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Où l’amiante est-il interdit? La réponse en carte

Le Canada rejoindra en 2018 près d'une soixantaine d'autres États qui ont déjà banni l'utilisation de l'amiante sous toutes ses formes. L'exposition aux fibres de ce minerai cause plus de 100 000 morts par an dans le monde, selon l'OMS.

Le premier pays à interdire l’utilisation de la fibre a été l’Islande, en 1983. D’autres ont suivi dans les années 1990, comme la France (1997) et l’Angleterre (1999). L’Union européenne a quant à elle rejoint les rangs en 2005.

Ces États ont légiféré pour protéger et promouvoir la santé publique, affirme la Dre Maria Neira, directrice du département santé publique à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), pour qui la façon la plus efficace d’enrayer l'amiantose et les cancers reliés à l'amiante est d’interdire complètement le minerai.

« Un grand nombre de pays n’ont pas interdit l’amiante, mais ne l’utilisent pas », souligne-t-elle toutefois. « C’est le cas des États-Unis, par exemple. Il n’y a pas de loi qui l’interdit, mais ils ne l’emploient plus depuis longtemps », explique la Dre Neira.

Au Canada, où les dernières mines d’amiante ont fermé il y a cinq ans, des mesures existent pour restreindre l’utilisation de la fibre, mais elle n’est pas interdite. Par exemple, des ministères fédéraux en ont récemment banni l’usage dans leurs édifices. Dans les provinces, des lois (comme celle sur la santé et la sécurité au travail adoptée en 1979) et des règlements (comme celui sur la gestion sécuritaire de l’amiante en 2013) offrent une protection aux travailleurs.

Pays où l'amiante est interdit

Source : International Ban Asbestos Secretariat

Toutes les formes d’amiante sauf une sont inscrites à la Convention de Rotterdam, un traité qui régit le commerce international des produits dangereux. L’amiante chrysotile, la forme la plus répandue dans l’industrie, n’y a pas été inclus parce que plusieurs pays s’y sont opposés, dont le Canada.

« Si ce n’est pas inclus, ce n’est certainement pas pour des raisons scientifiques et techniques, parce que les arguments [démontrant la nocivité de l’amiante] sont là », affirme la Dre Neira. « C’est parce que pour l’inclure, il faut un consensus entre les États. Et chaque fois, il y a un, deux ou trois pays qui s’y opposent ».

C’est que l’industrie de l’amiante a encore un très grand poids économique.

Exploité depuis la fin du 19e siècle, l’amiante est vite devenu une ressource naturelle importante pour plusieurs pays, dont le Canada. Au milieu du 20e siècle, il entrait dans la fabrication de milliers de produits : isolants de bâtiments, vêtements, peintures, navires, voitures.

C’est un matériau apprécié pour ses propriétés isolantes, sa résistance au feu, sa légèreté et sa stabilité. Mais dans les années 1970, le minerai perd la cote. Plusieurs l’accusent de rendre malades ceux qui travaillent à son contact. Ce n'est qu'en 1987 qu'il sera classé cancérigène par l'OMS.

« Quand il a été découvert, l’amiante était très efficace. C’était un matériau peu cher, qui a permis de faire beaucoup de constructions, notamment dans les pays en voie de développement. Après, on a vu qu’il y avait un impact négatif sur la santé », souligne la Dre Neira. Mais il y a encore des pays, comme l’Inde et des pays africains, qui l’utilisent abondamment, ajoute-t-elle.

Dans certains pays, comme la France et l’Italie, les syndicats se sont fortement mobilisés pour le faire interdire. Des victimes ont intenté des recours devant les tribunaux. Des fonds d’indemnisation pour les victimes ont aussi été mis sur pied, explique la Dre Neira.

Des métiers à risque

Historiquement, les premiers à présenter des symptômes de maladies liées à l’exposition à l’amiante (amiantose et cancers) ont été les mineurs. « Dans les années plus récentes, c’est dans la construction où on retrouve le plus de cas d’indemnisations pour maladies reliées à l’amiante », explique la Dre Louise De Guire, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec.

« Certains métiers de la construction sont plus à risque. Par exemple, les calorifugeurs, les tuyauteurs, les plombiers, tout ce qui touche les canalisations, sont à risque parce qu’ils vont avoir à manipuler de l’amiante en place. Les manœuvres en enlèvement d’amiante et en démolition sont aussi à risque. On pense aussi aux tôliers-ferblantiers », mentionne-t-elle.

Les mécaniciens automobiles sont également exposés à la fibre : certaines plaquettes de frein des véhicules contiennent toujours de l’amiante.

Une maladie insidieuse

Le contact avec la fibre d’amiante peut causer l’amiantose. « C’est une maladie chronique. Les fibres pénètrent dans le poumon. Celui-ci devient en quelque sorte cicatrisé et a de la difficulté à faire son travail, qui consiste à transporter l’oxygène vers le sang pour alimenter les organes », mentionne la Dre De Guire.

L’amiante peut aussi causer certains cancers : le cancer du poumon, le mésothéliome pleural (le cancer de l’enveloppe des poumons), le mésothéliome péritonéal (le cancer de l’enveloppe de la cavité abdominale), le cancer du larynx et le cancer des ovaires.

Au Canada et ailleurs dans le monde, les nouveaux cas de cancers reliés à l’amiante continuent à augmenter, même si des mesures de prévention ont été mises en place ces dernières années.

« Il y a une latence assez longue entre le moment où une personne commence à être exposée à l'amiante et le moment où elle va développer une maladie. Ça explique pourquoi on a beaucoup de cas et que ça continue d’augmenter », explique Louise De Guire.

« Pour le mésothéliome, la latence est entre 30 et 40 ans. Alors, si on voit un cas apparaître dans les années 2000, on parle d'une exposition dans les années 60. »

C'est essentiellement l'intensité de l'exposition et la durée qui détermineront l'apparition de maladies. À ce sujet, la Dre De Guire souligne que la norme québécoise est moins sévère qu'ailleurs.

« Elle est à une fibre par millilitre d’air qu’un travailleur respire », souligne-t-elle. D'autres provinces, les États-Unis et l'Union européenne ont une norme 10 fois plus stricte. Certains pays européens ont même une norme 100 fois plus sévère, dit-elle.

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