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Où les jeunes sont-ils les plus branchés à Internet?

Les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus connectées sur la planète, mais d'importantes inégalités subsistent en ce qui concerne l'accès à Internet dans le monde, selon l'UNICEF.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

Publié en décembre dernier, le plus récent rapport sur la situation des enfants dans le monde de l’UNICEF s’intéressait particulièrement aux enjeux numériques. Selon l’organisme des Nations unies, 71 % des jeunes de 15 à 24 ans sont présents en ligne contre 48 % pour la population mondiale en général.

Source : UNICEF

C’est en Europe où les jeunes sont le plus en ligne avec une proportion de 95,7 %. Au Canada, cette proportion se situe entre 81 % et 100 %.

L’UNICEF met toutefois en garde contre des inégalités d’accès qui sont de plus en plus importants dans le monde.

En effet, si 29 % des jeunes dans le monde n’ont pas accès à Internet, cette proportion atteint 60 % en Afrique.

« Encore faut-il avoir de l’électricité pour qu’on puisse brancher ces ordinateurs », relativise Guillaume Latzko-Toth, professeur au département d’information et de communication de l’Université Laval.

Selon lui, il demeure important de s'intéresser à l'accès à Internet puisque le web permet aux populations de s'instruire, de communiquer et de s'informer sur le monde à relativement peu de frais. Un élément que souligne à grands traits le rapport de l’UNICEF.

« Ce n’est pas Internet en soi qui est essentiel, mais il sert de support pour accéder à du savoir, pour se mobiliser comme citoyen, pour communiquer et pour saisir des occasions d'affaires qui sont essentielles à la santé des gens et des communautés », précise Mizuko Ito, professeure à l’Université de Californie et directrice de la recherche à la Digital Media and Learning Hub.

Pour la chercheure, qui a signé une section du rapport produit par l’UNICEF, les jeunes accordent beaucoup d’importance aux nouvelles technologies numériques, car elles leur permettent de maintenir un lien avec différentes personnes malgré la distance physique. À défaut de pouvoir vivre avec leurs amis ou avec leurs partenaires amoureux, le web devient un lieu de rencontre pour les jeunes qui « expérimente plus fortement [que les adultes] les bénéfices de ces nouvelles technologies », souligne Mizuko Ito.

Les nouvelles technologies deviennent donc une « bouée de sauvetage » pour maintenir leurs relations et développer leurs connaissances.

Plusieurs fractures numériques

« Le fait d’avoir accès aux données, aux appareils, cela ne veut pas dire que la personne sait comment aller s’instruire sur Internet. Sur l’Internet on a de la pornographie, on a du sport, il y a de tout », nuance Renee Sieber, professeure au département de géographie de l'Université McGill et spécialiste de l'utilisation des nouvelles technologies par les populations marginalisées.

Un point de vue que partage M. Latzko-Toth, qui rappelle qu’il existe plusieurs types d’inégalités dans l’accessibilité au web.

« Acquérir les objets techniques et les connexions avec un abonnement à un forfait Internet a comme présupposé qu’une fois qu’on donne l’outil, on pense que le problème est réglé », souligne-t-il en expliquant qu'il existe une deuxième forme d'inégalité, cette fois-ci dans l'utilisation d'une technologie.

Le professeur rappelle l’initiative One Laptop per Child (Un ordinateur portable par enfant), lancée en 2005, qui visait à concevoir un ordinateur à bas prix pour que les gouvernements des pays en voie de développement puissent en acheter en grande quantité pour les enfants dans le besoin.

Or, les résultats de l’initiative ont été très en deçà des attentes et plusieurs voix se sont élevées pour critiquer la manière de faire de l’organisme.

« Voilà un exemple de technologie occidentale qui a été en quelque sorte parachutée dans les pays en voie de développement en se disant qu’il ne suffit que de mettre les enfants en contact avec la machine pour qu’ils s’auto-instruisent », résume M. Latzko-Toth.

L’UNICEF invite d’ailleurs les gouvernements à mettre en place des programmes de littératies numériques pour rendre plus autonomes les jeunes en ligne.

Mme Sieber estime toutefois que tous les problèmes ne se régleront pas subitement avec l'arrivée de la technologie. À son avis, nous devons plutôt développer un esprit critique face à la technologie surtout quand elle est dirigée vers les enfants.

« Je crois que nous plaçons beaucoup trop d'espoirs envers Internet, nuance-t-elle. Il y a beaucoup de choses sur Internet et la plupart sont bonnes à être mises aux poubelles. »

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