité « toujours perfectible », reconnaît Michaëlle Jean.

Relativement aux coûteux travaux menés dans son appartement de fonction, à Paris, la secrétaire générale affirme que cet appartement présentait des défauts d'infrastructure, qu'il était vacant depuis un certain temps et qu'Ottawa avait admis qu'il n'était pas « habitable » sans rénovations.

Avec l'approbation du gouvernement canadien, l'OIF a entrepris les travaux nécessaires. « Nous avons tout dit de la question », conclut-elle.

Les femmes et les enfants d'abord

L'ex-gouverneure générale du Canada s'enorgueillit d'avoir travaillé comme jamais au sein de l'OIF en faveur d'une stratégie « sur l’égalité entre les femmes et les hommes, l’autonomisation et les droits des femmes et des filles ».

Elle rappelle avoir pris la parole au Conseil de sécurité de l'ONU dans le cadre du débat ministériel sur les opérations de maintien de la paix, dans un contexte de menaces terroristes. C'était en novembre 2016 et c'était une première. Jamais, auparavant, le secrétaire général de la Francophonie n'avait été invité à titre d'intervenant principal dans un tel débat.

Le débat sur les opérations de maintien de la paix en est un crucial pour l'OIF, puisque la moitié de ces missions « sont déployées dans l'espace francophone », dit Mme Jean.

Agir sur les exigences de notre temps

Canadienne d'origine haïtienne qui a d'abord fait carrière en journalisme, Michaëlle Jean dit croire profondément en la Francophonie. Elle cite Léopold Sédar Senghor, poète et homme d’État sénégalais considéré comme le père de la Francophonie, qui affirmait que celle-ci devait « agir sur les exigences de notre temps ».

Ces exigences ne se résument pas uniquement à défendre la langue, souligne Michaëlle Jean.

« Je tiens à dire que la Francophonie, dès le départ, n’a jamais été strictement une organisation de défense de la langue française ».

En prenant part aux débats sur le réchauffement climatique, sur le maintien de la paix ou encore sur le développement économique, l'OIF joue pleinement son rôle selon elle. « Nous ne sommes pas du tout dispersés ».

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