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Petit succès diplomatique de Moscou sur la Syrie

Lundi et mardi, une conférence sur la Syrie s'est déroulée à Astana, la capitale du Kazakhstan, immense pays d'Asie centrale politiquement proche de Moscou. Présents sur place : des représentants du régime de Bachar Al-Assad et des émissaires de plusieurs groupes rebelles syriens, dans un bref face-à-face qui n'avait pas de précédent.

Même si ce sommet de moins de 48 heures n’a pas accouché de la paix - personne ne s’y attendait d’ailleurs! - et même si les récriminations mutuelles ont repris, il s’est tout de même passé quelque chose à Astana.

Vladimir Poutine peut aujourd’hui parler, au moins, d’un demi-succès de sa diplomatie… après ses succès militaires sur le terrain (les bombardements d’Alep qui avaient donné, en décembre, la victoire aux forces du régime de Damas dans cette localité importante).

Fait capital : cette conférence était organisée, non pas par l’ONU, mais par la Russie, l’Iran et la Turquie - trois pays « parrains » qui sont désormais les vrais poids lourds au Moyen-Orient. Et ce, au détriment de l’Europe et des États-Unis, puissances traditionnelles dans la région, mais qui aujourd’hui se voient peu à peu évincées politiquement.

Les Occidentaux éclipsés de la région

La bataille d’Alep, puis ces nouvelles initiatives diplomatiques - consolidation du fragile cessez-le-feu en vigueur depuis le 30 décembre, accès humanitaire, éventuels échanges de prisonniers - soulignent la fin de l’hégémonie des pays occidentaux sur les processus en cours au Moyen-Orient. Une sorte d’expulsion de facto des puissances étrangères traditionnelles dans la région.

En effet, à Astana, Américains et Européens ont brillé par leur absence, ou tout au plus n’y ont-ils fait que de la figuration. La nouvelle administration Trump, tout comme l’Union européenne, n’avait délégué que quelques observateurs, des ambassadeurs déjà en place au Kazakhstan.

L’évincement des États-Unis comme acteur important dans cette région du monde a été amorcé sous la présidence de Barack Obama, resté jusqu’au bout extrêmement réticent à intervenir contre Damas. Aujourd’hui, Donald Trump a d’autres priorités, et il semble accepter le leadership russe de facto au Moyen-Orient.

Le « tournant » d’Alep et les derniers développements diplomatiques consacrent donc le fait que ce ne sont plus les Occidentaux qui mènent le jeu dans cette région du monde.

Redéploiement diplomatique russe

Quoi qu'on ait pensé de la brutalité de l’intervention russe à Alep et des bombardements aériens meurtriers de Moscou (y compris contre des cibles civiles) qui ont permis aux forces prorégime de reprendre la totalité de la ville d’Alep, on doit reconnaître que, pour la première fois depuis longtemps, les choses bougent diplomatiquement sur le front syrien.

Rappelons que le 30 décembre, et cette fois à l’initiative de la Russie et de son nouvel allié turc (sans les Occidentaux, sans les Américains, et sans l’ONU), il y avait eu un cessez-le-feu, fragile et relatif. L'objectif affiché de cette réunion d’Astana, c’était de consolider ce cessez-le-feu, et de permettre un accès des aides humanitaires aux zones assiégées.

On a notamment constaté, à Astana, un changement dans la rhétorique de Moscou. Moscou qui - du jamais vu! - a dénoncé les violations du cessez-le-feu par le gouvernement syrien. Moscou qui a exprimé son désaccord avec la stratégie jusqu’au-boutiste de l’Iran (son grand allié en Syrie), qui, au diapason avec Bachar Al-Assad, voudrait reconquérir tout le territoire syrien. Moscou qui parle désormais des rebelles comme d’interlocuteurs valables, alors qu’il y a peu, ils étaient qualifiés en bloc et systématiquement de « terroristes » par les officiels russes.

Moscou serait aujourd’hui favorable à une sorte de gel de la situation sur le terrain. Peut-être avec une éventuelle reconquête d’Idlib (dans l’ouest de la Syrie), mais sans pousser trop à l’est, qui est le territoire de l’État islamique (surtout bombardé, en tout cas jusqu’à récemment, par les Occidentaux).

Au contraire, les signaux en provenance de Damas (le régime très affaibli, mais toujours présent de Bachar Al-Assad), en conjonction avec l’Iran et les forces chiites sur le terrain, laissent à penser que l’objectif, pour eux, serait plutôt une reconquête totale de tout le territoire syrien.

Il semble qu’il y ait là une vraie divergence stratégique dans ce qu’on peut appeler globalement le camp prosyrien ou prorégime, qui martyrise la population syrienne et humilie la diplomatie occidentale depuis quelques années maintenant. Le rapprochement spectaculaire de Moscou avec Ankara (la Turquie qui a longtemps soutenu les groupes rebelles, y compris djihadistes) ne plaît manifestement pas à Damas ni à Téhéran.

La suite à Genève, début février…

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