Deux convois constitués d'autobus et d'ambulances ont quitté le dernier bastion des rebelles à Alep-Est, dévasté par des mois de siège et de bombardements et sur le point d'être totalement repris par l'armée syrienne. Quelque 3000 personnes ont été évacuées au cours de cette « première étape positive », selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Profitant de la trêve entrée en vigueur à 2 h 30 du matin (00 h 30 GMT), le premier convoi transportant quelque 1000 personnes est parti du quartier Al-Amiriyah, encore tenu en partie par les insurgés, pour celui de Ramoussa aux mains du régime, avant d'arriver en territoire rebelle, dans l'ouest de la province d'Alep.

Parmi les évacués, on compte des femmes, des enfants, environ 200 rebelles et une centaine de blessés, dont des insurgés.

Les premières personnes évacuées se sont agglutinées dans des bus, sur les sièges ou à même le plancher, a constaté un journaliste de l'AFP, côté rebelle.

Une quinzaine de membres du CICR et une centaine de bénévoles du Croissant-Rouge arabe syrien ont pris part à l'opération. Des femmes ont lancé des « youyous » des balcons pour saluer le premier convoi, au moment où il passait dans un secteur contrôlé par le gouvernement.

Le convoi d'une vingtaine d'autobus et d'une dizaine d'ambulances a traversé les zones contrôlées par le gouvernement et est arrivé en territoire rebelle, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les blessés seront transférés vers les hôpitaux de la région, a indiqué à l’AFP Ahmad Al-Dbis, qui gère une équipe de médecins et de volontaires qui coordonne les évacuations près de Khan Al-Assal.

Un second convoi formé d'hommes armés et de leurs familles est parti en soirée à bord de 15 bus, a affirmé la télévision d'État syrienne. « Les convois vont se poursuivre jusqu'à la fin de la présence des hommes armés », a précisé la télévision.

Robert Mardini, directeur régional du CICR pour le Proche et le Moyen-Orient, a indiqué qu’un « plus grand nombre » de rotations des autocars et ambulances affectés à cette tâche sera nécessaire dans les prochains jours. « Il s'agit pour nous de la première étape, une étape positive », a-t-il affirmé.

Les informations dont nous disposons et ce que me disent mes collègues sont poignants. Les gens sont absolument épuisés, désabusés, très mal en point. Mais ils étaient très heureux de nous voir, très reconnaissants que nous soyons là, même si nous leur avons fait défaut, parce que c'est trop peu, et trop tard.

Robert Mardini, directeur régional du CICR

Les rebelles et les civils retranchés à Alep-Est craignaient que les forces gouvernementales n'effectuent un tri parmi elles pour procéder à des arrestations, comme cela a, semble-t-il, été le cas avec les personnes qui ont fui les quartiers insurgés ces dernières semaines.

Le conseiller de l'ONU pour les affaires humanitaires en Syrie, Jan Egeland, a déclaré que la Russie avait garanti aux Nations unies que l'évacuation se ferait sous supervision russe, rapidement, sans complication administrative et sans risque pour les personnes évacuées.

On ignore combien de personnes restaient dans les derniers quartiers rebelles en passe de tomber aux mains du régime.

Jusqu'à 50 000 évacués

Le Croissant-Rouge turc a indiqué que son chef se trouvait sur place pour veiller au bon déroulement de l'opération. Selon un responsable turc, celle-ci pourrait concerner jusqu'à 50 000 personnes sur deux ou trois jours.

La Turquie envisage d'établir un camp en Syrie pour les civils en cours d'évacuation, a déclaré un de ses vice-premiers ministres, Veysi Kaynak, qui, lui, estime à 100 000 le nombre de personnes qui pourraient être évacuées de la ville.

La reprise d'Alep, au terme de bombardements d'une rare intensité, est considérée comme la plus grande victoire du pouvoir syrien contre une rébellion entamée en 2011 en plein « printemps arabe », un conflit qui a fait plus de 300 000 morts.

Le président syrien Bachar Al-Assad a salué la victoire ses troupes et de ses alliés à Alep-Est comme un moment historique.

« Nous assistons aujourd'hui à l'écriture d'une page d'histoire à laquelle chaque citoyen syrien a contribué. Sa rédaction n'a pas commencé aujourd'hui, mais il y a six ans, quand la crise et la guerre contre la Syrie ont éclaté », dit-il.

Selon le général russe Viktor Poznikhir, l'armée syrienne a pratiquement fini ses opérations à Alep. Depuis août, quelque 3000 rebelles sont partis et 108 000 civils ont été transférés dans des secteurs sécurisés de la ville, a-t-il précisé.

Pour la Russie, dont l'intervention militaire en faveur de Damas entamée en septembre 2015 a bouleversé l'équilibre des forces et a été décisive, la reconquête d'Alep est une victoire considérable contre les « terroristes », terme qu'utilise le régime syrien pour désigner les rebelles, qu'ils soient nationalistes ou islamistes.

Le début de l'évacuation n'a pas été exempt d'incidents. Un convoi composé notamment d'ambulances a ainsi essuyé des tirs provenant de positions tenues par les forces loyalistes, rapporte la protection civile. Il y a eu au moins un mort.

Pour qu'Idlib ne devienne pas Alep

L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a mis en garde la communauté internationale sur le chaos qui risque de se reproduire dans la ville d'Idlib, qui pourrait, selon lui, devenir « la prochaine Alep » en l’absence de cessez-le-feu et accord politique.

Nous ne savons pas ce qui va se passer à Idlib. S'il n'y a pas de cessez-le-feu ou d'accord politique, Idlib sera la prochaine Alep.

Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie

Quelque 10 000 personnes évacuées d’Alep-Est, dont beaucoup de combattants et leurs familles, seront dirigées vers Idlib, contrôlée par des rebelles islamistes depuis mars 2015.

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