Une onde de choc a ébranlé les États-Unis et le monde, qui devront s'habituer à une réalité qui ne semblait qu'une lointaine possibilité. Au terme d'une campagne polarisante marquée par les scandales et les insultes, le candidat républicain a confondu les sceptiques et a déjoué tous les pronostics: Donald J. Trump sera le 45e président des États-Unis.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Si les analystes croyaient que les Américains feraient d'Hillary Clinton la première présidente de l'histoire du pays, ces derniers ont décidé d'écrire l'histoire à leur façon. Ils ont pour la première fois porté leur choix sur un candidat qui ne possède aucune expérience politique. Un fait que le principal intéressé a d'ailleurs utilisé comme argument de vente pour « exterminer la vermine ».

Après avoir fait campagne contre l'establishment politique et financier, dénoncé un « système truqué » et critiqué des « médias corrompus », l'outsider, contesté par des membres de son propre parti, devra relever le défi colossal de diriger un pays hautement divisé.

À l'échelle nationale, le candidat républicain a d'ailleurs recueilli 47,66 % des voix, contre 47,53 % pour sa rivale, selon les derniers résultats.

Peu avant 3 h, le controversé homme d'affaires a d'ailleurs lancé un message d'unité « aux républicains, aux démocrates et aux indépendants » lorsqu'il est arrivé sur la scène du New York Hilton Midtown, à Manhattan, où étaient rassemblés ses partisans, pour prononcer son discours de victoire. « Il est temps pour l'Amérique de panser les blessures de la division », a soutenu celui que plusieurs ont accusé de l'avoir semée.

« Je m'engage à être le président de tous les Américains », a-t-il déclaré.

« La campagne est terminée, mais notre mouvement ne fait que commencer », a-t-il lancé. « Un mouvement composé d'Américains de toutes les races, de toutes les religions, de tous les milieux et de toutes les croyances ». « En travaillant ensemble, nous nous attellerons à la tâche urgente de reconstruire notre nation et de redonner vie au rêve américain », a-t-il promis, faisant écho au slogan de sa campagne.

Promettant de faire de l'économie américaine « la plus forte au monde » grâce à son « merveilleux plan économique », il a affirmé que le pays allait reconstruire ses infrastructures. 

Rompant avec le ton adopté pendant la campagne, il a semblé tendre une branche d'olivier à sa rivale, dont il avait dit qu'elle devrait être emprisonnée. Hillary Clinton mérite la « gratitude » des Américains pour le travail acharné qu'elle a fait sur une « longue période » pour le pays, a-t-il dit.

Alors que la perspective d'une présidence semblait, avant le scrutin, inquiéter plusieurs pays, Donald Trump s'est voulu rassurant. Soulignant qu'il ferait passer les intérêts américains en premier, il s'est dit prêt à rechercher avec les autres nations « le terrain commun et non l'hostilité », « le partenariat et non le conflit ».

Son élection a provoqué surprise et inquiétude au sein de la communauté internationale, qui a cependant appelé elle aussi à la collaboration.

Donald Trump pourra par ailleurs compter sur un Congrès entièrement républicain, mais devra composer avec un leadership avec lequel il a souvent été à couteaux tirés. Au sein de son parti, ses détracteurs lui ont reproché de déroger à l'orthodoxie conservatrice.

Une victoire à laquelle même les républicains ne croyaient pas

Selon les sondages, l'ancienne secrétaire d'État avait à sa disposition pour remporter la victoire plus de « chemins », un terme que les Américains utilisent pour désigner les diverses possibilités permettant d'atteindre le seuil des 270 grands électeurs.

Avant le dévoilement des résultats, le camp démocrate était confiant. En début de soirée, les républicains eux-mêmes ont diminué les attentes.

Mais leur candidat a eu de bien meilleurs résultats que ce que prédisaient les analystes.

Ohio, Caroline du Nord, Floride, Iowa, Pennsylvanie : plusieurs États pivots ont basculé l'un après l'autre dans le camp du richissime homme d'affaires. Signe avant-coureur, les médias ont prédit vers 22h 40 sa victoire en Ohio, l'État baromètre par excellence. Avant ce scrutin, le candidat présidentiel qui avait gagné l'Ohio avait remporté la présidence... 25 fois sur 27.

Sans surprise, Donald Trump a facilement raflé les États traditionnellement républicains du centre, du Midwest et du Sud, comme le Texas, l'Alabama, le Mississippi. Mais il a aussi fait des gains en territoire démocrate, leur soutirant le Wisconsin, qui n'avait pas voté républicain depuis 1984.

Avec une poignée d'États encore en jeu, il a remporté 306 des 538 grands électeurs, contre 232 pour Hillary Clinton, selon les dernières prévisions.

Sans surprise, la candidate démocrate a été déclarée gagnante dans des États comme New York, la Californie, Washington et l'Illinois. Elle a également remporté les États pivots de la Virginie, où son colistier, Tim Kaine, est sénateur, du Colorado et du Nevada. Mais cela s'est avéré insuffisant.

Alors que tombaient les résultats, la perspective d'une victoire de Trump était accueillie avec nervosité par les marchés.

Clinton a concédé la victoire au téléphone

Au Javits Center de Manhattan, où étaient réunis les démocrates, l'optimisme a fondu au fil des heures. Les mines étaient longues et de nombreux partisans de la candidate démocrate étaient en pleurs.

Vers 2 h, le président de la campagne d'Hillary Clinton, John Podesta, est monté sur scène pour leur demander de rentrer chez eux pendant que le comptage des votes se poursuivait. Il a dit que l'équipe Clinton prendrait la parole le lendemain.

Les médias américains ont cependant précisé par la suite que l'ex-secrétaire d'État avait appelé Donald Trump pour le féliciter, une information qu'a confirmée le président désigné dans son discours.

Les Américains devaient choisir entre la démocrate Hillary Clinton, une femme de 69 ans qui a occupé d'importantes fonctions politiques à Washington au cours des 25 dernières années, notamment comme sénatrice de New York puis comme secrétaire d'État, et le républicain Donald Trump, un homme d'affaires de 70 ans, magnat de l'immobilier.

Bien qu'un ancien acteur, Ronald Reagan - qui avait également été gouverneur de la Californie - ait été élu à la plus haute fonction du pays, c'est la première fois qu'une vedette de téléréalité obtient les clés de la Maison-Blanche.

Visiblement, les Américains ne lui ont pas tenu rigueur pour ses propos controversés sur les femmes, les Latino-Américains, les musulmans et les Noirs.

Une rencontre Obama-Trump jeudi

La Maison-Blanche a fait savoir mercredi matin que Barack Obama a appelé M. Trump pour le féliciter de sa victoire et l'inviter jeudi à la résidence officielle du président américain. Il fera une déclaration officielle jeudi midi.

« Assurer une passation du pouvoir en douceur est l'une des principales priorités que le président a identifiées au début de l'année, et une rencontre avec le président désigné est la prochaine étape », a indiqué un porte-parole de la Maison-Blanche dans une déclaration.

Opposés tant dans leur personnalité que dans leur vision politique, MM. Trump et Obama ne s'apprécient guère - c'est le moins qu'on puisse dire.

Ironiquement, après avoir élu Barack Obama en 2008, les Américains ont choisi celui qui a contesté pendant des années son lieu de naissance et sa légitimité. Pendant la campagne, le président Obama a quant à lui affirmé que le candidat républicain n'avait ni le tempérament ni l'expérience pour diriger les États-Unis.

M. Obama avait aussi souligné que son héritage politique était en péril. Donald Trump et les républicains ont notamment promis d'abroger la réforme de la santé, une des réalisations phares de sa présidence.

L'avenir de la Cour suprême, appelée à trancher sur des enjeux comme l'avortement ou le mariage gai, est lui aussi en jeu, puisqu'un siège est vacant depuis la mort du juge Antonin Scalia, en février dernier. Les républicains du Sénat ont refusé d'entériner le choix d'Obama.

Une stratégie qui se sera, au final, révélée payante.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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