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Où produit-on le plus d’automobiles? La réponse en carte

Le nouveau président américain menace d'imposer des tarifs douaniers importants sur tout bolide construit à l'extérieur de son pays. Or, les États-Unis sont-ils toujours ce poids lourd pour faire plier l'industrie automobile et jouer avec le protectionnisme? États des lieux.

Un texte de Pascale Fontaine

Donald Trump l’a répété durant la campagne présidentielle : il veut protéger les travailleurs américains et rapporter la production manufacturière dans son pays. Au pouvoir, il nomme comme représentant au Commerce Robert Lighthizer, celui-là même qui avait négocié des quotas sur les voitures japonaises dans les années 80.

Toutefois, réanimer ce protectionnisme fonctionnerait-il dans un marché dominé par des joueurs étrangers plus forts? Des experts croient que la facture serait plus salée pour les Américains.

Un rapport de force complexe

« Il a été élu grâce à ce discours, mais dans les faits, il lui faudra être plus modéré », affirme Germain Belzile, professeur en économie appliquée à HEC Montréal. « Les intérêts sont beaucoup plus complexes et intégrés que ce qu'on peut imaginer a priori », ajoute-t-il.

Les pays émergents comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (BRIC) pèsent ensemble presque trois fois plus que les États-Unis dans le milieu automobile, selon des données de 2015.

Les Américains vont se rendre compte qu’en limitant la réciprocité des échanges ils risquent de devenir les principaux perdants.

Vincent Sabourin, professeur en stratégie industrielle à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM

« Il y a aura des représailles d’un grand nombre de pays, notamment du BRIC dans le même secteur ou encore dans un autre qui va coûter beaucoup plus cher que l’automobile », estime Vincent Sabourin, professeur en stratégie industrielle à l’École des sciences de la gestion à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Même la grande succursale des produits américains qu’est le Mexique pourrait réagir en changeant les normes réglementaires, qui sont avantageusement les mêmes que les États-Unis.

« Le jour où le Mexique décide de modifier ces règlements-là, c’est terminé. Les Américains ne voudront pas adapter leurs voitures », croit Vincent Sabourin en ajoutant que la Corée du Sud n’attend qu’un petit blocage pour faire son entrée au Mexique.

La voiture américaine n’est plus

Moteur fait au Japon, banquette assemblée au Mexique, essieux forgés dans le Michigan : l’automobile est devenue non seulement apatride, mais l’objet d’un système mondialisé et du « juste à temps ».

Du coup, forcer les entreprises à rapatrier leur production sur les terres de l’oncle Sam représente des coûts énormes en plus de remettre à zéro la division et la spécialisation des tâches des trois côtés de la frontière, affirme Germain Belzile, chercheur associé principal à l’Institut économique de Montréal (IEDM).

C'est d’autant plus vrai que les fabricants américains s’embourbent avec des records de non-fiabilité, un marché saturé et un manque d’innovation. En voulant protéger cette vache sacrée, Donald Trump fera plus de torts, selon certains.

Pour leur secouer les puces, il faudrait au contraire plus de concurrence dans un marché où il y a peu de joueurs, estime Vincent Sabourin.

« Avec les normes environnementales, les Européens ont 25 ans d’avance en innovation avec des matériaux composites et intelligents. Le jour où Donald Trump va se normaliser, ce sera la catastrophe pour l’industrie américaine parce qu’elle ne sera jamais capable de faire concurrence », ajoute M. Sabourin.

Des bonbons plutôt que des sanctions?

Plutôt que de jouer de sanctions, la solution pourrait se trouver dans une baisse des impôts sur les profits des entreprises. C’est aussi l’hypothèse la plus probable pour le chercheur de l’IEDM. « À 39 %, les États-Unis ont le taux d’imposition le plus élevé du monde industrialisé », relève Germain Belzile. Pas étonnant que les fabricants se tournent vers l’étranger ou même vers le Canada.

Si les républicains baissent le taux fédéral à 15 % ou à 20 %, cela posera tout un défi au Canada, jusqu’à maintenant avantageux avec ses 28 % d’imposition, avertit l’économiste.

Taper sur le mauvais clou?

Avec les transferts d’emplois manufacturiers en Chine ou en Inde, la mondialisation est souvent pointée du doigt.

À tort, croit Germain Belzile. « Au moins 90 % des emplois dans le secteur manufacturier ont disparu au cours de 40 dernières années, notamment à cause du progrès technologique. [...] La production manufacturière continue d’augmenter aux États-Unis, mais avec moins d’emplois. Ce n’est pas en fermant les frontières qu’on règle ces problèmes-là. »

Et si de toute façon, posséder d’une voiture ne faisait plus autant rêver qu’avant? « On estime qu'après Uber, chez les moins de 30 ans, la location de voiture va devenir une vague de fond », souligne Vincent Sabourin, en précisant qu’une douzaine d’entreprises de location comme Car2Go ont été acquises par des fabricants automobiles.

Bref, rien pour simplifier le travail du nouveau président.

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