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Où Donald Trump est-il allé dans ses 100 premiers jours? La réponse en carte

Depuis le début de son mandat, Donald Trump a circonscrit son terrain de jeu aux frontières américaines, contrairement aux derniers présidents. S'il a foulé le sol de plusieurs États américains, il affiche une prédilection marquée pour la Floride. État des lieux en carte.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Jusqu’ici, Trump a beaucoup moins voyagé que ses prédécesseurs et s'est déplacé dans un rayon plus limité », souligne d’emblée James McCann, un professeur de sciences politiques à l’Université Purdue, en Indiana, qui s'intéresse aux voyages des chefs d'État américains.

« Il a souvent fait la navette entre Washington D.C. et la Floride », précise Christophe Cloutier-Roy, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Donald Trump a ainsi passé 25 jours - le quart de sa jeune présidence - à sa propriété Mar-a-Lago de Palm Beach. Un club privé qualifié de « Maison-Blanche d’hiver » par son équipe. Il y a reçu le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, puis le président de la Chine, Xi Jinping.

Le chercheur québécois rappelle la partie de golf entre le président Trump et le premier ministre japonais.

Son collègue américain signale toutefois l'impact « immense » de ces visites récurrentes dans un secteur densément peuplé et prisé des touristes. Une zone d’exclusion aérienne doit par exemple être mise en place quand l’avion présidentiel survole la région, sans compter l'imposant dispositif de sécurité.

Puis il y a les coûts élevés. Les estimations de diverses organisations varient entre 1 million et 3,6 millions de dollars par week-end. Le Government Accountability Office, un chien de garde gouvernemental, doit calculer la facture de ces déplacements, où travail et plaisir semblent s’entremêler.

Car les visites de Trump à sa résidence du Sunshine State riment souvent avec golf. Selon le New York Times, il est allé à 14 fois à son club de West Palm Beach, à proximité. Mais le multimilliardaire, qui reprochait à Barack Obama de frapper trop souvent des balles, s'est aussi rendu cinq fois à son club de golf de Virginie et à son autre club floridien.

Aucune visite, toutefois, à New York, lieu de sa résidence principale, où habitent pour l'instant dans la Trump Tower sa femme, Melania, et leur jeune fils.

Un air de campagne

Dès les premières semaines de leur présidence, George W. Bush et Barack Obama ont beaucoup voyagé pour dévoiler et expliquer des initiatives législatives, indique M. McCann. « Barack Obama est allé dans une région de l’Indiana touchée par le chômage pour présenter son plan de relance économique », illustre-t-il.

L'ancienne vedette de téléréalité ne suit pas le même modèle.

Il a plutôt tenu des rassemblements en Floride ainsi qu'au Tennessee, deux États qui ont voté pour lui, et participera samedi à un troisième événement du genre pour célébrer ses 100 jours à la Maison-Blanche.

« Les présidents font souvent ce type de déplacement, explique James McCann, mais à l’approche d’une réélection ». Et ils vont davantage dans des États pivots qu'en territoire conquis.

Un président qui préfère rester chez lui

Donald Trump a rencontré sept leaders étrangers, dont Justin Trudeau, en février dernier. Tous sont venus dans la capitale américaine, parfois même à Mar-a-Lago.

« Ça va avec son style et les politiques qu’il défend, ajoute James McCann. Donald Trump a fait campagne sous le thème ‘‘l’Amérique d’abord’’, alors il ne se sent pas tenu de visiter l’Europe ou le Canada comme ses prédécesseurs. »

En raison du risque de manifestations entourant la venue d'un politicien aussi contesté, les dirigeants étrangers ont pour leur part peut-être estimé plus prudent de se déplacer eux-mêmes, question d'amorcer la relation du bon pied, analyse Christophe Cloutier-Roy.

Le contraste est très marqué entre Donald Trump et Barack Obama, qui aimait voyager et qui s’intéressait beaucoup à la politique internationale, insiste ce dernier.

Avec neuf visites officielles à l'étranger dans ses trois premiers mois, le 44e président a été particulièrement actif sur la scène internationale. « Obama avait la volonté de refaire l’image des États-Unis dans le monde », mise à mal par les années Bush, analyse le politologue.

Il faudra attendre le 25 mai - 126e jour de sa présidence - pour que Trump quitte les cieux américains.

Il rompra alors avec la tradition de faire du Canada la première destination officielle. Depuis 1981, seul George W. Bush a fait exception à la règle en optant pour le Mexique. George H. Bush et Barack Obama ont même visité leur allié du Nord au cours de leur premier mois au pouvoir.

Ironiquement, les premiers pas de Trump sur la scène internationale se feront plutôt en Belgique pour un sommet de l’OTAN, qu'il avait qualifiée d'« obsolète » pendant la campagne électorale.

On doit remonter à Jimmy Carter, il y a 40 ans, pour trouver un président qui n’a pas effectué une visite officielle dans un seul pays étranger au cours du cap symbolique des 100 jours.

Une indication des 1361 prochains jours?

« Ce qu’on voit jusqu’à maintenant est conforme aux attentes qu’on avait par rapport au tempérament de Trump », souligne Christophe Cloutier-Roy. Mais il est trop tôt pour définir le genre de voyageur qu'il sera.

Les nouveaux occupants de la Maison-Blanche ont tendance à s'ouvrir davantage aux voyages internationaux à mesure qu'avance leur présidence, observe James McCann, mais il est loin d'être certain que cette logique vaudra pour le président actuel.

Les deux politologues soulignent néanmoins que les crises, à l'interne comme sur la scène mondiale, ont une influence majeure.

« George W. Bush n’avait pas nécessairement envie de s’investir en politique étrangère, mais les attentats du 11 Septembre sont survenus. Ça a défini sa présidence », conclut Christophe Cloutier-Roy.

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