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Oprah a-t-elle ce qu'il faut pour être présidente?

Après le discours électrisant d'Oprah Winfrey lors du gala des prix Golden Globe de dimanche soir, plusieurs vedettes et personnalités publiques demandent à la populaire animatrice de se lancer dans la course présidentielle américaine de 2020. Mais la principale intéressée, qui est restée muette sur la question, a-t-elle ce qu'il faut pour être présidente des États-Unis?

Un texte de Kevin Sweet

« Visiblement, elle tentait de mesurer la chaleur de l’eau », dit Luc Dupont, professeur en communication à l’Université d’Ottawa, après avoir regardé le discours de 9 minutes de la célèbre animatrice de 63 ans.

Selon lui, ce n’est pas par hasard que Mme Winfrey a profité d'un gala aussi médiatisé que celui des Golden Globe pour prononcer un discours où elle a appelé les politiciens et la société à oser apporter les changements attendus aux États-Unis en matière de justice sociale, de respect des femmes et de respect de la communauté noire.

« C’était un moment clé », dit M. Dupont. « C’était réfléchi, parce que c’était son public. Et ça nous rappelle que même à l’ère des réseaux sociaux, les médias traditionnels, entre autres la télévision, demeurent un passage obligé. C’est le média de masse par excellence pour rejoindre le plus de monde possible. »

Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s’enflamment et que des milliers d’internautes utilisent le mot-clé « Oprah2020 » pour inciter Mme Winfrey à briguer la présidence en 2020.

Stedman Graham, son partenaire de vie, a même déclaré au Los Angele Times qu’elle « serait assurément intéressée », mais « qu’il revient à la population de décider si elle sera présidente ».

La politique d’Oprah

« Est-ce que c’est possible? », demande Rafael Jacob, un spécialiste en politique américaine associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

« Oui. Je vous dirais même que c’est plausible, dans la mesure où Donald Trump nous a montré que c’est possible de ne partir de rien, de n’avoir aucune expérience politique et de briguer le poste élu le plus important non seulement aux États-Unis, mais au monde », répond-il à sa propre question.

Mais encore faudrait-il que Mme Winfrey déclare sa candidature et qu'elle remporte ensuite les primaires de son parti, qui, on le devine, serait le Parti démocrate.

Elle devrait aussi trouver les dizaines, voir les centaines de millions de dollars nécessaires pour une campagne présidentielle. Quoiqu’on s’imagine que le gratin hollywoodien pourrait se cotiser.

« Un discours comme celui [de dimanche], aussi bien reçu qu’il ait pu l'être, ne fait pas d’elle une personne qui du jour au lendemain deviendrait la candidature favorite pour remporter l’investiture des démocrates », cautionne M. Jacob, qui rappelle que Donald Trump a mené une course contre 16 autres candidats.

Oprah Winfrey devrait aussi afficher ses positions politiques, qui demeurent inconnues dans l’immédiat. « Pour l’instant, elle n’a pas à prendre de position ni à attaquer d’adversaires. Elle n’a pas à se définir », souligne M. Jacob.

Une éventuelle adversaire de Donald Trump

« C’est une femme, c’est une Noire et elle n’a pas la langue dans sa poche. Elle a une visibilité très importante. Je vous rappelle qu’elle possède aussi une chaîne de télévision. Ça ressemble étrangement, sur la forme et non sur le fond, à l’univers de Donald Trump », explique Luc Dupont, qui qualifie Oprah Winfrey et Donald Trump de « créatures des médias ».

« Ça serait un bon coup pour le Parti démocrate », ajoute Rafael Jacob. « Ça vient jouer dans les platebandes du président Trump qui est issu d’un domaine professionnel semblable à celui d’Oprah Winfrey.

Mme Winfrey a d’ailleurs longuement parlé de l’importance de la lutte des Noirs dans son discours d’acceptation du prix Cecil B. DeMille, qu’elle a reçu pour l’ensemble de sa carrière.

« Je suis bien consciente qu’en ce moment, il y a des petites filles qui nous regardent au moment où je deviens la première femme noire à recevoir la même distinction que [l'acteur noir] Sidney Poitier », a dit Mme Winfrey.

Les vedettes à la Maison-Blanche

Le nom d’Oprah Winfrey n’est pas le seul à circuler ces jours-ci lorsqu'il est question de politique américaine. Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, et l’acteur Dwayne « The Rock » Johnson ont aussi des ambitions politiques.

« Ce genre de personnes là n’auraient probablement pas entretenu de façon sérieuse une candidature, mais maintenant ils regardent ça de façon plus sérieuse et ils songent à se lancer dans l’arène », dit Rafael Jacob.

Ce ne seraient pas les premières vedettes à faire le saut en politique. Arnold Schwarzenegger est devenu gouverneur de la Californie en 2003 et Ronald Reagan était acteur avant de devenir le 40e président des États-Unis en 1981.

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