Retour

Pour Trump, la « solution à deux États » n'est qu'une option au Proche-Orient

Donald Trump a confirmé mercredi qu'il ne considère pas « la solution à deux États » comme nécessaire à tout règlement du conflit israélo-palestinien, une position susceptible de soulever la colère des Palestiniens et de leurs alliés et l'incrédulité de nombreux pays européens. Le président américain a aussi demandé à Israël de faire preuve de retenue dans la colonisation.

Dans une conférence de presse tenue dans les minutes suivant l'arrivée du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, le président américain a indiqué qu'il soutiendrait toute solution au conflit qui serait issue de discussions entre Israéliens et Palestiniens. « Je considère deux États et un État, et je préfère celle que les deux parties préfèrent », a-t-il commenté.

Je pourrais vivre avec l'une ou l'autre. J'ai pensé un moment que [la solution des] deux États pourrait être la plus facile des deux, mais sincèrement [...] si Israël et les Palestiniens sont heureux, je suis heureux avec ce qu'ils préfèrent.

Donald Trump

Le président américain a assuré que les États-Unis encourageront un accord de paix au cours de son mandat, mais sans donner de détails. « Nous allons y travailler de manière très diligente », a-t-il dit. « Mais il incombe aux parties elles-mêmes de négocier directement un accord. »

Donald Trump a exhorté l'État hébreu à faire preuve de « flexibilité » dans les négociations avec les Palestiniens. Ces derniers doivent se débarrasser de leur « haine » envers les Israéliens, a ajouté le président.

M. Nétanyahou s'était engagé en faveur de la solution à deux États lors d'un discours prononcé en 2009 et a réaffirmé cet objectif à plusieurs reprises depuis. De nombreux membres de son gouvernement estiment cependant que la situation n'est pas propice à la création d'un État palestinien en raison de l'instabilité régionale et des divisions palestiniennes.

Le premier ministre israélien a toutefois éludé la question mercredi. Soutenant que le nouveau président américain offre « une occasion sans précédent » de résoudre le conflit, il a dit être disposé à aborder le dossier « en substance » et non par le biais « d'annonces » et a rappelé les deux conditions que pose Israël à tout accord de paix.

Premièrement, les Palestiniens doivent reconnaître l'État juif [...] Deuxièmement, Israël doit conserver le contrôle total de tout le secteur situé à l'ouest du Jourdain.

Benyamin Nétanyahou

La solution des deux États, qui prévoit la création d'un État de Palestine coexistant pacifiquement avec Israël, est au centre de la position américaine et de la communauté internationale depuis des décennies. Elle a d'ailleurs été réitérée par un groupe de 70 pays et organisations internationales lors d'une conférence organisée à Paris en décembre.

Depuis Le Caire, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait rappelé en début de journée, après une rencontre avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qu’il existe un « accord total » sur le fait que toute résolution au conflit israélo-palestinien nécessite « une solution à deux États et que tout doit être fait pour préserver cette possibilité ».

« Il n'y a pas de plan B, à part la solution à deux États », a-t-il martelé plus tard dans la soirée, lors d'un discours à l'université du Caire, en soulignant que le conflit israélo-palestinien est « la mère » de tous les conflits régionaux.

Un conseiller du président de l'Autorité palestinienne, Husam Zomlot, s'était montré surpris par cette option, initialement évoquée par un responsable de la Maison-Blanche. « La solution à deux États n'est pas quelque chose qui vient d'apparaître », avait-il commenté. La dirigeante palestinienne Hanane Achraoui a fait valoir que la position de l'administration Trump n'avait « aucun sens ».

Il est clair que l'administration américaine est en train d'essayer de satisfaire la coalition extrémiste de [Benyamin] Nétanyahou.

Hanane Achraoui, dirigeante palestinienne

Le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza, a de son côté dénoncé « un jeu fourbe » de Washington visant à renforcer son rapprochement avec Israël.

Le revirement de la présidence américaine pourrait en outre provoquer la colère du monde musulman, notamment des pays sunnites qui soutiennent les États-Unis dans leur combat contre le groupe armé État islamique et l'Iran chiite.

« J'aimerais vous voir revenir un petit peu sur ces colonies »

M. Trump a par ailleurs invité Israël à faire preuve de modération dans sa politique de colonisation juive dans les territoires occupés par Israël. « J'aimerais vous voir revenir un petit peu sur ces colonies », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Le chef du gouvernement israélien a pour sa part soutenu que « la question des colonies n'est pas au coeur du conflit ».

Depuis quelques semaines le gouvernement Nétanyahou ne cache pas qu’il compte profiter de l’arrivée au pouvoir du président Trump pour relancer les constructions de ces colonies en Cisjordanie, une politique que désapprouvait ouvertement l’ex-administration Obama. La construction de plus de 6000 logements dans les colonies a été autorisée ces dernières semaines.

Le Parlement israélien a en outre adopté la semaine dernière un texte de loi qui légalise rétroactivement la construction de 4000 logements de colons juifs sur des terrains privés appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie occupée.

Le nouveau président a désigné comme ambassadeur en Israël un partisan avoué de la colonisation, David Friedman. Ce dernier dirige une organisation américaine finançant la colonie juive de Beit El à coups de millions de dollars. M. Trump et Jared Kushner, son gendre devenu conseiller, ont également versé des milliers de dollars à Beit El.

M. Kushner s'est vu confier la mission de négocier un accord de paix au Proche-Orient. M. Trump a lui-même souligné en conférence de presse que son gendre est juif, tout comme sa fille Ivanka, et leurs trois enfants.

En décembre dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies a dénoncé dans sa résolution 2334 la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés, en les qualifiant d’« obstacles à la paix ». Cette décision avait été rendue possible par la décision de l’administration Obama de ne pas y opposer son veto, comme les États-Unis le faisaient habituellement.

L'ambassade américaine à Jérusalem? « Nous verrons », dit Trump

Quant au sujet délicat du transfert éventuel de l'ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem, M. Trump a une nouvelle fois temporisé. « Nous y réfléchissons très très sérieusement [...] Nous verrons ce qui se passe », s'est-il borné à dire. En campagne électorale, il avait plutôt promis de passer à l'action.

Un transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem aurait une grande portée symbolique, car la ville sainte n'a jamais été reconnue comme capitale d'Israël par la communauté internationale. Mahmoud Abbas a déjà fait savoir que cela aurait un effet « désastreux » pour la paix au Proche-Orient, tandis que le grand mufti de Jérusalem a prévenu qu'un tel geste serait considéré comme une « agression » contre tous les musulmans.

MM. Trump et Nétanyahou sont également tombés d'accord sur l'Iran, bête noire d'Israël. Le président américain a réitéré que l'accord sur le nucléaire iranien scellé par son prédécesseur Barack Obama en 2015 était « l'un des pires accords qu'il ait jamais vus ».

Après sa rencontre avec le président Trump, M. Nétanyahou se rendra au Congrès américain, où il rencontrera différents membres du Sénat, dont le chef républicain Mitch McConnell, le chef démocrate Chuck Schumer, et le président de la Chambre des représentants Paul Ryan.

Israël est le récipiendaire de la plus généreuse des aides militaires américaines avec quelque 38 milliards de dollars sur 10 ans.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Le plus beau cadeau qu'elle pouvait recevoir





Rabais de la semaine