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Pourquoi autant de tension autour du référendum en Catalogne?

Des milliers de Catalans descendent quotidiennement dans les rues de Barcelone pour défendre leur droit à l'autodétermination, tandis que leurs dirigeants et le gouvernement espagnol multiplient les bravades. Jusqu'où ira la confrontation? Et d'où viennent ces tensions?

Un texte d'Ximena Sampson

1. Quelle est la cause de cette escalade?

Dès que les Catalans ont annoncé leur volonté de tenir un référendum sur l’indépendance le 1er octobre, le gouvernement espagnol a soutenu qu'il serait illégal. Madrid a demandé à la Cour constitutionnelle d’invalider la loi catalane sur le référendum, ce que cette dernière a fait le 12 septembre, jugeant que les textes approuvés au début du mois par le Parlement catalan étaient contraires à la Constitution espagnole.

La Constitution espagnole proclame « l'indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols ». De plus, elle ne permet pas un référendum sur l'autodétermination tenue par l'une des régions.

Le procureur général avait prévenu que la police judiciaire pourrait saisir « les effets et instruments destinés à préparer ou à tenir le référendum illégal » et qu’il y aurait enquête « sur toutes les actions visant à organiser le référendum illégal sous des chefs de désobéissance, de prévarication et de malversations de deniers publics. » C'est ce qui est effectivement arrivé le 20 septembre. La police a saisi 10 millions de bulletins de vote, des affiches et des tracts, en plus d'arrêter 14 personnes soupçonnées de participer à l'organisation du scrutin.

À l’automne 2014, le gouvernement catalan avait tenté d’organiser un premier référendum. Il avait demandé l’autorisation au Parlement espagnol, qui lui a refusé. Il a donc organisé à la place une consultation informelle, où plus de 80 % des répondants ont voté pour l'indépendance. Un nombre important de Catalans s’était toutefois abstenu.

Dès lors, la tenue d’un référendum sur l'autodétermination de la Catalogne est considérée comme illégale et anticonstitutionnelle.

Le président régional de l’époque, Artur Mas, a été condamné à deux ans d'inéligibilité et à quelque 53 000 $ d'amende pour avoir organisé ce scrutin.

2. Pourra-t-on désamorcer les tensions?

Tout dialogue est rompu entre les deux parties.

« Le fait de voter n’est synonyme de démocratie que lorsque c’est fait en accord avec la loi et en respectant les droits de tous », a déclaré le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, à la télévision mercredi.

Madrid a loué et dépêché un bateau de croisière dans le port de Barcelone afin d’y loger quelques-uns des 5000 policiers qui pourraient être déployés d’ici le 1er octobre en Catalogne. Un autre bateau de croisière est ancré au port de Tarragone, une trentaine de kilomètres au sud de Barcelone.

« Le gouvernement de Madrid va faire tout son possible pour empêcher, même physiquement, la tenue du référendum, qu’il perçoit comme une humiliation », soutient Joan B. Culla Clarà, professeur d'histoire contemporaine à l'Université autonome de Barcelone, au micro de Michel C. Auger, le 15 septembre dernier.

« Ils sont obligés de continuer avec leur stratégie », croit également Marc Sanjaume professeur adjoint de sciences politiques et sociales à l’Universitat Pompeu Fabra, de Barcelone. « Mariano Rajoy a déclaré que le référendum n’aurait pas lieu et, dans cette situation, il est presque obligé de continuer la répression. »

Les indépendantistes, pour leur part, sont déterminés à aller de l’avant avec leur projet cette fois-ci, même s’ils reconnaissent que la saisie des bulletins a « altéré » les règles du jeu, comme l’a reconnu le vice-président du gouvernement, Oriol Junqueras. Il s'est toutefois dit convaincu d'une participation importante le 1er octobre, peu importe la forme que prendra le vote.

3. Qu’en pensent les Catalans?

L’intervention de Madrid a donné un nouveau souffle au mouvement indépendantiste, soutient le professeur Marc Sanjaume. « Les gens ne s’attendaient pas à ce qu’il y ait des arrestations de membres du gouvernement et même de techniciens et de fonctionnaires. C’est un scénario qui, hier, nous semblait de la science-fiction », ajoute-t-il.

Bien qu'ils soient divisés sur la question de l'indépendance, les Catalans sont unis contre l'intransigeance de Madrid, croit-il. « Des politiciens et des citoyens qui sont fédéralistes ou, en tout cas, qui ne sont pas en faveur de la souveraineté sont maintenant du côté du gouvernement catalan », affirme M. Sanjaume.

Les Espagnols, pour leur part, ont une tout autre vision. Les grands quotidiens soutiennent que Madrid a l’obligation d’intervenir pour empêcher ce référendum. Il s’agit d’ « une consultation illégale […] sans aucune garantie démocratique, destinée à saper les fondements de l’État » écrit El Pais, un quotidien centriste.

Pour El Mundo, proche du Parti populaire au pouvoir, cette « agression insolite à l’ordre constitutionnel […] justifie amplement la réponse que l’État déploie avec une proportionnalité mesurée, mais avec fermeté. »

4. D’où vient l’élan indépendantiste catalan?

La Constitution de 1978 accorde à la Catalogne (ainsi qu'au Pays basque) un statut de communauté autonome. Mais les Catalans continuent de sentir que leur caractère distinct n'est pas reconnu par Madrid, dont les tendances centralisatrices vont à l'encontre de leur volonté d'affirmation.

Les relations entre Barcelone et la capitale se sont détériorées depuis l'élection, en novembre 2011, du Parti populaire (PP), fermement opposé à toute décentralisation.

En 2006, les Catalans ont approuvé par référendum un nouveau statut d'autonomie qui reconnaît la Catalogne en tant que nation et qui augmente l'autonomie de leurs institutions. Appelé par le Parti populaire à se prononcer sur la question, le Tribunal constitutionnel espagnol a déclaré inconstitutionnels plusieurs pans du statut.

Cette décision a été perçue comme un camouflet par les Catalans, explique Ferran Requejo, professeur de sciences politiques à l'Université Pompeu Fabra de Barcelone.

« Le Tribunal constitutionnel espagnol a créé beaucoup d'indépendantistes en Catalogne. Ceux qui n'étaient pas pour l'indépendance, qui appuyaient plutôt une solution négociée, un développement des communautés autonomes et une transformation vers une fédération, se sont rendu compte que ce n'était pas la bonne voie », souligne-t-il.

L'autre point de discorde est le partage des richesses. Les Catalans soutiennent envoyer beaucoup plus d'argent à Madrid qu'ils n'en reçoivent en retour, soit 16 milliards d'euros par année (plus de 20 milliards de dollars), ce qui équivaut à environ 8 % du PIB de la région. Jusqu'à maintenant, les demandes de la Catalogne pour obtenir l'autonomie fiscale, comme le Pays basque, ont été rejetées par Madrid.

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