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Premier anniversaire du putsch raté en Turquie

Des centaines de milliers de Turcs se sont rassemblés samedi pour célébrer l'échec du coup d'État du 15 juillet 2016, une démonstration massive de soutien en faveur du président Recep Tayyip Erdogan, une semaine après un imposant rassemblement de l'opposition à Istanbul.

Une foule enthousiaste agitant le drapeau national s'est regroupée dans la métropole de l'ouest de la Turquie pour écouter le chef de l'État promettre de punir ses ennemis et rendre hommage aux civils qui s'étaient dressés l'an dernier face aux chars des putschistes.

Le coup de force mené par des militaires factieux, qui ont notamment bloqué les ponts d'Istanbul et bombardé le parlement à Ankara, a échoué au cours de la nuit face aux foules d'habitants qu'Erdogan avait appelés à descendre dans les rues.

« Ils n'ont fait preuve d'aucune pitié quand ils ont pointé leurs fusils contre mon peuple », a lancé le président turc.

La tentative de coup d'État a fait 240 morts, mais elle a aussi sans doute marqué la fin des interférences de l'armée dans la vie politique turque et ouvert la voie à une campagne de purges qui ont touché toutes les strates de la société.

Le putsch manqué a encouragé le nationalisme turc et creusé le fossé entre les partisans d'Erdogan, chantre d'un islamo-conservatisme très populaire dans les campagnes, et les militants laïques.

Les purges se poursuivent

Depuis le 15 juillet 2016, quelque 150 000 personnes ont été limogées ou suspendues de leurs fonctions, dans le secteur public comme dans le secteur privé, pour leurs liaisons présumées avec la confrérie güléniste, accusée d'être l'instigatrice du putsch.

Vendredi, un décret a encore ordonné la démission de 7000 autres policiers, fonctionnaires et enseignants accusés d'être liés au prédicateur Fethullah Gülen, qui vit aux États-Unis depuis 2001.

« Quiconque trahit la nation ne restera pas impuni », a déclaré samedi Erdogan, promettant à nouveau de restaurer la peine de mort si le Parlement vote en faveur de son rétablissement, une mesure qui mettrait fin automatiquement à la candidature d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

Pour les adversaires de Recep Tayyip Erdogan, organisations de défense des droits de l'homme par exemple, le président turc a profité de l'état d'urgence imposé après le putsch manqué pour cibler l'opposition, les intellectuels, les journalistes et les responsables politiques prokurdes.

Près de 160 journalistes, selon une comptabilité dressée par le Comité pour la protection des journalistes, ont été emprisonnés depuis le coup d'État manqué.

« Le gouvernement turc s'est enfoncé dans une spirale liberticide sans précédent, sous prétexte de lutter contre les putschistes », a déploré samedi l'association Reporters sans frontières dans un communiqué.

« Avec plus de 100 journalistes derrière les barreaux, la Turquie est aujourd'hui la plus grande prison du monde pour les professionnels des médias », a ajouté RSF.

Une justice « détruite »

« Ce Parlement, qui a résisté aux bombes, a été rendu obsolète et privé de son autorité », a pour sa part déploré Kemal Kilicdaroglu, chef de file du Parti républicain du peuple (principal parti d'opposition), évoquant le référendum remporté de justesse en avril dernier par Recep Tayyip Erdogan.

Grâce à la réforme constitutionnelle qu'il portait, Recep Tayyip Erdogan a pu élargir les prérogatives présidentielles, parfois au détriment du Parlement.

Kemal Kilicdaroglu a achevé en juillet une marche de 25 jours au cours de laquelle il a parcouru 425 kilomètres d'Ankara à Istanbul pour réclamer la libération d'un député du CHP condamné à 25 ans de prison pour espionnage.

Largement passée sous silence par les médias progouvernementaux, cette marche s'est toutefois terminée samedi dernier par un immense rassemblement où des centaines de milliers de manifestants ont réclamé la fin de la répression.

Dans un communiqué, le département d'État américain a loué la lutte des Turcs pour la démocratie l'an dernier, mais aussi insisté sur la nécessité de préserver les libertés fondamentales. « Plus de voix, et non pas moins, sont nécessaires dans les temps difficiles », a-t-il dit.

Au soleil couchant, des milliers d'habitants d'Istanbul se sont rendus samedi vers le pont qui enjambe le Bosphore où des foules de civils, descendus à l'appel du président Erdogan, avaient affronté les chars et soldats qui s'étaient emparés de l'ouvrage au début de la tentative de putsch il y a un an.

De nombreux marcheurs brandissaient des drapeaux turcs et des photographies des personnes mortes ce soir-là. Le pont se nomme désormais le « pont des Martyrs du 15-Juillet ».

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