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Panama Papers : les communistes chinois aiment aussi les paradis fiscaux

Des proches de huit dirigeants chinois  - anciens ou actuels -  ont ouvert des sociétés-écrans dans des paradis fiscaux avec l'aide du cabinet d'avocats Mossack Fonseca, révèlent les Panama Papers. Pékin, qui affirme lutter sans merci contre la corruption, balaie toutefois ces informations du revers de la main... tout en s'assurant que les Chinois ne puissent en prendre connaissance.

Les données qui ont fait l'objet d'une fuite sans précédent montrent notamment que le beau-frère du président Xi Jinping, Deng Jiagui, était en 2009 l'unique actionnaire de deux sociétés-écrans dans les îles Vierges britanniques. M. Xi était alors l'un des neuf membres du tout-puissant comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois (PCC).

Les deux sociétés de cet homme d'affaires, qui a fait fortune dans l'immobilier, ont été mises en sommeil lorsque M. Xi est devenu le numéro un du Parti communiste chinois.

Le nom de Lia Xiaolin, fille de l'ex-premier ministre Li Peng, apparaît aussi dans les documents obtenus par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ). Son mari et elle étaient les bénéficiaires d'une fondation du Liechtenstein qui était l'unique actionnaire d'une société immatriculée aux îles Vierges britanniques lorsque son père était premier ministre.

Mme Lia est surnommée la « reine chinoise de l'énergie ». Elle a été vice-présidente de China Power Investment Corporation, une entreprise publique de production d'électricité, et déléguée auprès de l'assemblée consultative chinoise.

Selon le quotidien français Les Échos, Jasmine Li, petite fille de Jia Qinglin, ancien numéro quatre du pouvoir, aurait pour sa part « contrôlé » une société extraterritoriale (offshore) depuis son adolescence. Cette société lui a été officiellement « cédée » pour un dollar par un grand distributeur chinois de montres de luxe. M. Qinglin a été membre du comité permanent du bureau politique du PCC jusqu'en 2012.

Selon la BBC, des proches de deux autres membres du comité permanent du PCC, Zhang Gaoli et Liu Yunshan, sont aussi nommés comme étant des directeurs ou des actionnaires de firmes situées dans des pays considérés comme des paradis fiscaux.

Il n'est pas illégal de détenir une société extraterritoriale en Chine, mais Pékin restreint sérieusement les sommes que les particuliers ont le droit de sortir du pays.

Si les dirigeants chinois ne sont cependant pas tenus de déclarer leurs avoirs, la Constitution du PCC stipule que les dirigeants du parti et les membres de leur famille sont tenus de ne pas tirer profit de leurs fonctions.

Pékin reste muet et fait taire les journaux

Ces révélations sont embarrassantes pour le président Xi, qui soutient que la lutte contre la corruption est une priorité de son gouvernement. Une campagne anticorruption destinée à assainir les rangs du parti est en cours, et de nombreuses arrestations de cadres ont eu lieu ces dernières années.

« Sur de telles accusations sans fondement, je n'ai aucun commentaire à faire », s'est pour sa part borné à dire le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei.

L'affaire est toutefois peu susceptible de donner lieu à des manifestations comme on en voit en Islande, puisque la presse, bridée par le PCC, n'en fait pas mention.

Selon des instructions envoyées aux rédactions et consultées par l'Agence France Presse, les journalistes chinois ont été exhortés de « supprimer tous les contenus sur les fuites des Panama Papers ».

En inscrivant « Panama » dans les moteurs de recherche chinois, on obtient d'ailleurs des liens désactivés ou faisant référence aux allégations visant des vedettes du monde du sport. Sur les réseaux sociaux, certains tentent toutefois de contourner les blocages en postant des photos d'article

Dans un éditorial, le quotidien officiel Global Times laisse entendre que les médias occidentaux exploitent ces documents afin de viser des personnalités politiques non occidentales, avec l'appui de Washington. Il ne fait évidemment aucune mention de l'implication de personnalités chinoises.

« Les médias occidentaux contrôlent l'interprétation à chaque fois qu'il y a de telles fuites de documents, et Washington exerce une influence particulière à ce sujet », peut-on y lire. « Les informations qui sont négatives pour les États-Unis peuvent toujours être minimisées alors que les révélations sur des dirigeants non occidentaux, comme Poutine, sont amplement commentées. »

Au-delà de l'élite politique, la Chine représentait en général une source majeure de clients fortunés pour Mossack Fonseca. Le site Internet du cabinet d'avocats montre qu'il possède des bureaux dans huit villes chinoises, soit dans les centres financiers de Shanghai et de Shenzhen, les cités portuaires de Dalian, Qingdao et Ningbo, ainsi qu'à Jinan, centre de l'industrie du charbon.

Hong Kong, très connecté aux marchés internationaux et voie d'accès privilégiée à la Chine continentale, complète cette liste. C'est d'ailleurs à Hong Kong que la firme panaméenne compte le plus d'« intermédiaires » (avocats, banques, etc.) lui fournissant des clients, loin devant le Royaume-Uni et la Suisse, selon l'ICIJ.

Selon le journal britannique The Guardian, un recensement interne réalisé par Mossack Fonseca avait en outre conclu que, parmi ses clients propriétaires de sociétés extraterritoriales, la plus grosse proportion venait de Chine continentale, suivie par les Hongkongais.

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