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Pourquoi les pays du Golfe exigent-ils la fermeture d’Al-Jazeera?

Le Qatar, mis au ban depuis le 5 juin pour son soutien présumé au « terrorisme » et son rapprochement avec l'Iran, a déjà laissé entendre qu'il allait rejeter la liste de 13 demandes faites par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l'Égypte pour rompre son isolement diplomatique. La fermeture de la chaîne de télévision Al-Jazeera figure en tête de cette liste. Mais pourquoi exactement?

Un texte de Joëlle Girard

L’événement remonte au mois de mai dernier, tout juste après la visite officielle du président américain Donald Trump en Arabie saoudite : la chaîne qatarie, victime d’une cyberattaque, diffuse alors une fausse déclaration de l’émir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, critiquant la politique étrangère des États-Unis.

Rapidement, les pays du Golfe et l’Égypte sautent sur l’occasion pour pointer du doigt la monarchie du Qatar, affirmant que celle-ci soutient le « terrorisme ». Plus précisément, ils accusent le Qatar d’accueillir des membres du Hamas sur son territoire, de soutenir l’organisation égyptienne des Frères musulmans, d'appuyer le Hezbollah libanais et d’entretenir des liens étroits avec Israël et l’Iran – la bête noire de l’Arabie saoudite.

L’irritation de l’Arabie saoudite et de ses alliés remonte toutefois à la création d’Al-Jazeera, en 1996, au moment où la chaîne a brisé leur mainmise sur l’information dans la région du golfe Persique.

Le printemps arabe, en 2011, a également été un point tournant, Al-Jazeera étant accusée de se ranger derrière les partisans des soulèvements populaires, qui ont éclaté dans plusieurs pays arabes du Maghreb et du golfe Persique. Ses détracteurs estiment même qu’en introduisant des concepts comme ceux des droits humains, de la démocratie et de la liberté d’expression, la chaîne qatarie a indirectement provoqué ces mouvements de contestation.

Exaspérés par le ton irrévérencieux d'Al-Jazeera, les voisins du Qatar avaient d’ailleurs fait une première tentative, il y a trois ans, pour obliger le petit pays à rentrer dans le rang. En guise de réponse, l’émir qatari avait entre autres promis de renvoyer les figures islamistes accueillies dans son pays et d'atténuer le ton d'Al-Jazeera, jugé agressif par ses voisins.

Mais hormis le départ annoncé de quelques figures islamistes, rien n'a changé, affirment les détracteurs de Doha.

Vers une impasse

Le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a affirmé vendredi dernier que la fermeture d’Al-Jazeera serait une attaque inacceptable du droit à la liberté d'expression et d'opinion.

« La liste des demandes est faite pour être rejetée », a pour sa part déclaré le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani.

Devant ce refus de la monarchie qatarie de se plier à la liste de demandes, l’Égypte, de l’Arabie saoudite, du Bahreïn et des Émirats arabes unis ont annoncé lundi avant l'aube avoir décidé, à la demande du médiateur koweïtien dans la crise du Golfe, de prolonger de 48 heures l'ultimatum fixé au Qatar. Les ministres des Affaires étrangères de ces quatre pays prévoient aussi se rencontrer au Caire mercredi.

Devant l’impasse, on ignore quelle voie les adversaires du Qatar entendent emprunter en matière de sanctions.

En attendant, l'incertitude se fait sentir sur les marchés qataris. Le principal index boursier du pays a perdu plus de 3 % quand les marchés ont rouvert, dimanche, après une pause d'une semaine à l'occasion des festivités de Aïd el-Fitr, qui marquent la fin du ramadan.

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