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Où en est la résistance contre Donald Trump?

Il y a un an, Donald Trump était élu président des États-Unis. À la surprise a succédé un mouvement de contestation qui a fait descendre des milliers de personnes dans les rues. La mobilisation était sans précédent, mais s'est-elle maintenue?

Un texte de Ximena Sampson

« Il y a eu une formidable résurgence de la participation citoyenne », constate Dana Fisher, professeure de sociologie à l’Université du Maryland. « Il y a eu des manifestations fréquentes à Washington DC, mais aussi dans l’ensemble du pays », affirme-t-elle.

Ce qui est nouveau, selon la chercheure, ce n’est pas tant le nombre de manifestations que la quantité de personnes qui prennent part à certains de ces rassemblements.

Il y a eu une série de protestations majeures au cours des derniers mois, dont les marches des femmes (janvier), celles pour la science (avril), la marche pour le climat (avril) ou encore celles pour l’égalité, l’unité et la fierté (juin), qui ont toutes réuni des dizaines, sinon des centaines de milliers de marcheurs.

Le Crowd Counting Consortium (Consortium pour le dénombrement des foules) met en ligne le décompte des rassemblements militants qui se sont tenus aux États-Unis. Selon l’analyse d’Erica Chenoweth et Jeremy Pressman, les universitaires responsables de cette initiative, le nombre de manifestations et celui de manifestants sont plutôt constants depuis un an.

D'après leur analyse, environ 75 % de ces protestations visaient directement les politiques du président Trump, alors que 8 % étaient en sa faveur.

Il y a eu des manifestations presque chaque jour, confirme Andréanne Bissonnette, chercheure en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Par contre, en fonction des décisions de l’administration et de ce qui est publié dans les journaux, on voit une augmentation ou une diminution de la participation », nuance-t-elle.

Ces données ne surprennent pas Michael Heaney, professeur adjoint en études organisationnelles et science politique à l’Université du Michigan. « La principale opposition au président Bush avait trait à la guerre en Irak , soutient-il. « Pour le président Obama, c’était la loi sur la réforme de la santé. Les manifestations contre Donald Trump sont issues d’une plus large palette de groupes et leurs raisons sont plus diversifiées ».

Un engagement à long terme

Selon les données compilées par Dana Fisher, les foules n’ont pas diminué au fil des mois. « Ceux qui s’impliquent restent impliqués », constate-t-elle. Ainsi, près de la moitié des participants à la marche pour la science, en avril, étaient à la marche des femmes, trois mois plus tôt.

Qui plus est, les gens s’investissent d’autres manières, par exemple en assistant à des assemblées publiques ou en contactant leur représentant au Congrès.

L’école de la résistance

Autre signe que l’intérêt est toujours là : la popularité des cours sur les façons de s'opposer aux politiques de la Maison-Blanche mis sur pied au début de l'année par des étudiants de l’Université Harvard. Ces cours s'adressent à tout le monde, étudiants ou grand public.

Un deuxième campus, celui de l’Université Berkeley, en Californie, s’est associé récemment à l'« École de la résistance ». Depuis janvier, plus de 240 000 personnes ont assisté aux conférences et ateliers ou les ont visionnés en ligne.

« Nous essayons de montrer les différentes manières de faire passer un message de façon efficace », explique Kori Anderson, cofondatrice de l'École de la résistance de Berkeley. « Par exemple, comment transformer la résistance en un mouvement, comment communiquer avec des gens qui ne partagent pas votre point de vue et comment apprendre à bien choisir les mots que l’on utilise. »

C’est qu’on en est à présent à l’étape de l’organisation, affirme Michael Heaney, professeur à l’Université du Michigan, qui s’est impliqué dans diverses manifestations cette année.

« Il y a eu initialement un déferlement de colère qui s’est exprimé dans la marche des femmes, notamment, mais maintenant un nombre important de personnes veulent s’investir dans des structures plus permanentes », croit-il.

Le travail au niveau des communautés

C’est ce que veut faire l’organisme Indivisible. Mis sur pied en décembre 2016 par d’anciens employés du Congrès sous forme d’un document disponible en ligne, il vise à offrir aux opposants à Donald Trump un guide pratique pour mieux faire pression sur leurs représentants, explique Sarah Dohl, chef des communications d’Indivisible.

Ouvertement inspirés par les méthodes du Tea Party, ils veulent reprendre ce modèle d’activisme local pour ralentir et idéalement stopper le président.

Le guide a été téléchargé plus de deux millions de fois et quelque 6000 groupes, répartis un peu partout aux États-Unis, se sont enregistrés au fil des mois. Si certains sont très grands, comme Indivisible San Francisco avec plus de 4000 membres, d’autres réunissent moins d’une dizaine de personnes.

Mais leur démarche est la même : participer aux rassemblements publics et aux rencontres avec les représentants au Congrès, les appeler pour faire pression sur eux à propos de certains enjeux, contacter les médias locaux, etc.

Objectif : novembre 2018

Plusieurs organismes tentent également de mobiliser les anti-Trump en vue des élections de mi-mandat.

Ils visent particulièrement les femmes, indique la chercheuse Andréanne Bissonnette. « Il y a une renaissance d’un activisme féministe qui découle du sexisme et de la misogynie présents lors de la campagne », estime-t-elle.

Emily’s List, qui encourage les femmes démocrates à se lancer en politique et appuie les candidates pro-choix, a reçu plus de 20 000 demandes d’information depuis l’élection de Trump. Au cours des deux années précédentes, moins de 1000 femmes avaient contacté l'organisation.

Des organismes comme Emerge America et le Centre for American Women and Politics offrent des ateliers à celles qui souhaitent poser leur candidature à des postes électifs.

D’autres, comme Ignite ou Run for Something, s’adressent plutôt aux jeunes.

« [Ces organisations] présentent des candidats aux élections et poussent pour que la mobilisation qui s’articule aujourd’hui au quotidien ou dans les rues se transpose aux urnes et qu’on ait un changement au niveau des postes électifs à Washington, mais aussi au niveau des États et des municipalités », croit Andréanne Bissonnette.

Vont-ils atteindre leur objectif?

La chercheuse est loin d’en être convaincue. « On ne peut pas dire actuellement que, parce qu’il y a un activisme, il y aura nécessairement une transposition dans les urnes », soutient Mme Bissonnette.

Elle rappelle que, lors de l’élection de 2016, on s’attendait à ce que les Latino-Américains, plutôt abstentionnistes d’habitude, votent massivement pour s’opposer à Donald Trump. Dans les faits, la communauté n’a guère augmenté son taux de participation.

Par contre, il n’y a pas de raison de croire que l’usure du temps pourrait démobiliser les manifestants, croit Dana Fisher. D’abord, parce que le Parti démocrate ne réussit pas à devenir l’outil de canalisation de toute cette énergie. Ensuite, parce que Donald Trump lui-même se charge de galvaniser ses opposants.

« Aussitôt que les gens commencent à en avoir assez de manifester concernant ses mesures sur l’immigration, par exemple, l’administration Trump sort une nouvelle décision qui provoque l’indignation », ajoute-t-elle. « Alors je ne pense pas que la mobilisation faiblisse aussi longtemps qu’il sera à la Maison-Blanche. »

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