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Où le président Obama a-t-il voyagé? La réponse en carte

Le président américain n'a pas battu le record de ses prédécesseurs, Bill Clinton et George W. Bush, qui ont tous deux voyagé dans 74 pays. Obama, lui, en a quand même visité 58 au cours de 52 déplacements différents. Que nous disent ces voyages?

Un texte de Ximena Sampson

Si on considère la durée des déplacements, c’est l’Europe qui remporte la palme. Barack Obama y a séjourné 56 jours, contre 45 jours en Asie. L’Amérique latine et l’Afrique sont en bas du palmarès, avec 24 et 22 jours respectivement.

Nous n’avons pas pris en compte les voyages que le président a effectués pour prendre part à des rencontres d’organisations internationales, comme l’OTAN ou le G8, mais seulement les rencontres bilatérales.

L’Asie au cœur des préoccupations de l’administration Obama

En comparaison avec ses prédécesseurs, Barack Obama a passé plus de temps en Asie. Chaque automne (à l’exception de 2013, lorsqu’il a dû annuler son voyage à cause de l’impasse budgétaire), il a fait une tournée asiatique qui a souvent coïncidé avec la tenue de rencontres d’organisations régionales, telles la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) ou l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN).

Cet intérêt accru correspond au rééquilibrage de sa politique étrangère. Le « pivot vers l’Asie », clairement énoncé dès le début de son mandat, impliquait un réalignement des priorités du Moyen-Orient (privilégié par l’administration Bush) vers l’Asie.

« C’est la région dans laquelle les risques sur le plan de la sécurité internationale sont les plus élevés », croit Julien Tourreille, chercheur en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Contenir les ambitions chinoises

En plus des ambitions nucléaires de la Corée du Nord, la montée en puissance de la Chine inquiète les États-Unis, mais aussi les pays voisins, qui redoutent les volontés hégémoniques de Pékin et veulent compter sur l’appui américain face aux revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale, dont certains secteurs sont réclamés aussi par le Vietnam, la Malaisie, les Philippines, Brunei et Taïwan.

Obama a été très actif auprès de ces pays, il a tenu à les rassurer non seulement en les poussant à s’unir, mais en leur montrant que Washington est attentif à leurs préoccupations.

Julien Tourreille, chercheur en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM

Au-delà des visites présidentielles, il y a eu aussi un redéploiement militaire américain dans la région. Au cours du second mandat d’Obama, la marine américaine a multiplié les patrouilles afin d’assurer la libre circulation des navires dans des eaux que la Chine revendique.Les Américains ont également conclu un accord de coopération militaire avec les Philippines pour obtenir l’accès à cinq bases militaires de l’archipel et installé un système de bouclier antimissile en Corée du Sud.

Les échanges commerciaux

Mais il n’y a pas que la politique, l’économie pèse aussi sur ce recentrage asiatique. L’Asie est devenue une région incontournable en ce qui concerne les échanges mondiaux.

« Même si le taux de croissance asiatique a diminué, il demeure plus élevé qu’en Occident », soutient Ari Van Assche, directeur du Département d’affaires internationales de HEC Montréal.

« Plus de la moitié de la croissance économique mondiale, après la crise économique de 2008-2009, a été en Asie et surtout en Chine », ajoute-t-il. C’est une tendance qui ira en s’accentuant et les États-Unis veulent donc approfondir leurs liens avec la région.

C’est dans ce contexte qu’Obama a négocié le Partenariat transpacifique (PTP), la plus grande zone de libre-échange au monde, impliquant la plupart des économies de la région, à l’exception de la Chine.

« Le PTP, c’est un peu la pièce maîtresse de ce rééquilibrage vers l’Asie », croit Julien Toureille. « Au-delà de l’économie, l’accord vise à envoyer le message que Washington veut s’impliquer dans la région à long terme. »

Les continents négligés

A contrario, l’Europe a été un peu délaissée par le président Obama, croit Julien Tourreille. Il a beau avoir visité des pays de l'Union européenne à plusieurs reprises, Barack Obama ne s’est pas tellement impliqué dans les affaires européennes.

Alors qu’il avait fait une tournée dans la région durant sa campagne, en 2008, « il s’est avéré être un président moins sensible à l’importance de l’Europe dans les relations internationales », pense M. Tourreille.

Barack Obama n’a pas visité beaucoup de pays latino-américains, en dehors de ses déplacements pour les sommets de l’Organisation des États américains (OEA). Il ne s’est pas non plus vraiment engagé dans la région, mis à part son rapprochement avec Cuba. Cela représente un changement important par rapport à une époque pas si lointaine où l’Amérique latine était considérée comme la cour arrière des États-Unis.

C’est un peu la même chose avec l’Afrique, dont Barack Obama ne s’est guère occupé, malgré les attentes suscitées par le premier président afro-américain.

« Il y a eu une déception de la part des partenaires africains des États-Unis, qui s’attendaient à une attention plus soutenue de la part de son administration », croit Julien Tourreille. Quand l’administration Obama s'est intéressée à l’Afrique, c’était avant tout dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et non pour des partenariats commerciaux ou l’aide au développement.

Sa plus longue visite, en Afrique du Sud, a eu lieu pour les funérailles de l'ex-président et héros de la lutte contre l'apartheid, Nelson Mandela.

Le Moyen-Orient

Quand on calcule le nombre de voyages qu’il y a effectués, l’Arabie saoudite ressort du lot. Barack Obama y est allé à quatre reprises pendant sa présidence, dont trois fois au cours des trois dernières années.

L’Arabie saoudite reste un allié, même si c’est un allié inconfortable, dans la lutte contre le terrorisme.

Julien Tourreille, directeur adjoint de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM

Le chercheur rappelle aussi que le président Obama a récemment opposé son veto à une loi autorisant les familles des victimes des attentats du 11 Septembre à engager des poursuites judiciaires contre l'Arabie saoudite.

Les visites du président visaient donc à rassurer la monarchie, sur ses gardes après l’entente avec l’Iran sur la question nucléaire.

C’est que, malgré son réalignement sur l’Asie, Washington ne peut s’extraire du Moyen-Orient. « Les alliances historiques des États-Unis ainsi que les enjeux de sécurité [au Moyen-Orient] et leur potentiel déstabilisateur sur la scène internationale forcent Washington à ne pas négliger complètement la région », précise Julien Tourreille.

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