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Préparer sa mission dans l'espace en pleine forêt russe

Le dernier endroit où l'on peut imaginer un astronaute à l'entraînement, c'est bien dans une forêt enneigée en Russie. C'est pourtant là que s'est retrouvé récemment David Saint-Jacques, le prochain Canadien à séjourner dans la Station spatiale internationale (SSI), et ce, durant six mois.

Un texte de Raymond Saint-Pierre

David Saint-Jacques doit se rendre dans l'espace en novembre 2018, mais l'exercice en question n'avait rien à voir avec son départ, mais plutôt avec son retour, prévu au printemps 2019. L’exercice vise à s’assurer que les astronautes pourront survivre pendant trois jours dans la nature sauvage si leur capsule Soyouz, qui doit les ramener sur Terre, n’atterrit pas à l’endroit prévu.

Ce scénario, qui semble improbable à première vue, s’est pourtant produit en mars 1965. Un équipage avait alors dû attendre deux jours avant qu’on puisse les retrouver.

David Saint-Jacques, lui, a déjà participé à ce genre de formation, à la Cité des Étoiles, près de Moscou, où on forme tous les astronautes en prévision d’un éventuel séjour dans l’espace. Et pour l'astronaute canadien, cette fois-ci, c’est la bonne, il sera copilote de la fusée Soyouz qui va l’emmener en orbite.

L’astronaute canadien confie aimer cette portion de la longue formation de deux ans qui doit le préparer à sa mission. « Là, c’est la pratique d’hiver, donc, pour un Québécois, je vous avoue que c’est un plaisir, le camping d’hiver. Mon père m’a montré à faire ça il y a longtemps », relate-t-il.

Une question de survie

Avec le Russe Oleg Kononienko et l’Américaine Serina Onon-Chancelor, il devait d’abord ériger un abri d’urgence et faire un feu pour les premières heures après l’atterrissage.

Ensuite, ils devaient aménager l’abri de façon à le transformer en une sorte de tente plus confortable, au cas où l’attente s’avérait plus longue avant l’arrivée des secours. Pour ce faire, l’équipe s’est servie de la toile et des cordages du parachute de la capsule Soyouz, qui sont en fait des éléments essentiels de cet exercice.

Dans le cadre de l’activité de formation, il fallait également simuler une blessure chez un des membres de l’équipe et trouver une façon de lui prodiguer des soins. David Saint-Jacques, qui est aussi médecin, n’a eu aucun mal à superviser cette partie de l’entraînement.

L’activité d’entraînement est aussi une occasion de tester le comportement des membres de l’équipage. « C’est moitié pour la technique, moitié pour faire connaissance, travailler ensemble, explique M. Saint-Jacques. L’entraînement a un caractère psychologique, en français on parlerait de comportement d’expédition ».

Il reste toutefois encore plusieurs mois de formation théorique et pratique avant le grand jour pour l'astronaute canadien. « L’entraînement complet pour une mission c’est près de deux ans. Ça fait déjà 4 à 5 mois que c’est commencé. J’ai encore beaucoup de pain sur la planche », raconte-t-il.

Si David Saint-Jacques passe le plus clair de son temps à la Cité des Étoiles, il doit aussi se rendre dans d’autres pays qui ont fabriqué diverses composantes de la SSI. Il partage ainsi son temps entre les États-Unis et le Japon, mais aussi entre l’Allemagne et le Canada.

L’astronaute canadien se fait-il à l’idée qu’il verra bientôt le monde « d’en haut »? « Pas encore », affirme le principal intéressé.

« Je ne suis pas encore complètement là dans ma tête. Peut-être que, psychologiquement, c’est une défense. Je me dis que j’y croirai quand ça arrivera. Mais c’est sûr que je n’ai jamais été aussi proche. »

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