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Pour des milliers d’Haïtiens, l'espoir d’un avenir meilleur est ailleurs

Des milliers d'Haïtiens qui s'étaient expatriés aux États-Unis préfèrent demander l'asile au Canada plutôt que de retourner dans leur pays natal. Et dans la « perle des Antilles », la route de l'exil appelle par milliers ceux qui ont perdu l'espoir de s'en sortir s'ils y restent.

D’après un reportage de Céline Galipeau

Au-delà du chômage, de la pauvreté et de la corruption, il y a en Haïti une immense lassitude qui en conduit plusieurs à vouloir tout laisser derrière.

Malgré des études en administration, Manley Georges n’a jamais trouvé d’emploi. En mai dernier, il a pris la mer vers les Bahamas. Un périple de trois jours qu’il dit avoir fait au péril de sa vie, entassé avec des dizaines de personnes sur un petit voilier. Après avoir travaillé brièvement dans la construction, il a été expulsé. Il a alors tenté sa chance en République dominicaine, où les travailleurs haïtiens sont souvent battus et exploités. La peur l’a ramené chez lui.

Mais pour cet homme de 28 ans qui a un fils et une mère à nourrir, comme pour des milliers d’autres, l’espoir est ailleurs.

Sa soeur est elle aussi partie. Entrée illégalement aux Bahamas, elle a été arrêtée.

« L’État a laissé tomber la jeunesse, il a baissé les bras. L’État devrait nous aider, mais on reçoit plutôt des coups de bâton lorsqu’on manifeste. On voit la mort. Quand on crie notre faim, ils font la sourde oreille », déplore Manley Georges.

Musicien et peintre, Eder Romeus songe à entamer des démarches pour immigrer légalement au Canada. Sa vie à Jacmel est un parcours du combattant : laissé handicapé par une polio contractée dans l’enfance, il ne reçoit aucun soutien de l’État, dans un pays où les services ne sont pas adaptés.

Lui aussi rêve d’un avenir qui lui permettrait de mieux subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.

Des cas loin d'être isolés. À l’aéroport de Port-au-Prince, une femme s'envole pour le Chili pour faire vivre ses cinq enfants, qui, eux, restent en Haïti. Mais c’est « avec tristesse » qu'elle part, confie-t-elle.

Depuis janvier, près de 50 000 Haïtiens sont partis vers ce pays qui ne leur impose pas de visa. Ils peuvent y rester légalement s'ils obtiennent un travail. Mais ce qu’ils trouvent est souvent très dur et mal payé.

Rester pour « combattre »

Alexandrine Benjamin, une documentariste de 25 ans, se fait un devoir de rester. « Haïti a besoin de gens qui veulent lutter, qui peuvent utiliser ce qu’ils ont pour combattre », dit celle qui a choisi d'« utiliser le cinéma comme une arme ».

Très engagée dans le développement culturel et social d’Haïti, l’écrivaine Yanick Lahens constate le « désespoir total » de la population. L’auteure du roman Bain de lune, lauréate du prix Femina, blâme les dirigeants.

« Oui, nous avons peu de ressources, mais le peu de ressources est pris dans le cercle de la corruption », dénonce-t-elle.

Par ailleurs, malgré les milliards alloués à la reconstruction par la communauté internationale dans la foulée du séisme de 2010, le quotidien des Haïtiens ne s’est pas amélioré puisqu'une partie de cet argent est retourné dans les pays donateurs.

Leur dilemme : rester en dépit de conditions difficiles ou recommencer ailleurs.

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