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Prêtres pédophiles : les évêques chiliens et la colère de François

ANALYSE - C'est tout l'épiscopat chilien qui a remis sa démission au pape François dans le douloureux dossier des prêtres pédophiles. Du jamais vu! Pourtant, la colère de François était à prévoir.

En janvier dernier, le pape s’est rendu au Chili pour un voyage apostolique. Habituellement, pour le Saint-Siège, ce sont des moments de bonheur avec des images d’un pape souriant et partout des foules en liesse. Cette fois, ce fut l’enfer.

Au Chili, le pape François s’est retrouvé en présence de Mgr Barros, soupçonné depuis des années d’avoir protégé le père Karadima, reconnu pour avoir agressé des mineurs.

Pourtant, des victimes de prêtres pédophiles avaient prévenu François. « Il n’y a aucune preuve contre Mgr Barros », leur a répondu le pape, avant de leur dire que « tout cela est de la calomnie ». Le pape allait bientôt regretter ses paroles.

Enquête au Chili

Quelques jours après être revenu à Rome, François mandate Mgr Scicluna pour faire enquête au Chili. Ce que découvre le pape dans le rapport de Mgr Scicluna le renverse.

Il est question de « gravissimes négligences dans la protection des enfants vulnérables de la part d’évêques et de supérieurs religieux », selon la télévision chilienne, citée par le quotidien Le Monde. On parle aussi de comportements immoraux, d’enquêtes qui n’ont pas été effectuées et même de documents compromettants qui ont été détruits.

« Maintenant, après une lecture attentive des actes de cette "mission spéciale", je crois pouvoir affirmer que tous les témoignages recueillis parlent d’eux-mêmes d’une manière dure, sans additifs ni édulcorants […] des nombreuses vies crucifiées et j’avoue que cela me cause beaucoup de douleur et de honte », affirme le pape.

Convocations à Rome

Du 27 au 29 avril, il convoque au Vatican trois victimes avec qui il va longuement s’entretenir. Cela se termine par des excuses sans retenue et une demande de pardon.

Et puis, geste rare, sont convoqués à leur tour à Rome tous les évêques chiliens : 32 évêques actifs et 2 émérites. Ils sont convoqués pour trois jours de discernement, de méditations et de réunions qu’ils n’oublieront jamais.

Le pape François se doute bien que ce n’est pas uniquement la crédibilité et l’autorité morale de l’Église chilienne qui sont touchées. C’est toute l’Église et même son pontificat.

« Je reconnais […] que j’ai commis de graves erreurs dans l’évaluation et la perception de la situation, notamment en raison du manque d’informations », dit François.

On ne doit jamais placer publiquement son patron dans l’embarras. Encore moins un pape. Aujourd’hui, donc, coup de théâtre, les 34 évêques chiliens ont présenté leur démission au pape François.

Pour le moment, on ne sait trop si c’est le pape qui a exigé leur démission ou si, devant l’ampleur de la crise, ce sont les évêques qui n’ont trouvé d’autre solution que de démissionner. La reconstruction de l’Église chilienne doit-elle passer par leur départ?

Un message clair

Quoi qu’il en soit, il y a un message clair. François, le pape charismatique et souriant, n’arrivait pas jusqu'ici à offrir une réponse crédible et satisfaisante aux trop nombreux scandales de prêtres criminels qui ont agressé des mineurs.

Même la commission qu’il a mise sur pied pour venir à bout de ce fléau semblait se perdre dans l’insignifiance.

Ce qui vient de se produire au Vatican ne s’est jamais vu. Peut-être une page d’histoire est-elle en train de s’écrire? Peut-être verrons-nous ce pape demander pardon au nom de l’Église catholique pour toutes les vies brisées aux mains de prêtres qui ont abusé de leur statut et de leur pouvoir?

Enfin, certains se demanderont ce que pense et ce que fera le cardinal Marc Ouellet qui, après tout, est le grand patron de la Congrégation pour les évêques. On imagine le malaise.

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